ACTE QUATRIÈME
MONTIGNAG.
Parce qu'il ne me plaît pas qu'elle aille au couvent.
SÉRAPHINS, derrière le canapé.
Voyons!... c'est un jeu, n'est-ce pas? Vous avez voulu me faire peur, vous venger de ce matin. Eh bien! c'est fait maintenant, finissons et rendez-la moi!
MONTIGNAG.
n.n'y a ici aucun jeu, madame; sérieusement, je vous Tai
prise, et sérieusement je la garde.
Il s'assied près de la table.
8BRAPHINE.
C'est-à-dire que vous me volez mon enfant tout simplement.
UONTIGNAG.
Vous me la voliez bien, à moi, en la supprimant de ce monde.
Pour la donner à Dieu et accomplir un vœu. Mais savezvous seulement ce que c'est qu'un vœu, fait au pied des autels?
MONTIGNAG, se îevant.
Je le sais si bien, madame, que j^ai fail aussi le mien, moi, au pied de ces mêmes autels : C'est que ma fille ne serait pas malheureuse !
SÉRAPHINS, passant à droite.
Bien malheureuse, en effet, de faire son propre salut en faisant celui de sa mère I *
MONTIGNAG.
Eh ! allons donc ! Le mot est lâché enfin ! Faire votre salât ! Voilà bien ce que vous voulez I Et pour cela, pour faire le salut delà mère, il faut que la fille souffre mort et passion, i'est-ce pas?... Ta n'as pas la vocation, malheureuse enfant, kih ! quMmporte I au couvent 1 Ce ne sera pas trop de toutes
* MoQtignac, Séraphine.
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tes larmes pour expier le passé de ta mère qui s*est follement amusée ! Ah! madame a été coquette, frivole, mondaine. Ah ! elle a trahi tous ses devoirs d'épouse ! Eh bien 1 attends, va, c*est toi qui vas payer pour elle ! — Prie, ma fille, prie ! ta mère a trop dansé ! Pleure, ma fille, pleure ! ta mère a trop ri I Languis loin des joies de ce monde ; désespère et meurs loin de ramoar 1... Madame ta mère a trop aimé. Ah ! c'est là ce que vous appelez expier vos fautes, vous?... Mais c'est com< mode I •
U remonte à la cheminée.
Misérables insultes qui ne troublent pas une vraie chrétienne.
MONTÏGNAC.
Une vraie chrétienne, madame, serait déjà tombée aux pieds de son mari et lui eût confessé toute sa faulel
Ah!
MONTIGNAG.
Et la voilà l'expiation, la vraie, la bonne!... Mais ce serait de l'héroïsme, je ne vous en demande pas tant.
SERAPHINE, passant deyant lui, derrière la table.
Dieu non plus ! qui me donnera la force d'expier mes fautes autrement, et malgré vous **.
MONTIGNAG.
Malgré moil Mais pour Dieu! madame! expiez-les vos fautes I mais vous-même!... Et sUl ne faut pas moins que da couvent à perpétuité, entrez-y !... mais vous-même.
C'est-à-dire qu'après avoir été coupable pour vous!... il faut encore que pour vous je sois parjure ! n'est-ce pas ? *
* Sésaphine, Montignac.
** Montignac, Séraphine.