II
Le picul étant de 60 kilogrammes net, les 76803 piculs exportés représentent environ 4608 000 kilogrammes de soie grège contre 4770000 en 1902-1903,
Indes orientales.
Exportation de Calcutta. — Du 1" janvier au 31 décembre 1903, les exportations de soie du Bengale se sont élevées aux chiffres suivants:
Janvier
Février
Angleterre.
balles.
France.
balles.
Italie.
balles.
Totauxballes.
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre.. ..
Octobre
Novembre
Décembre
Totaux... .
Ces 3148 balles donnent un total de 245 000 kilogrammes de soie grège, contre 295 000 kilogrammes, en 1902.
Aspect extérieur. — Les œufs pondus par les papillons femelles du Bombyx Mori sont communément appelés ijraines de vers à soie.
Ces œufs ont une forme lenticulaire ; ils sont un peu aplatis et présentent une légère proéminence. Leui*s dimensions varient suivant les races, le diamètre étant de 1 millimètre en moyenne. 11 est plus facile de mesurer les différences de poids que celles des diamètres de si petites dimensions.
M. Verson donne les chiffres suivants pour le poids de 1000 œufs dans différentes races (i) :
Poids de! 000 œufs.
Chypre 0,8432
Schezevar 0,8060
jycW^" iPolyjaunes 0,7232
/i Races * Gévennes 0,6960 — --
jaunes, i Jaunes à verts zébrés 0,6688
/Brianze 0,6474
' Shan-Tong 0,6330
Terni 0,5865
/ Papilung-Ghiao-Tsan 0,5664
LÂkazik 0,5442
Sirahimé 0,5205
'Siratama 0,4924
, Tché-Kiang 0,4096
Races blanches.
(1) Verson et Quajat, Il fUugello e l'arte sericola, p. 31, Padova, Fratelli Drucker, libraires éditeurs.
P. Vieil. — Sénciculture. 4
Poids de 1 000 oMifs.
/ Japonais verts annuels 0,4830
1 Autres japonais verts annuels 0,4540
Races \ Autres semblables 0,4420
vertes, i Japonais verts bivoltins 0,4460
' Autres bivoltins verts 0,4340
; Autres semblables 0,4220
Les œufs fraîchement pondus sont de couleur jaunepaille ; ils deviennent bientôt plus foncés, puis rougebrique et bruns ; au bout de quatre à cinq jours, ils prennent leur couleur définitive, qui est grise tirant sur le noir, le bleu, le violet, le vert ou l'oranger, suivant les variétés ; on dit communément alors que la graine est mûre. Elle conservera cette coloration jusqu'à la veille de l'éclosion.
Les œufs fton fécondés gardent la couleur jaune clair et se dessèchent peu à peu.
Au sortir du corps du papillon, les œufs sont enduits d'un vernis gommeux, ce qui leur permet d'adhérer à l'objet sur lequel la femelle est placée pour faire sa ponte. A l'état de nature, c'est sur l'écorce des branches de mûriers; dans nos magnaneries, on place les femelles sur des toiles ou des cellules.
Chez quelques races cependant (celle de Bagdad notamment), les œufs sont dépourvus de cette matière gommeuse, et ils tomberaient sur le sol au moment de la ponte, si on ne prenait des dispositions spéciales pour les recueillir. On dit alors que les œufs sont non adhérents.
La soie des cocons de la race Bagdad contient très peu de grès (1). 11 serait intéressant de savoir si il y a corréation entre ces deux caractères : absence du vernis gommeux des œufs et faible proportion de grès dans la soie. Si cela était, il serait avantageux d'obte-
(1) Le grès est une matière gommeuse qui revôt le fil de soie et entoure la (ibroïne ou soie proprement dite.
fiir et de multiplier des races à œufs non adhérents.
Structure de l'oeuf. — L'œuf se compose d'une coque résistante qui sert de protection au contenu, qui est semiliquide.
Coque, — La coque est une pellicule de consistance parcheminée, formée par une matière chitineuse présentant une disposition lamellaire produite par les sécrétions successives des cellules épithéliales dans l'ovaire. Cette paroi est perforée de nombreux canaux microscopiques, qui donnent passage à l'air. Ces canaux aérifères ont des longueurs différentes, ceux de la périphérie traversant la coque très obliquement, ceux du <îentre la traversant presque normalement; leur ouverture extérieure est de forme circulaire et beaucoup plus large que le canal, qui va en se rétrécissant, présentant la forme d'une virgule dont la queue est d'autant plus longue et plus oblique que l'ouverture est plus éloignée du centre.
Au sommet de la partie proéminente de la coque, se trouve une légère dépression : c'est la trace de l'ouverture appelée micropyle, par laquelle le liquide fécondant a pénétré dans l'œuf et qui s'est fermée au moment de la ponte. C'est aussi par le micropyle que le jeune ver sortira après avoir rongé la coque en cet endroit.
On remarque, au microscope, autour du point central du micropyle, une disposition élégante de deux séries de petites feuilles formant couronnes. Le canal par lequel le liquide fécondant pénètre à l'intérieur de l'œuf n'est pas rectiligne ; peu après l'ouverture se trouve une sorte de petite vanne de laquelle partent trois canaux (rarement quatre), qui traversent obliquement l'épaisseur de la coque et pénètrent dans la cavité de l'œuf par leur extrémité recourbée.
Contenu, — Tout le liquide de l'œuf est entouré par une membrane très mince tapissant la surface interne de la coque, c'est la membrane vitelline. Pour mieux nous
rendre compte de Faspect que pi*ésente le contenu de Tœuf, nous allons examiner rapidement ses transformations successives.
Dans le tube ovarique d'une larve femelle au cinquième âge, on remarque, dans la partie fusiforme, une matière granuleuse au milieu de laquelle se distinguent des cellules à noyau, c'est l'œuf futur. Plus bas, ces cellules sont plus grosses (chacune d'elles constitue la vésicule germinative)y et elles sont entourées d'un amas granuleux ; enfin, plus bas encore, l'œuf est plus avancé; l'amas granuleux ou auréole vitelline contient un grand nombre de grosses cellules appelées vitelUneSy destinées, comme l'auréole vitelline, à nourrir la vésicule germinntive. Les œufs sont séparés les uns des autres par une matière claire qui deviendra la coque.
Quelque temps après, dans le tube ovarique de la chrysalide, la coque est complètement formée, le micropyle étant situé à la partie inférieure. Le contenu comprend la vésicule germinative séparée des cellules vitellines par une légère membrane percée au centre. Ces cellules vitelli nés, situées dans la région micropylienne^ se développent grâce à leur pouvoir absorbant et se ti^ansforment en matière vitelline, ou vitellus. La vésicule germinative se rapproche alors du micropyle, se développe et se transforme à son tour au dépens du vitellus, dans la masse duquel il se forme des globules polaire^^ qui, d'après Balbiani, deviendront les organes reproducteurs du futur animal.
La vésicule germinative forme un noyau qu'on a appelé pronucléua femelle, placé, comme nous l'avons dit, près du micropyle. A ce moment où la chrysalide est devenue papillon, l'œuf est prêt à abandonner le tube ovarique et à être fécondé.
Après Taccouplement, les zoospermes pénètrent dans l'œuf par le micropyle et forment un second noyau, le pronucléus mâle. Ces deux noyaux fusionnent ensemble ;
la fécondation est accomplie, et Tœuf va s'organiser définitivement.
Il se forme des cellules qui viennent occuper la périphérie et constituent une membrane mince, sorte de vessie appelée blasloderme, qui contient le vitellus, ou matière nutritive.
Le blastoderme à peine constitué subit une nouvelle transformation ; la membrane s'épaissit sur une de ses parties, de façon à former un ruban ou bandelette. Cette bandelette est enfermée entre deux membranes : celle située du côté de la cavité de Tœuf est appelée amnios ; celle de l'autre côté est formée par l'ancienne membrane blastodermique, qui s'est boursouflée et a pris le nom de membrane séreuse. Cette membrane séreuse est formée par des cellules pigmentées qui donnent à l'œuf fécondé la coloration grise dont nous avons parlé.
La bandelette germinative est située entre ces deux membranes du côté opposé au micropyle ; elle est recourbée de façon à présenter une face convexe contre la membrane séreuse et une face concave vers la cavité de l'œuf. Elle s'allonge bientôt ; à l'une de ses extrémités se développe la double expansion céphalique (future tète du ver) ; puis elle se divise en dix-sept segments ; c'est pourquoi on l'appelle strie germinale.
L'œuf présente cet aspect quatre ou cinq jours après la ponte et le conservera jusque peu de jours avant Téclosion.
L'œuf fécondé comprend donc en résumé :
1° Une coque dure et résistante servant de protection au contenu ;
2° Une membrane vitelline très mince, formée de cellules pyramidales dont la base est à la périphérie, qui sépare le contenu de la coque ;
3° Une enveloppe séreuse composée de grandes cellules polygonales à pigments qui donnent à l'œuf sa coloration ;
4° Le vitellus, matière nutritive composée de cellules sphériques à un ou plusieurs noyaux ;
5° La bandelette germinative devenue strie germinale ou embryon.
Poids spécifique. — Les œufs fécondés sont plus lourds que l'eau, leur densité étant sensiblement égale à 1,08. Les œufs non fécondés se dessèchent et sont alore plus légers que Teau, ce qui permet de les éliminer par le lavage.
Le poids spécifique des œufs varie cependant suivant les races, et on constate même des différences assez sensibles entre les sujets d'une môme variété ou d'une même ponte.
Dandolo et, plus tard, Pasqualis constatèi'ent la supériorité au point de vue de la vigueur des individus provenant des œufs dont le poids spécilique est le plus élevé. Nous avons fait plusieurs fois des élevages comparatifs de vers à soie d'une même race, provenant de graines de poids spécifiques différents, et nous n'avons pu constater aucune différence sensible au point de vue du poids des cocons, de leur richesse en soie non plus que dans la répartition des sexes.
Composition chimique de l'oeuf. — Péligot a trouvé que 100 grammes d'œufs soumis à l'incinération formaient 1^,285 de cendres, dont la composition était la suivante :
Acide phosphorique 53,8
Potasse 29,5
Magnésie 10,3
Chaux 6,4
D'après Verson (1), la composition centésimale des graines serait :
Eau... , 12,4737
Perte par la combustion de rés?idu fixe 86,4736
Cendres solubles dans l'eau 0,0812
Cendres insolubles 0,9715
(1) Verson et Quajat, p. 32.
100 parties de cendres contiennent :
Silice Traces.
Phosphate de fer 10,9872
Acide sulfurique 19,7802
Acide phosphoriquc 7,8755
Chaux 31,6000
Magnésie 13,4655
Potasse 4,6100
Soude 0,7220
EnQn Verson donne les chiffres suivants pour l'analyse élémentaire :
Carbone 50,900
Hydrogène 7,105
Sodium 17,200
Oxygène (par différence) 19,326
Soufre 4,378
Cendres 1,091
Composition qui correspond, comme le fait remarquer cet auteur, à celle donnée par Limpricht pour la substance cornée.
Respiration des oeufs. — Nous avons dit que les œufs étaient légèrement aplatis; mais, aumomentde la ponte, ils sont au contraire bombés, et ce n'est que peu à peu, en même temps que le changement de coloration se produit, qu'il se forme une dépression par suite de la perte de vapeur d'eau. En même temps et d'une façon continue, mais non uniforme, ils perdent du poids, absorbent l'oxygène de l'air et exhalent de l'acide carbonique. Les œufs respirent donc comme tous les êtres organisés.
Au mois d'aoûtl868, Duclaux(i) amesuré cetteactivité respiratoire en introduisant 1 gramme de graines dans des flacons parfaitement calibrés de 16 centimètres cubes et en analysant à des époques différentes l'air contenu dans ces flacons.
(1) Voir DucLAUx, C. R. de l'Acad. des sciences, séance du 23 octobre 1808.
6S ANATOMIE KT PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORI ». Les chiffres obtenus sont donnés par le tableau suivant :
Age Temps Acide
de la de la Degré. carbonique Oxygène
graine. respiration. C. produit. restant.
1 jour 1 21 5,17 12,71
2 jours 1 21 12,46 8,08
1 mois 2 21 1,78 17,14
Veille de l'éclosion. 1 28 17,70 0,00
L'activité respiratoire des oeufs, c'est-à-dire le temps qu'il leur faut pour absorber un poids déterminé d'oxygène, se déduit de ces chiffres. Duclaux, en prenant l'activité respiratoire du mois de janvier pour unité, a obtenu les chiffres suivants :
Age de Activité
la graine. respiratoire.
1 jour 13,8
2 jours 26,0
Age de la graine.
1 mois
5 mois 1/2
7 mois
Veille de l'éclosion.
Lendemain
Activité
respiratoire.
Verson estime que l'activité respiratoire, au moment de l'éclosion, est encore plus élevée par rapport à celle du mois de janvier, la manière d'opérer avec des flacons de volume réduit produisant une action déprimante et asphyxiante sur la graine et diminuant par suite sa vitalité.
La respiration est dans tous les cas très active les premiers jours, diminue peu à peu, se maintient très faible pendant toute la période hivernale pour reprendre une
Fig. 2. — Aclivité respiratoire de la graine de vers è. soie.
très grande activité au moment de l'évolution embryonnaire. M. Duclaux a traduit graphiquement ces résultats par une courbe (fig. 2).
Perte de poids. — Le poids de la graine diminue avec son âge, et cette perte de poids suit la même marche que l'activité respiratoire.
Les chiffres suivants sont donnés par Maillot (1) :
Perte de poids de l'œuf.
Pendant le 1®' mois après la ponte. 2 p. 100 du poids primitif.
Pendant le 2* mois après la ponte. 1 p. 100 —
Pendant les 6 mois suivants (hiver). 1 p. 100 —
Pend, le 10« m. (pér. d'incubation). 9 p. 100 —
Total 13 p. 100 environ.
(1) Maillot, p. 23.
Verson (1) a trouvé de son côté que 100 grammes d'œufs pesés le jour de la ponte ne pesaient plus que :
A la fin de rautomne 97 grammes.
A la fin de l'hiver 96 —
Peu avant Téclosion 88 —
Soit une perte totale de 12 p. 100.
Influence de la température. — La température exerce une infliuence sur la respiration et sur toutes les manifestations vitales des œufs. Mais cette infliuence a des résultats différents suivant que les graines se trouvent en période estivaley automnale, hivernale ou printanière.
Période eslivale, — Pendant la première période, les graines ont besoin de chaleur. Si Ton soumet en effet des œufs fraîchement pondus à une température peu élevée (inférieure à 15° C), laplupart d'en tr'eux conservent leur couleur jaune-paille et se dessèchent comme des œufs non fécondés. Tandis que, placés à 25°, ils auraient changé de couleur au bout de peu de jours. Il faut donc maintenir pendant un certain temps les œufs à une température de 25 à 30° G.
La durée de cette période peut varier considérablement. M. Duclaux a trouvé qu'elle pouvait être réduite à vingt jours et qu'après ce délai les graines portées dans une glacière éclosaient à l'automne.
Dans nos régions, les graines pondues en juin et juillet sont maintenues généralement en période estivale jusqu'en fin septembre ou commencement octobre. Mais cette durée peut être considérablement prolongée. Des graines pondues dans l'autre hémisphère en novembre et apportées chez nous en avril n'éclosent que l'année suivante au printemps. Ces graines subissent donc sans inconvénient une estivation de plus d'un an.
Période automnale. — Cette période n'est qu'une tran-
(1) Verson et Quajat, p. 46.
sition entre la précédente et celle d'hiver; la graine devient preque inerte et insensible à tout abaissement de température. C'est en général à ce moment que l'on lave les graines, et on les maintient dans des locaux, où la température est voisine de l'extérieure, jusqu'au moment de l'hivernation. Mais cette période de transition n'est pas indispensable, puisque, vingt jours aprèsla ponte, les graines peuvent être impunément placées dans une glacière.
Période hivernale, — La pratique a démontré que, pour avoir une éclosion régulière et des vers vigoureux, il était nécessaire de soumettre pendant quelque temps la graine à une température basse.
M. Duclaux a établi qu'une température voisine de zéro était la plus convenable à l'hivernation des graines. Les expériences de ce savant ont établi en outre que la durée de l'hivernation pouvait être d'autant plus réduite que la graine était plus âgée. Les graines de cinq à six mois sont aptes à éclore après quelques jours de froid. Tandis qu'il faut au moins quarante jours d'hivernation pour des graines de trois ou quatre semaines.
Les froids les plus intenses ne font pas périr les graines. On a pu les soumettre impunément à un froid de Z0\
Pendant toute la période hivernale, la graine est en quelque sorte. engourdie, très peu sensible aux actions mécaniques, au manque d'air, aux excès d'humidité, circonstances qui lui sont au contraire très nuisibles à d'autres moments. On a donc intérêt à prolonger le plus possible cette période. La graine peut même être tenue très longtemps en hivernation. Certains sériciculteurs, désireux de faire des éducations d'automne, laissent la graine depuis le mois de janvier jusqu'au mois d'août soit dans une glacière, soit dans ses stations spéciales situées à une très grande altitude, et obtiennent à ce moment de très bonnes éclosions.
Période printant'ère ou post-hivernale. — Lorsque les œufs ont subi pendant quelque temps Faction du froid, l'embryon est apte à se développer dès que la température s'élève suffisamment. 11 faut apporter une grande attention à la conservation de la graine pendant cette période post-hivernale. 11 peut survenir en effet des chaleurs précoces ; l'embryon entre alors en évolution ; le jeune ver peut même éclore si les chaleurs persistent ; si la température redevenait basse, le développement de l'embryon serait arrêté, et il périrait, ou bien les vers qui naîtraient ensuite seraient chétifs. Il importe donc de maintenir la graine à une température constante et peu élevée (6° environ), tant que l'on ne veut pas la soumettre à l'incubation.
Influence de l'humidité. — Il est reconnu que l'excès d'humidité est nuisible à la bonne conservation de la graine. Cet excès d'humidité empêche l'exhalation de vapeur d'eau qui doit se faire à la surface de chaque œuf. Il favorise la formation de moisissures à la surface des œufs, et ces moisissures peuvent en altérer le contenu.
Pendant les périodes automnales et hivernales, les œufs sont beaucoup moins sensibles à l'excès d'humidité ; ils peuvent même séjourner j)lusieurs heures dans l'eau, ce qui permet de les laver. 11 faut pour cela que l'eau soit à une température voisine de l'ambiante.
On ne doit pas cependant exagérer le degré de siccité de l'air, car on risquerait de provoquer une évaporation trop intense du liquide de l'œuf, et l'éclosion serait difficile.
Maillot (1) conseille de placer un hygromètre à cheveu dans le local où sont conservées les graines et de faire en sorte que cet instrument se maintienne aux environs de 75°, ce qui indique que la fraction de saturation de l'air est d'environ un de mi- degré de sécheresse, qui convient le mieux à la bonne tenue des graines.
(1) Maillot, p. 38.
Développement de l'embryon.— Après Thivern ation , l'activité embryonnaire se manifeste lorsque la température atteint 11 à 12° C, et l'éclosion se produira lorsque, la température augmentant progressivement atteindra 21 à 22° C.
Si les graines étaient maintenues à 12°, on obtiendrait des éclosions au bout d'un temps plus long ; elles traîneraient et n'auraient pas lieu d'une façon complète. Si, au contraire, on portait rapidement la graine à 24°, quelques éclosions auraient lieu beaucoup plus tôt et d'autres, surprises par ce brusque changement, pourraient périr.
Nous allons examiner succinctement les changements qui s'opèrent à l'intérieur de l'œuf pendant l'incubation, c'est-à-dire lorsqu'il est placé dans des conditions favorables au développement de l'embryon qui lui permettent de passer de l'état hivernal (strie germinale) à celui de l'éclosion (petit ver).
Si, à la fin de la période hivernale, on examine l'intérieur de l'œuf, on constate qu'il présente le même aspect que lorsque la graine était mûre quelques jours après la ponte.
La strie germinale comprend seize segments, outre les extrémités céphaliques et caudales. Sa face externe deviendra la face ventrale du corps du ver, le dos étant au contraire tourné vers l'intérieur supportant le vitellus. Ce vitellus communique constamment avec la poche formée par la partie médiane de la strie germinale, qui représente l'intestin moyen ou estomac. Les deux autres cavités, formées par des invaginations des extrémités buccales et anales, représentent l'intestin antérieur et l'intestin postérieur, qui communiqueront avec l'intestin moyen.
En supposant que l'incubation dure une vingtaine de jours, comme cela se produit lorsque la température s'élève progressivement de 10 ou 12° 22 ou 23°, et en prélevant de temps en temps des œufs pour les examiner, on constatera les transformations successives qui s'opèrent à l'intérieur (fig. 3).
P. Vieil. — Sériciculture. 5
Pendant les trois premiers jours, la courbe de Textrémité anale s'accentuera. Le quatrième jour apparaîtront sur chacun des sept premiers segments deux excroissances coniques, qui sont : ant, les rudiments des antennes; md, des mandibules; ms,, wis,, des mâchoires; et Z|,z„ z^, des pattes thoraciques.
Les cinquième et sixième jours, le lobe céphalique subira, comme le lobe caudal, une sorte de bouréoufleu
Fig. 3. — Transformations successives de l'embryon pendant Tincubation. — A, quatorze jours avant l'éclosion : /s, lèvre supérieure; am, amnios; ant, antennes; md, mandibules; WW|, m«2, mâchoires ; Z|, z^, Z3, pattes thoraciques.— B, douze jours avant l'éclosion. — G, six jours avant l'éclosion. Gross. : 50 : d (Verson et Quajat).
ment; deux nouveaux appendices apparaîtront autour de la bouche et deviendront Tun la lèvre supérieure, Fautre la lèvre inférieure.
Le dixième jour, les stigmates apparaîtront sur les trois anneaux thoraciques et sur les huit premiers anneaux abdominaux. Les troisième, quatrième, cinquième, sixième et dernier segments émettront à leur tour des proéminences qui sont les rudiments des fausses pattes.
Le douzième jour les quatre premiers segments de la
strie se sont réunis en un seul bien distinct, pour constituer la tête définitive. A ce moment, Tembryon exécutera une demi-révolution autour de son axe, de sorte que la face ventrale sera tournée vers l'intérieur de Tœuf et le dos vers Textérieur.
La masse vitelline sera ensuite peu à peu absorbée ; l'ouverture dorsale se fermera complètement; le tube intestinal s'achèvera, et ses trois parties communiqueront entre elles. Puis l'ombilic se fermera et l'embryon commencera alors à se nourrir par la bouche en absorbant le reste du vitellus. Les glandes salivaires et soyeuses se formeront, et le corps commencera àse recouvrir de poils.
Enfin, le dix- huitième jour, lé jeune ver sera complètement constitué ; l'air pénétrera dans les trachées, et le petit animal absorbera ce qui restîe de vitellus puis la membrane d'enveloppe, et attaquera la coque à l'endroit du micropyle.
On reconnaît extérieurement qiîe le moment de Téclosion est proche au changement de couleur de la graine. L'œuf devient en effet de plus en plus blanchâtre à mesure que l'embryon s'isole de la coque.
BivoLTiNiSME. — Avec nos races indigènes, les choses se passent généralement comme nous venons de le dire; mais, chez certaines races, notamment japonaises, les graines ont la propriété d'éclore quelques jours après la ponte, sans av-oir subi l'action du froid, ni aucune préparation spéciale* On appelle ces races bivoltines, si ce phénomène se produit simplement une fois, eipolyvoltines s'il se produit après chaque ponte. Ce caractère est héréditaire.
Chez nos races indigènes, on observe quelquefois des pontes qui éclosent en totalité ou en partie quelques jours après la maturité de la graine sans cause apparente. On dit alors qu'il y a bivoltinisme accidentel. Nous avons plusieurs fois constaté, à la station séricicole de Rousset, que ce caractère sa'était pas héréditaire.
On ne connaît pas la cause de ce phénomène. Maillot a remarqué qu'il se produisait surtout lorsque les pontes avaient lieu dans une salles èche et chaude, et que les œufs qui bivoltinaient étaient principalement ceux pondus par les premiers papillons sortis des cocons.
Nous avons eu l'occasion d'observer cette année-ci, qui a été particulièrement chaude, de nombreux cas de bivoltinisme, et nous avons remarqué que des cellules exposées une partie de la journée aux rayons du soleil avaient donné une très forte proportion de bivoltins.
Moyens de provoquer le bivoltinisme. — Nous avons vu qu'en faisant subir aux graines, au moins vingt jours après la ponte, une hivernation précoce, on les mettait en état d'éclore quarante ou cinquante jours après. M. Duclaux et d'autres savants, notamment MM. Verson et Quajat,. ont cherché d'autres moyens de provoquer l'éclosion.
1° Par le frottement, — Déjà, en 1856, on avait obtenu en Italie des éclosions en frottant des graines avec une brosse. En 1872, Terni renouvela ces expériences et constata que, pour obtenir des éclosions, il fallait soumettre la graine au frottement du lOjuillet aux premiers jours d'août. MM. Verson et Quajat renouvelèrent ces essais en 1873, à la station séricicole de Padoue, et établirent que l'éclosion était d'autant plus régulière et abondante que l'on opérait à une époque plus rapprochée de la ponte. Lorsque la graine était mûre, le résultat diminuait et devenait presque nul en septembre et octobre ► D'autre part, le résultat dépendait de la rapidité avec laquelle la brosse était conduite, de la pression exercée et de la rudesse plus ou moins considérable de la brosse- Les éclosions commencent quinze jours après l'opération et se prolongent toujours très longtemps, quelquefois pendant quarante jours consécutifs.
2<» Par l'électricité, — A'erson, pensant que les effets de l'électricité étaient semblables à ceux du frottement, soumit pendant dix minutes des œufs fraîchement
LŒUF. 77
pondus à une pluie d'étincelles tt obtint une éclosion complète au bout de dix jours. Le résultat diminue à mesure que la graine devient plus âgée.
3° Par les acides, — En immergeant des graines pendant une ou deux minutes dans Facide sulfurique concentrée et en les lavant ensuite à grande eau, M. buclaux obtint en 1876 quelques éclosions seulement, parce que la graine était âgée.
BoUe obtint de meilleurs résultats avec les acides chlorhydrique et nitrique.
L'ingénieur Susani obtint des éclosions, mais en proportions différentes avec les acides : sulfurique, nitrique, chlorhydrique, phosphorique et acétique, en opérant sur des graines âgées de moins de trente-six heures.
MM. Verson et Quajat établirent que les acides les plus efficaces étaient par ordre décroissant : les acides chlorhydrique, nitrique, sulfurique, acétique et phosphorique, et que les acides borique, benzoïque, oxalique, citrique, lactique, pyrogallique, salycilique, etc., étaient complètement inefficaces.
4<» Autres moyens. — On peut encore provoquer l'éclosion :
a. En portant pendant quelques secondes les graines à une température de 80 à 85°. On obtient ainsi le 30 p. 100 environ d'éclosions ;
b. Par la chaleur accompagnée de lumière intense. En plaçant les graines au foyer d'un miroir concave, on obtient 5 p. 100 d'éclosions;
c. Par un brusque changement de température. En immergeant les graines alternativement dans de l'eau chauffée à 50 ou 60° C. et dans l'eau froide. Après une dizaine d'immersions, on peut obtenir jusqu'à 90 p. 100 d'éclosions ;
d. En immergeant pendant cinq à six secondes des graines dans l'eau bouillante, toutes celles qui ne sont pas tuées éclosent ;
78 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORl ».
e. Enfin M. KoUat a obtenu des éclosions en plaçant pendant douze jours des graines dans Fair comprimé à 3 ou 4 atmosphères.
« Quand on opère sur une graine jeune, de l'âge par exemple de un ou deux jours (moment où Ton peut considérer tous les œufs comme étant absolument dans des conditions identiques), qu'on agisse par Faction du frottement ou de Télectricité, on observe à peu près le même intervalle entre le moment du traitement et le commencement de Féclosion. En d'autres termes, la graine, de quelque manière qu'on la traite, quand ette est jeune, a à peu près exactement le même âge, quand i'éclosion se produit, et cet âge est d'environ dix à douze jours. Il est singulier que cet âge soit aussi le même auquel se produisent les bivoUins accidentels dans la graine annuelle. Il n'est pas moins singulier que, quand les naissances des bivoltins se produisent dans les pontes isolées de race annuelle, ces naissances soient d'autant plus rapides qu'elles sont plus complètes, comme cela a lieu dans le cas du frottement et de l'éleclricité.
« En présence de ces ressemblances, on est invinciblement conduit à croire que le phénomène produit e^t le même dans tous les cas, que la cause efficiente en est la même et que la cause occasionnelle seule varie. En d'autres termes, l'éleclricité, le frottement, Thivernation artificielle sont probablement des moyens divers de mettre en jeu un même mécanisme physiologique, qui, une fois ébranlé, fonctionne avec régularité. Mais comment se fait la communication du mouvement? Quel est, suivant la question du programme, l'agent physique important dans les actions physiques diverses qui peuvent provoquer i'éclosion précoce ? C'est ce que les résultats connus jusqu'ici ne permettent pas encore de dire (1). »
(1) DucLAUx, Congrès séricicole de Milan» 1876. — Maillot, p. 43.
LE VËR A SOIE. 79
Parthénogenèse. — Quelques obseivateurs ont prétendu avoir obtenu des éclosions avec des œufs pondus par des femelles non fécondées. Si cela était, la parthénogenèse existerait dans certains cas chez les vers à soie. Mais toutes les expériences précises faites dans ce sens en Italie et en France n'ont jamais donné de résultats. A la station séricicole de Rousset, nous avons examiné un très grand nombre de pontes faites par des femelles bien isolées, et nous n'avons obtenu aucune éclosion. Les changements de coloration, peut-être même la formation de la bandelette germinative, peuvent se produire sans qu'il y ait eu accouplement; mais, après rhivernation, de telles graines se dessèchent sans donner aucune éclosion. Le défaut d'isolement a pu induire quelques observateurs en erreur. On peut en effet ramasser sur les cocons des femelles que l'on croit non fécondées, mais qui, en réalité, ont été accouplées pendant quelques instants avec un mâle qui a bientôt disparu ou ' changé de place.
Le jeune ver, en naissant, a des dimensions variables suivant les races auxquelles il appartient ; dans nos races indigènes, sa longueur moyenne est de 3 millimètres. Sa largeur est de 1 millimètre et son poids de 1 demi-milligramme. Tout son corps est recouvert de poils de couleur brune, etsa tète est d'un noir luisant. En sortant de l'œuf, il secrète un fil de soie très mince, 1 millième de millimètre de diamètre, et cependant assez résistant pour qu'il puisse s y suspendre en s'isolant de la coque. 11 dévore aussitôt les parties tendres des feuilles de mûrier et grossit rapidement si on lui fournit des aliments en quantité suffisante et si on le maintient à une température convenable (20 à 25®). Dans ces conditions, ving-cinq ou vingt-huit jours après l'éclosion, le ver a atteint son
80 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORl ».
maximum de taille; sa longueur est de 8 à9 centimètres, sa largeur de 6 à 8 millimètres et son poids de 4 à 5 grammes, soit de huit à dix mille fois ce qu'il pesait à sa naissance.
L'existence de la larve est divisée en cinq périodes
Ytr oeaptueulêux i J'ééosion. ^
à I'édo9iaa.A.
Fig. 4. — Les différents âges de la larve (1).
ou âges successifs, séparés par quatre mues [^\%. 4).
Le jeune ver mange avidement pendant quatre ou
cinq jours ; les poils disparaissent peu à peu ; la peau
devient distendue, puis l'appétit diminue, et, vers le
(1) Dessiné par A. Millot, d'après Pasteur.
sixième jour, le ver devient immobile, sa tête levée et sa peau fixée aux objets voisins par des fils de soie qu'il a émis précédemment; c'est la première mue et la fin du premier âge. Après quelques heures d'immobilité (vingtquatre heures environ), on voit le ver agiter à droite et à gauche la partie antérieure de son corps ; bientôt la peau se fend longitudinalement sur le dessus de la tète, et le ver, abandonnant son ancienne dépouille, qui reste fixée par les fils de soie et dont il s'échappe comme d'un fourreau, sort régénéré. Sa tète est plus large et sa peau est ridée et humide. La mue est une véritable crise que traverse le ver, pendant laquelle s'opère une rénovation de tous ses organes. Aussi, dès qu'il a abandonné sa vieille dépouille, le ver s'étend comme pour se reposer et laisse sécher la surface de sa peau ; il se met bientôt en quête de nourriture. 11 mange pendant quatre ou cinq jours, puis se prépare à la deuxième mue, qui termine le deuxième âge.
Le troisième âge, qui est compris entre la deuxième et la troisième mue, dure de six à sept jours.
Le quatrième âge dure de sept à huit joui*s. Au milieu de cette période, le ver mange avec une grande voracité ; c'est ce qu'on appelle la petite frèze.
Le cinquième âge (de la quatrième mue à la montée) dure de huit à douze jours, suivant les variétés. Après la grande frèze, qui a lieu au milieu de cet âge, le ver a atteint son maximum de taille. A partir de ce moment, l'appétit du ver diminue ; il se dispose bientôt à confectionner son cocon et évacue une grande quantité d'excréments ; on dit que le ver mûrit.
Aspect extérieur du ver.
Le corps du ver à sa plus grande taille a une forme cylindrique allongée et est divisé en douze anneaux, sans compter la tète (fig. 5).
La peau est généralement blanche avec des ombres cendrées. Il y a quelquefois, sur un certain nombre d'anneaux, deux taches foncées, en forme de croissant, appelées lunules et disposées symétriquement de chaque côté de la ligne dorsale médiane.
La peau, au lieu d'être blanche, contient quelquefois un pigment qui donne aux vers une couleur foncée. On les appelle vers moricauds.
D'autrefois, une raie noire transversale se trouve sur
Fig. 5. — Ver à soie au cinquième âge.
chacun des anneaux. Les vers ont alors un aspect assez curieux, qui les a fait appeler zébrés, rayés ou bariolés. Si celte particularité se rencontre chez les vers blancs, ce sont des blancs zébrés, et des moricauds zébrés si elle se rencontre chez les vers moricauds. Ces caractères sont héréditaires et semblent appartenir à des races distinctes.
On rencontre parfois, mais très rarement, des vers séparés longitudinalement en deux parties : Tune noire, l'autre blanche. Nous avons observé sept ou huit cas semblables et n'avons obtenu que trois papillons, qui ont présenté tous les caractères des mâles, mais n'ont pu s'accoupler à cause d'une mauvaise conformation des organes génitaux.
11 nous a été donné d'observer dans un croisement japonais deux vers dont le corps était de couleur ver te et transparent comme le verre, si bien que l'on apercevait le passage des aliments dans le tube digestif. Ces vers, d'une très^ grande agilité, disparurent pendant la nu il de l'endroit où nous les avions placés pour faire leur cocon.
Tête. — La tête du ver à soie (fig. 6) a une forme globu-
leuse. Elle est protégée par une couche épaisse de matière chitineuse et présente deux squames pariétales et une squame frontale ; à cette dernière s'attache un appendice large et court : la lèvre supérieure (Is). De chaque c6té des squames pariétales se trouvent six petites proéminences lenticulaires v, que Ton a appelées des yeux. Les antennes (at) sont des organes tactiles qui sortent des squames pariétales et sont formées de trois articles cylin driques.
Les mandibules {ind) sont des pièces dures, dentelées comme des scies, qui se meuvent transversalement sous l'action de muscles puissants et peuvent de la sorte découper la feuille de m ûrier.
La lèvre infér/eiire(/î) est constituée par deux
corps mous qui sont accolés ensemble et supportent chacun un organe tactile articulé appelé palpe labial (pi).
Entre les mandibules, la lèvre supérieure et la lèvre inférieure, se trouve l'orifice de la bouche, qui est le commencement du tube intestinal.
Les mâchoires sont des tubercules rigides garnis de gros poils courts ; elles se meuvent légèrement dans le sens transversal et supportent chacune un organe tactile à trois articles, les palpes maxillaires (pm).
Enfin, au-dessous de la lèvre inférieure et entre les
Fig. 6. — Tête grossie du ver k soie vue par sa face inférieure. — Is, lèvre supérieure ; H, lèvre inférieure; at, antennes; pwî, palpes maxillaires ;/?/, palpes labiaux; f, filière; », yeux; mJy mandibules (Verson et Quajatj.
84 ANATOSilB ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORI ».
palpes labiaux, se trouve un petit mamelon conique qui est la trompe soyeuse; à son sommet, se trouve l'orifice de la filière {f), canal d'où sort la soie.
Thor.\x. — Le thorax est formé par les trois premiers anneaux ; chacun d'eux est muni d'une paire de pattes appelées pattes proprement dites, parce qu'elles subsisteront chez l'insecte parfait, ou encore pattes antérieures, thoraciques ou écailleuses. Elles comprennent trois articles
Fig. 7. — Paire de pattes antérieures ou thoraciques. Patte membraneuse ou fausse patte. Stigmate.
(fig. 7) et sont terminées par un ongle recourbé et pointu ; elles sont protégées du côté extérieur par une couche de matière chitineuse.
Abdomen. — L'abdomen est constitué par les neuf autres anneaux; les sixième, septième, huitième, neuvième et douzième portent chacun une paire de pattes membraneuses appelées aussi fausses pattes (fig. 7) ; ce sont des cylindres rétractiles. On aperçoit à leur sommet, dont le contour est elliptique, une double rangée de crochets recourbés. C'est surtout à l'aide des fausses pattes que le ver se meut et se soutient, les pattes antérieures lui servant à serrer la feuille qu'il mange. Sur le onzième anneau, on remarque une sorte de proéminence cutanée en forme de corne appelée éperon.
Enfin, pour terminer cette description des organes extérieurs du ver, il nous faut mentionner dix-huit taches noires de forme elliptique (fig. 7), situées sur les fiancs de chaque côté de tous les anneaux, à l'exception du deuxième, du troisième et du dernier. Ce sont les stigmates, ouvertures des canaux respiratoires, sur la fonction desquels nous aurons l'occasion de revenir.
Structure intérieure.
Appareil digestif. — En examinant les organes intérieurs d'un ver à soie (fig. 8), on voit que le plus important de tous est le tube digestif, canal qui va de la bouche à Tanus.
Ce tube se divise en trois parties (fig. 9) : antérieure ou œsophage, moyenne ou estomac f postérieure ou mtestiriy formé lui-même par deux dilatations séparées, le caecum et le rectum.
Uœsophage (es) part du fond de la bouche et traverse la tête et le premier anneau. Les deux glandes salivaires {gs) sont disposées symétriquement de chaque côté de l'œsophage, et leurs sécrétions viennent aboutir à droite et à gauche dans la cavité buccale. Ces glandes ont la forme de tubes à diamètre irrégulier et contiennent des cellules qui sécrètent un liquide visqueux, à réaction acide, qui a la propriété de transformer Tamidon en dextrine.
Uestomac (vt) est la partie la plus grande ; cette cavité commence à l'œsophage pour aboutir au neuvième anneau; sa paroi recèle des quantités de cellules glanduleuses qui sécrètent un liquide alcalin, lequel permet la digestion de la feuille de mûrier.
Fig. 8. — Ver au cinquième âge ouvert suivant la ligne dorsale médiane. Les glandes soyeuses ont été isolées.
86 ANATOMIË ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORl ».
A la base de l'estomac se trouve une partie étranglée^ intestin gréh, dans lequel viennent déboucher les vaisseaux urinai res, ou tubes de Malpighi (vr) ; ces tubes ont une fonction analogue à celle des reins chez les animaux supérieurs. Chacun de ces vaisseaux se ramifie en Irois tubes^ qui, avec de nombreuses sinuosités, se replient sur la face dorsale et la face ventrale de l'estomac et viennent se terminer en cul-de-sac vere la région anale. Ils contiennent à l'intérieur des cellules qui sécrètent de nombreux urates. On remarque aussi dans ces tubes des cristaux octaédriques d'oxalate de chaux absolument semblables à ceux qui recouvrent la peau du ver au sortir des mues.
On a remarqué que, tandis qu'avant les mues les tubes de Malpighi étaient gorgés de ces substances, ils étaient vides après la mue. Dans Tirsecte parfait, ils ne contiennent plus que des urates.
Le cœcum reçoit les matières non digérées; il a un pouvoir absorbant presque nul ; son épilhélium est constitué par de grandes cellules polygonales. Il agit surtout mécaniquement sur la digestion
Fig. 9. — Tube digestif du ver à soie ayant accompli sa croissance ; vu de la partie ventrale (grandeur naturelle S — es, œsophage ; vt, estomac ; i7, intestin grêle ; 2c, cx'cum ; it\ rectum; f/', tubes de Malpighi; gs, glandes salivaires (Verson et Quajat).
LE VEtt A SOIE. 87
par le moyen des fibres musculaires contractiles qui l'entourent.
Le rectum reçoit les matières fécales qui sont expulsées par Fanus ; sa paroi est tapissée d'une épaisse cuticule, qui se continue au dehors de l'anus.
Toute la paroi musculaire du tube digestif est d'ailleurs doublée en dedans par une pellicule chitineuse qui fait comme suite à celle de la peau. Dans l'œsophage, cette pellicule est adhérente aux couches externes et plissée ; dans l'estomac, elle est lisse et comme flottante ; dans le cœcum, elle est de nouveau adhérente et tapissée d'épines; enfln, dans le rectum, elle est légèrement plissée, mais sans épines.
Appareil respiratoire. — Les dix-huit stigmates répartis sur le corps du ver permettent et règlent l'accès de l'air nécessaire à la respiration, qui pénètre de là dans les trachées ou tubes aérifères, dont les ramifications s'étendent à tous les organes.
Malpighi a démontré que l'air pénétrait par les stigmates; en plaçant avec une plume une goutte d'huile sur chacune de ces dix-huit ouvertures, il a constaté que l'animal mourait asphyxié au bout de quelques minutes.
L'expiration de l'air se fait au contraire par toute la surface de la peau. Réaumur a constaté en effet qu'en plongeant un ver vivant dans l'eau on voyait des bulles d'air se former sur toutes les parties du corps.
Le stigmate est l'ouverture d'un canal tapissé de sortes d épines ou de poils qui forment un feutrage permettant le passage de l'air seul et l'amenant dans une cavité creusée dans une excroissance de Thypoderme.
Cette cavité est fermée à sa partie inférieure par deux membranes juxtaposées formant comme une valve. A l'état de repos, la valve est fermée par une sorte de bâtonnet chitineux recourbé en arc, qui vient s'appuyer contre l'insertion des deux membranes et les
88 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MOHl ».
maintient l'une contre Tautre. Pendant l'acte de l'inspiration, au contraire, un autre bâtonnet chitineux, formant bras de levier et commandé lui-môme par un muscle spécial, fait soulever Tune des deux membranes, ce qui permet à l'air d'arriver dans une seconde cavité, soite de vestibule de la trachée.
La trachée se compose d'un long tube d'un tiers de miiiimèti^ de diamètre chez le ver adulte, qui s'étend sur toute la longueur des flancs du ver et reçoit l'air des neuf stigmates île la façon que nous venons d'indiquer, il y a deux trachées principales, une de chaque côté du ver.
De chaque vestibule pratiqué dans la trachée principale, à la hauteur de chaque stigmate, partent des trachées secondaires qui se ramifient à l'infini en canaux de plus en plus étroits et distribuent l'air à tous les organes et viscères contenus dans la moitié de l'anneau correspondant.
La paroi des trachées est formée extérieurement par une membrane mince, et intérieurement par une membrane chitineuse qui offre des replis affectant la forme de spires régulières et caractéristiques. Ces spires n'existent cependant pas dans les très petites ramifications des trachées.
En outre des deux trachées longitudinales, il existe du côté de la partie ventrale une autre trachée interslignvitique, qui établit la communication entre chacune des deux ouvertures respiratoires d'un même anneau.
Une trachée inlerstigmatique ventrale et une autre dorsale partent des deux premiers stigmates, viennent se terminer à la tète et envoient des ramifications sur leur parcours.
Le mécanisme respiratoire du ver à soie n'est manifesté par aucun mouvement rythmique. L'inspiration et l'expiration ne paraissent être commandées par aucun muscle spécial, mais seulement par les contractions mus-
culaires de tout le corps, qui doivent nécessairement amener la compression ou l'expansion des canaux aérifères.
Respiration, — La respiration chez les vei's comme chez tous les êtres vivants est une véritable combustion qui se traduit par une absorption d'oxygène et un dégagement d'acide carbonique.
En 1849, Hégnauit et Reiset ont recherché la quantité d'oxygène absorbée par les vers à soie dans l'acte de la respiration ; ils ont trouvé pour 1 kilogramme de vere pendant une heure les chiffres suivants :
Vers au5<»âge( 423 prêts à, filer) ont absorbé Off',840 d'oxygène. Vers — ( 461 — ) — 0ff^687 —
Vers au 3« âge (1050) — IffMTO —
Les vers étaient placés pour ces expériences dans des conditions défavorables qui pouvaient atténuer l'exercice de leurs fonctions ; ils étaient en effet placés dans un tube de verre fermé à ses deux extrémités par des montures de laiton qui les faisaient communiquer d'une part avec un réservoir d'oxygène, d*autre part avec un tube manométrique recevant les gaz à analyser.
Verson et Quajat reprirent ces expériences à la station séricicole de Padoue et déterminèrent l'acide carbonique produit pendant une heure par 1 kilogramme de vers(l).
Acide carltonique Age des vers. Température. dégagée.
Pendant la 3^ mue 22» C. 0,7381
Avant la 4^ mue 22° G. 0,6058
Pendant la 4« mue 18° 0,7450
Après la 4* mue 18© 0,8256
Commencement du 5« âge. 18° 0,6008
Un peu après 15° 0,2675
5« âge avancé 15o . 0,1998
Au moment de la montée. 17» 0,4225
(1) Verson et Quajat, p. 137.
Verson fait remarquer qu'une température plus ou moins élevée a une influence sur Tactivité respiratoire et qu'il aurait fallu tenir compte, dans l'expérience, de la quantité de feuille contenue dans le tube digestif, le poids de cette feuille pouvant atteindre le 30 et 40 p. iOO du poids du ver. C'est pour cela que la production la plus faible d'acide carbonique correspond au moment de la grande frèze.
L'activité respiratoire des vers à soie est très intense ; il faut donc leur fournir abondamment l'oxygène qui leur est nécessaire et faire en sorte que la proportion d'acide carbonique ne soit pas supérieure à 1/1000 dans la magnanerie.
Il conviendra donc de fournir aux vers de 1 once de graines, qui sont au nombre de 30000 environ, 1 000 mètrescubes d'oxygène par vingt-quatre heures, soit environ 5000 mètres cubes d'air. Si la magnanerie a 100 mètres cubes de capacité, il faudra que l'air soit renouvelé intégralement à peu près toutes les demi-heures.
Cependant les vers à soie peuvent supporter sans périr des proportions élevées d'acide carbonique, d'acide sulfureux, de chlore, etc., et peuvent séjourner jusqu'à quatre ou cinq heures dans l'eau. Il paraît étonnant avec cela que l'oblitération des stigmates par l'huile les fasse périr en quelques secondes. De Filippi a établi que cette mort rapide était produite par une sorte de paralysie générale résultant de ce que l'accès de l'air aux ganglions nerveux était empêché.
Toutes les odeurs, bonnes ou mauvaises, paraissent incommoder les vers; la fumée du tabac les fait périr rapidement, surtout lorsqu'ils sont jeunes.
Appareil circulatoire. — Le sang des vers à soie est un liquide de couleur jaune-paille, très limpide, à réaction généralement acide et noircissant rapidement à l'air. Il contient des globules de formes et dimensions variable*^ à un ou plusieurs nucléoles et des cellules huileuses.
Tout ce liquide flotte dans la membrane péritonéale^ baigne les parois de Testomac, que les matières assimiléestraversent par endosmose pour enrichir le sang.
Les ramifications des trachées sont baignées par le sang et lui fournissent Toxygène. Grâce à ce mode de répartition des trachées, la circulation n'a pas besoin d'être divisée en veinale et artérielle pour se débarrasser des produits de l'oxydation, comme chez les Vertébrés. Le cœur est cependant représenté par un vaisseau dorsal.
Ce vaisseau dorsal est en quelque sorte un agitateur du sang par ses contractions rythmiques, qui ont lieu d'arrière en avant quarante à cinquante fois par minute environ et qui font ainsi cheminer le liquide sanguin dans la cavité du vaisseau.
Ce tube occupe toute la longueur du corps du ver ; il est élargi à sa partie inférieure en forme de bulbe; il va en se rétrécissant et s'évanouit dans la partie céphalique. Ses parois sont musculeuses et fort minces, sans orifices latéraux, ni valvules; le sang pénètre donc dans le canal par endosmose; des ailettes musculaires soutiennent le vaisseau dorsal et figurent les ailettes du cœur. Ce sont des fibres musculaires contractiles disposées symétriquement de chaque côté du vaisseau dorsal et venant se fixer sur l'enveloppe dermique un peu audessus et en avant des stigmates de l'anneau correspondant.
Les pulsations sont à peu près au nombre de 40 par minute chez le ver adulte, à une température de 23 à 25<» C. A i2«, on n'en compte plus que 8 à 10 par minule. Lorsque la larve est plus jeune, les pulsations sont sensiblement plus fréquentes que chez la larve âgée.
Maillot a observé chez un ver de la quatrième mue et à une température de 20® C. 30 pulsations par minute lorsque l'animal est au repos, 45 à 50 s'il se meut ou se met à manger, et 60 à 65 lorsque le ver file son cocon. Ce même observateur prit un ver prêt à filer, qui battait
S5 pulsations; en le distendant légèrement entre les doigts, il vit le nombre des pulsations s'élever à 94; abandonnant alors le ver à lui-même, le nombre des pulsations était encore de 66 cinq minutes après, de 50 cinq autres minutes plus tard et 44 dix heures après, alors qu'il avait commencé son cocon. Enfin, en prenant un ver qui avait commencé son cocon et le retirant de sa légère enveloppe, il constata que les pulsations n'étaient que de 9 par minute, et dirigées d'avant en arrière (inversion qui se produit pendant le passage de l'état de larve à celui de chrysalide) ; un moment après, le ver se mit à marcher; ses pulsations étaient alore de 50 par minute et dirigées d'arrière en avant.
Température du corps. — La température du corps des vers à soie est sensiblement égale à la température extérieure. Plusieurs observateurs, en plaçant des vers à des températures très diverses, n'ont constaté que des différences de 1° en plus ou en moins. 11 y a donc exactement compensation entre la chaleur dégagée par la combustion et celle absorbée.
Glandes soyeuses. — De chaque côté et au-dessous du tube digestif, on remarque chez un ver adulte deux longs tubes brillants de diamètre variable et considérablement contournés; c'est dans ces organes que l'on appelle glandes soyeuses que s'accumule la soie. Elles sont absolument semblables l'une à l'autre et disposées symétriquement par rapport à Taxe longitudinal. On y distingue trois parties (fîg. 10) : la partie postérieure, tube cylindrique ayant 1 millimètre de diamètre environ, présentant de nombreux replis et atteignant une longueur de 14 à 15 centimètres. C'est dans cette partie que se forme la fibroïne ou la soie proprement dite ; elle est incolore ou légèrement teintée en jaune.
La partie moyenne est beaucoup plus grosse, 3 millimètres de diamètre en moyenne; elle est recourbée en forme d'S, et sa longueur est de 6 à 7 centimètres,
t Lhïuiisj^u Àa
*4T7*ii,|
Fig. 10. — Glandes soyeuses, d'après Pasteur.
ments partent de chaque ganglion et représentent les nerfs.
Les deux ganglions de la tête sont situés : Tun audessus de l'œsophage, supra-œsophagien, l'autre audessous, suh-œsophagien ; leur cordon conjonctif forme le collier œsophagien.
Le ganglion supra-œsophagien est beaucoup plus volumineux que tous les autres, aussi l'appelle-t-on quelquefois cerveau. Les nerfs qu'il émet aboutissent à la lèvre supérieure, aux antennes et aux yeux ; les nerfs du ganglion sub-œsophagien aboutissent à la lèvre inférieui^, aux palpes maxillaires et aux muscles des mandibules.
Les autres ganglions émettent deux faisceaux de nerfs antérieurs et deux faisceaux postérieurs ; ces faisceaux se ramifient et aboutissent à tous les muscles de l'anneau correspondant.
Les deux derniers ganglions sont accolés l'un à l'autre et presque confondus ; ils émettent quatre paires de faisceaux postérieurs qui se ramifient en éventail comme des rayons divergents et commandent les muscles des deux derniers anneaux.
Les ganglions contiennent des cellules à nucléole munies d'un ou deux prolongements fîbriformes.
Les nerfs sont constitués par des faisceaux de fibres parallèles qui partent du ganglion, organe central.
Le système nerveux dont nous venons de parler, composé par la chaîne des ganglions, n'a d'action ni sur le tube intestinal, ni sur l'appareil respiratoire, ni sur celui de la circulation, qui sont influencés par un système nerveux spécial.
A la face dorsale du tube intestinal, on remarque une série de trois ou quatre ganglions, dont le premier, appelé frontal, est au devant du cerveau, auquel il est rattaché par deux filaments nerveux. De chacun de ces ganglions partent des filaments nerveux qui agissent sur l'appareil digestif.
De chaque côté de la chaîne ganglion naii^e principale, se trouve un filament nerveux qui présente des renflements, sortes de petits ganglions -d'où partent les nerfs qui vont aboutir aux stigmates, ce sont les nerfs respiratoires.
Enfin, à droite et à gauche de la partie antérieure du vaisseau dorsal, on remarque des ganglions spéciaux attachés au cerveau par des filaments ; c'est de ces ganglions que partent les nerfs qui agissent sur l'appareil de la circulation.
Système musculaire. — Le système musculaire comprend deux sortes de muscles : les muscles volontaires^ qui obéissent à la volonté de l'animal ; ce sont ceux qui lui permettent de se mouvoir, et les muscles involontaires , qui sont indépendants de sa volonté et agissent sur le tube intestinal, le vaisseau dorsal, etc..
Les muscles volontaires sont des faisceaux composés de fibres parallèles striées, dont les extrémités s'insèrent sous la peau. Ces faisceaux, sortes de rubans, ont la propriété de se contracter ou de se distendre, ce qui provoque les mouvements. Ils sont de trois sortes :
Les muscles courts, qui sont les plus superficiels, ne sortent généralement pas d'un anneau ; ils vont tout au plus à l'anneau voisin et servent à fléchir et à tendre les articles locomoteurs.
Les muscles obliques viennent au-dessous; ils sont plus ongs et produisent les mouvements de torsion du corps.
Enfin les muscles profonds sont longitudinaux ; ils s'insèrent les uns aux autres de façon à former un ruban continu.
Les fibres musculaires striées se composent d'une gaine membraneuse appelée sarcolemme, qui enveloppe un faisceau de fibrilles longitudinales, traversées à intervalles réguliers par des faisceaux de stries transverses.
Cornalia a compté 268 muscles courts ou superficiels,. 168 muscles obUques et 110 muscles profonds.
P. Vieil. — Sériciculture. 6
Si on considère que chacun de ces rubans musculaires contient au moins 8 faisceaux, on arrive à un total de plus de 4 000 muscles.
Les muscles volontaires présentent une ligne droite •d'un point d'insertion à Tautre; mais il n'en est pas de même des muscles involontaires, qui sont constitués par 4es groupes de fibres musculaires entre-croisés, ce qui ne permet pas l'isolement d'un élément sans une lacération de tout le faisceau. Chacun de ces éléments ne peut se contracter isolément ; c'est toute la masse qui se contracte ou se distend.
Les mouvements de tous ces muscles, volontaires ou involontaires, sont ordonnés par le système nerveux.
Tissu graisseux ou adipeux. — Dans tous les interstices des organes et viscères dont nous venons de parler se logent des lobules d'aspect blanchâtre, qui sont des ^mas de cellules adipeuses de forme assez irrégulière ; fils, cordons, lamelles, qui se réunissent ets'entre-croisent : •ces amas sont entourés par la membrane péritonéale et forment ce qu'on appelle le tissu graisseux ou adipeux, Ces matières s'accumulent pendant la vie de la larve et permettent à l'animal de vivre à l'état de chrysalide et -d'insecte parfait, sans prendre aucune nourriture.
Aux environs du vaisseau dorsal, le tissu graisseux prérsente un aspect un peu différent; les lobules, d'un jaune plus foncé, sont disposés irrégulièrement le long du vaisseau dorsal et sur les deux faces des ailetttes musculaires du cœur. Quelques auteurs estiment que ce sont des glandes particulières jouant le rôle du foie. On les appelle aussi glandes péricardiales.
Organes reproducteurs. — Les fonctions de reproduction sont évidemment nulles chez le ver à soie ; cependant, dès la naissance, le jeune ver renferme les corps qui, en se développant, deviendront chez le papillon organe reproducteur mâle ou organe reproducteur femelle ; on appelle •ces corps capsules génitales.
L'examen au microscope de ces capsules génitales permet d'établir à quel sexe appartient Tindivi du; mais, extérieurement, on ne remarque aucune différence entre les vers mâles et les vers femelles, et tous les caractères auxquels certains praticiens prétendent distinguer les sexes sont absolument illusoires.
Les capsules génitales sont deux petits corps réniformes blanchâtres situés de chaque côté du vaisseau dorsal* en face la suture des septième et huitième anneaux ; elles' ont 2 à 3 millimètres de longueur lorsque le ver est arrivé à maturité. Hérold a découvert qu'elles étaient tenues en place :
1® Par des trachées émanant de la sixième paire destigmates ;
2° Par une paire de ligaments courts qui sont fLxésaux tissus cutanés voisins ;
3° Par une paire de ligaments longs, fixés d'une part à la face interne des capsules génitales et venant se réunir et se fixer, d'autre part, contre la peau du onzième anneau, sur la ligne médiane et sous le rectum.
Dans les capsules mâles, on remarque, au début, unematière semi-fluide granuleuse où se formeront plus tard des cellules à noyaux, puis de grosses cellules dont le contenu est un amas de sphérules transparentes ; pui^ enfin ces cellules s'allongent en forme de poire, et leur contenu sera strié dans le sens de la longueur.
Les capsules femelles sont plus volumineuses; leur contenu a été sommairement décrit à propos de l'œuf.
Cabelli a observé un caractère qui permet de distinguer par une dissection sommaire de la partie ventrale du onzième anneau le sexe de la larve : chez les sujets mâles,, les ligaments longs se réunissent sur un petit corps bilobé appelé organe de Hérold, qui est situé à l'arrière de la ligne médiane du onzième anneau. Chez les sujets femelles, les deux ligaments, après s'être rapprochés, s'écartent de nouveau de 1 millimètre environ pour aboutir à deux corps
globuleux séparés qui représentent Torgane de Hérold.
Structure de la peau. — La peau présente deux couches distinctes. Tune profonde, Vhypoderme, composée de cellules de formes différentes, mais disposées dans le même ordre ; l'autre superficielle, la cuticule^ substance chitineuse, composée de lamelles d'aspect homogène, soudées entre elles, qui sont sécrétées par l'hypoderme. Cette cuticule se durcit et empêcherait la croissance de la larve si elle ne tombait au moment des mues, pour céder la place à une nouvelle également sécrétée par les cellules de Fhypoderme.
Les dimensions et la configuration des cellules de l'hypoderme ne changent pas pendant toute la durée de la vie de la larve ; ces cellules sont remplies de granules et de pigments qui donnent aux vers leurs couleurs. Vlacovich a trouvé que ces cellules sécrétaient des cristaux d'oxalate de chaux et des urates, notamment d'ammoniaque, pendant toute la durée de la vie larvale, tandis que la sécrétion des urates n'a pas lieu pendant l'état de nymphe et d'insecte parfait ; mais on trouve alors dans les tubes de Malpighi uniquement des urates alors qu'ils n'en contenaient que très peu avant. C'est parce que le régime alimentaire a changé, le ver de végétarien est devenu Carnivore et parce que les tubes de Malpighi jouent un rôle complémentaire de celui de la peau.
La surface de la cuticule est hérissée d'aspérités microscopiques, qui la font pamître comme chagrinée, ainsi que de poils dont plusieurs sont visibles à l'œil nu. Ces poils sont formés par des excroissances coniques de la substance chitineuse ; les uns sont courts et rigides, les autres longs et flexibles ; ce sont probablement des organes du toucher. C'est à la face interne de la cuticule que viennent s'insérer les muscles.
Mues de \a larve. -— Nous avons vu que la croissance rapide du ver à soie se faisait grâce aux quatre
mues. A ce moment des mues, sous la vieille cuticule, il s'en forme une autre de même nature, revêtue -d'aspérités et de poils ; entre les deux enveloppes, on voit un liquide dans lequel flottent des cristaux d'oxalate de chaux ; la vieille dépouible s'isole du corps et se fend au niveau de la boîte crânienne. L'animal sort alors régénéré, le fourreau restant fixé parles fils de soie émis avant la mue et par les crampons des fausses pattes.
Après la mue, la surface de la peau du ver est encore recouverte des cristaux cités plus haut, et, en examinant la vieille dépouille, on voit qu'elle contient non seulement la cuticule extérieure, mais tous les organes de la bouche et la membrane de l'intestin ; celle de l'intestin antérieur se trouve du côté de la tête, et, du côté de l'anus, celle de l'intestin postérieur. Au niveau de chaque stigmate on trouve les dépouilles des trachées et de tout l'appareil respiratoire.
Exhalation d'eau. — La peau exhale non seulement l'acide carbonique résultant de la respiration, mais aussi une quantité considérable de vapeur d'eau.
La quantité de feuille consommée par un ver est considérable (15 grammes en moyenne); cette feuille contient 65 p. 400 d'eau, et, comme les déjections du ver ne sont que solides, la plus grande partie de cette eau est rejetée par la peau. Dandolo estime que 30000 vers doivent exhaler par la peau, de la naissance à la montée, 275 kilogrammes d'eau (1).
Si on tient compte aussi de l'énorme quantité d'eau contenue dans les litières, lesquelles sont constituées par les déjections et la feuille non consommée, dont la quantité est au moins égale à celle ingérée, on voit la nécessité d'une ventilation énergique dans les magnaneries.
Maillot estime que les volumes d'air nécessaires à une
\\) Dandolo, Vart d'élever les vers à soie, traduit de l'italien par Fontaneilles.
éducation d'une once de 30000 vers environ doivent être les suivants (1) :
Au 1«' âge 1 544 mètres cubes par 24 heures.
Au 2* âge 1730 — —
Au 3« âge 2306 — —
Au 4« âge. . . . 3520 — —
Au 5e âge 10276 - -
Si le local a la contenance de 100 mèlres cubes, convenant à Téducation de 1 once, au cinquième âge. l'air du local devra être renouvelé complètement cent fois en vingt-quatre heures, soit tous les quarts d'heure.
On voit que ce chiffre est le double de celui indiqué comme étant nécessaire pour la respiration. 11 faut donc fournir aux vers, par une aération convenable, un volume d'air suffisant à l'évaporation de la vapeur d'eau, et ce volume d'air sufHra amplement à assurer une bonne respiration.
Différents sens. — Les organes du toucher chez les vers à soie sont représentés par les poils qui se trouvent à la surface du corps, et principalement aux extrémités des antennes, des palpes maxillaires et des palpes labiaux.
L'odorat paraît très peu développé et doit avoir pour siège l'orifice de la bouche et les stigmates, et le goût a j:our siège les parois de la bouche.
L'ouïe doit être nulle chez les vers à soie, car ils paraissent indifférents aux bruits les plus intenses.
On ne saurait dire que les yeux leur permettent de distinguer les objets, car les vers paraissent être privés de la vue et être attirés ou repoussés seulement par l'odorat ou autres sensations telles que : fraîcheur, chaleur, courant d'air, etc.
Influence de la température. — La pratique a conduit à
(l) h\ Maillo-^, Leçons sur le ver à soie du mûrier, 1884, p. 76.
considérer comme température optima pour la conduite* des éducations celle comprise entre 20 et 25<» G. Dansces conditions, la vie de la larve dure normalement de trente à trente-cinq jours.
Mais on peut abaisser la température sans causer depréjudice sensible à l'insecte; la durée de la vie est simplement prolongée. A 15°, elle est de cinquante jours.
Les vers peuvent même subir des froids très intensespendant une durée limitée. En 1753, Justi a exposé de» vers à un degré de froid tel que leur corps solidifié se brisait comme du verre ; réchauffés lentement, les vers ont mangé et sont arrivés à filer leur cocon.
En 1837, Loiseleur Deslonchamp soumit des vei^s nouvellement éclos à une température de — 5* pendant dix, quinze, vingt et vingt-cinq minutes; ces dernierssuccombèrent seuls; les autres, réchauffés lentement,, recommencèrent à manger.
Ce même expérimentateur prit deux cents jeunes vers et les soumit pendant huit minutes à une température de- — 5« ; puis il les ranima et les garda pendant dix jours à 4*> ; pendant ce temps, ils ne mangèrent pas et semblaient dormir. 11 les éleva ensuite dans les conditions habituelles et obtint quatre-vingt-dix-sept cocons.
Ce n'est guère qu'à partir de 8«, pendant le premier âge, et de 10 à 12°, pendant les âges suivants, que les vers sortent de leur engourdissement et qu'ils com-^ mencent à manger ; leur appétit n'est développé qu'entre^ 15 et 20°.
Une température élevée ne fait pas périr les vers : Cantoni les a maintenus dans une éluve à 47° sans leur voir manifester aucun signe de souffrance.
Par l'élévation de température, on active toutes les fonctions et on diminue la durée de la vie.
L'abbé de Sauvages a réussi des éducations de 30 à 37° C, qui n'ont duré que vingt-quatre jours. On cite même des cas d'éducation terminés en quatorze jours
à 45®. Mais, dans ces cas, il faut donner des repas très fréquents, car la feuille se dessèche rapidement et la quantité consommée en vingt-quatre heures est très considérable. Pour 1 once de vers, par exemple, la quantité de feuille ingérée reste sensiblement la même, mais est consommée en un temps qui varie de quinze à cinquante jours, suivant que le température varie de 45 à 150.
Confection du cocon, — Le ver, arrivé à maturité, ne mange plus ; il élimine par des déjections abondantes tous les résidus non digérés; les glandes soyeuses s'agrandissent considérablement ; le corps devient comme transparent et de couleur ambrée si le cocon doit être jaune, et blanc d'albâtre si le cocon doit être blanc. Le ver cherche dès lors un endroit propice à la confection de son cocon ; c'est pour cela qu'on dispose les bruyères, ou divers branchages; le ver y monte aussitôt et laisse échapper une goutte d'excrément liquide, la seule qu'il évacue pendant toute sa vie de larve. Ce liquide est, d'après Péligot, du bicarbonate de potasse.
Lorsqu'il a trouvé une place à sa convenance, le ver jette par la trompe soyeuse un fil de soie continu en agitant, à droite et à gauche, la partie antérieure de son corps et en allongeant le museau ; il attache ce fil aux objets voisins et forme ainsi un réseau irrégulier qui délimite l'espace au centre duquel il fera son cocon. Bientôt, en effet, il construit tout autour de son corps une enveloppe de forme ovoïde, dont il continue à tapisser l'intérieur par des mouvements de tète, qui font décrire au fil soyeux la forme d'un 8. L'épaisseur du cocon devient peu à peu suffisante pour dérober l'animal à la vue, mais il continue à tapisser l'intérieur de sa prison volontaire par des couches régulières, jusqu'à ce que les glandes soyeuses soient complètement vides. Si la température s'est maintenue aux environs de 25°, le cocon est complètement terminé au bout de trois jours;
le ver a alors considérablement diminué ; i) est replié sur le ventre, la tète placée à la partie supérieure et la peau plissée; il est sur le point de se transformer en chrysalide.
Le réseau irrégulier qui enveloppe le cocon, formé par le premier lil émis, est toujoui*s blanc, môme chez les races à cocons colorés, et constitue ce que l'on appelle la bave, la blaze ou la bourre, dont le cocon devra être débarrassé avant d'être livré à la filature.
Le brin de soie étant continu, on conçoit que le cocon soit dévidable, lorsqu'il a été formé régulièrement de la façon que nous venons d'exposer. Mais certains vers, au lieu de s'enfermer dans un cocon, vomissent leur fil de soie, tout en courant de côtés et d'autres ; ou bien ils en recouvent une surface plane ; on les appelle alors vers tapissiers. Dans les deux cas, les vers se transforment en chrysalide à nu, et la soie est perdue. Ces cas sont assez rares.
Cocons défectueux. — Cocons doubles et multiples, — 11 arrive plus souvent que deux vers s'enferment dans la même enveloppe ; les fils de soie sont alors enchevêtrés en tous sens, et ces cocons sont indévidables ; on les appelle des cocons doubles. On les reconnaît à une forme plus grosse et plus arrondie, à un tissu plus feutré et à une résistance beaucoup plus considérable de la coque.
La proportion des cocons doubles varie du 4 au 12 p. 100, suivant les races et les procédés d'encabanage. On estime en effet que la rareté des bruyères obligeant les vers à se réunir favorise la construction des doubles.
Duseigneur (1) rapporte, et il paraît approuver celle opinion, que les auteurs chinois attribuent la production des cocons doubles au besoin qu'éprouvent certains vers débiles de réunir leurs matériaux pour obtenir un abri suffisamment solide.
(1) Duseigneur-Kleber, Le cocon de soie, Paris, 1875, Rothschild, éditeur, p. 218.
106 ANATOMIà ET PHYSIOLOGIE DU « BOMBYX MORI ».
Dans certains cas, ce n*est pas seulement deux vers, mais trois et même un plus grand nombre qui se réunissent dans la même enveloppe et donnent ainsi des cocons muUiples,
Ces cocons multiples ont les mêmes défauts, le même aspect et sont produits par les mêmes causes que les cocons doubles. On les rencontre surtout dans les races chinoises. Quelquefois, au lieu de présenter une forme régulière, ils sont cloisonnés à Tintérieur et sont soudés bout à bout ou présentent toutes sortes de formes bizarres.
Ces cocons doubles et multiples ne pouvant être dévidés sont vendus à part pour être cardés.
Les cocons faibles de pointe sont ceux dans lesquels une ou deux extrémités cèdent sous la pression des doigts ; on ne sait pas exactement ce qui a déterminé le ver à tapissermoins fortement cette partie du cocon. Duseigneur estime que le ver agit ainsi par une crainte instinctive qu'il a de ne pouvoir, une fois sa métamorphose en papillon accomplie, sortir de sa coque. Le dévidage de ces cocons est assez délicat, car ils se remplissent d'eau et tombent au fond de la bassine.
Les cocons ouverts sont ceux qui, comme leur nom rindique, sont ouverts à une dé leur extrémité (rarement deux), cette extrémité étant généralement allongée. Ils présentent à la filature les mêmes inconvénients que les cocons faibles de pointe.
Les cocons e'/ran^/^-ssontceux dans lesquels la dépression centrale est si profondément creusée qu'elle constitue un véritable étranglement et qu'au moment du dévidage ces cocons se séparent fréquemment en deux calottes.
Les cocons sa< mes sont ceux chez lesquels les différentes couches ou vestes qui composent la coque sont séparées, au lieu d'être intimement unies, comme dans le cocon parfait. Les cocons satinés ont un aspect particulier ; la coque est plus molle et la surface plus unie; à la filature,