MANDEMENS
EXTRAIT D'UN MANDEMENT de M. de FFNELON, Archevéque de Cambrai, pour le Jubilé.
L ne nous reste, mes très-chers frères, qu’à vous représenter combien les dons de Dieu sont terribles contre ceux qui les méprisent. Hélas ! les jours de bénédictions s’écoulent, et le péché règne toujours. Le ciel verse une rosée abondante ; et la terre demeure stérile en fruits dignes de pénitence. Ne reverrons-nous pas encore après le ('ubilé les mêmes déréglemens, les mêmes habitudes, les mêmes scandales? Les fidèles courent avec empressement pour obtenir cette grace ; mais ils veulent appaiser Dieu sans se convertir ni se corriger. La Religion se tourne en vaine cérémonie. Un pécheur veut payer Dieu des apparences dont il n’oserait payer un ami offensé. Il donne à Dieu le moins qu’il peut dans sa réconciliation. Il semble regretter tout ce qu’il lui donne, et le compte comme perdu. Il se prosterne aux pieds d’un prêtre, et prétend lui faire la loi. Il frappe sa poitrine, et flatte ses passions. Îl avoue sa fragilité, et refuse de se défier de lui-même. Sa fragilité sert d’excuse à ses rechutes et ne lui fait sentir le besoin d’aucune précaution. Il veut appaiser Dieu, mais à condition de ne se gêner en rien. C’est aux pénilens que je parle, disait S. Augustin. Que faites-vous ? Sachez que vous ne faites rien. À quoi vous sert cette humili. ation apparente, sans changement de vie? Quid est quod agitis? Scilote : ÂNihil agitis. Quid prodest quia humiliamini, si non mutamini ? Homel. 49. inter. 50.
: rosée fruits
pas enns, les ) Les btenir U Sans ion se r veut serait moins ble re-
3 que umili Quid Quid
Ho-
DE FENELON. 65
Faut-il que les Chrétiens retombent dans le Judaïsme, et que les cœurs soient loin de Dieu pendant qu’on l’honore des lèvres? C’est parler de pénitence sans se repentir; c’est réciter des prières, sans prier véritablement; c’est tourner le remède en poison, et rendre le mal incurable. L’exercice de la foi se réduit à n’oser contredire les mystères incompréhensibles, à l'égard desquels une certaine soumission vague ne coûte rien. Maisles maximes de la pauvreté et de l’humilité évangélique, qui sont révélées comme les mystères et qui attaquent lamour-propre, ne souffrent-elles pas en toute occasion une contradiction et une dérision scandaleuse ? On craint le moindre mépris du monde plus que les jugemens de Dieu, et la moindre perte des biens temporels, plus que celle du salut. On a honte de faire le bien, la parole de Dieu ennuie, on est dégoûté du pain descendu du ciel, la table sacrée est déserte; presque personne ne porte sérieusement et avec docilité le joug de la loi divine. O Seigneur, approchons-nous de ces temps où vous avez dit que le fils de l’homme trouverait à peine quelque foi sur la terre ! Jetez un regard de compassion sur vos enfans. Envoyez votre esprit, et ils seront créés, et vous renouvellerez la face de la terre. Rallumez le feu de votre amour dont vous avez voulu embrâser le monde. Après avoir été justement irritt, ressouvenez-vous de votre miséricorde. Rappelez pour votre gloire ces an. ciens jours où votre peuple bien-aimé n'étant qu’un cœur et qu'une ame sous votre main, usait de ce monde comme n’en usant pas, et ne se
66 MANDEMENS DE FENELON.
consolait que dans l’amour de votre beauté éter. nelle.
ExTRrAaiT d’un autre MANDEMENT du même.
Gardez-vous bien, mes très-chers frères, de regarder le Jubilé comme un asile du relâchement contre la pénitence. Le Jubilé tout au contraire est un adoucissement de la pénitence extérieure qui invite les hommes à redoubler la pénitence du cœur. Déchirez vos cœurset non pas vos vêlemens, dit l’Église après l’Ecriture. L'Eglise relâche de grandes peines, il est vrai; mais elle ne dispense pas de la douleur d’avoir péché. Au contraire c’est celui à qui il est le plus remis, qui doit le plus aimer, le plus sentir excès de la bonté qui l'épargne, le plus détester son ingratitude, le plus haïr ce qu’il a aimé ct que Dieu n’aime pas. L’indulgence n’élargit point la voie étroite. Elle ne nous dispense point de suivre Jésus-Christ en portant la croix avec lui, nide nous renoncer nous-mêmes. Elle soulage seulement notre faiblesse. Elle nous supporte dans notre découragement, en attendant que nous croissions en Jésus-Christ, et que nous soyons devenus robustes dans la foi. O vous tous qui êtes fatigués et chargés, venez à Jésus-Christ, il vous soulagera ; venez £'otter, et voyez combien le Seigneur est doux. “Du moins ayons le courage d’en faire l’expérience, et bientôt vous direz comme le prophète, J’ai couru la voie de vos commandemens, dés que l’amour a élargi mon cœur. Qu’on se défie de soi, qu’on se fie à Dieu, qu’on se livre à un bon confesseur, qui plein de lesprit de la grace,
té éter.
nême.
res, de ‘elâche.
tout au nitence ibler la Sel non riture,.
L vrai; d’avoir l'est le Sentir détesa aimé élargit spense , Croix Elle nous attenst, et a foi.
venez £L'où- Du ence, Jai e l’a- > SOI, bon race,
BULLE DE LEON xXIl. 67
mène tout à sa f 1 avec force et douceur. Qu’on ne se confesse que pour se convertir et pour se corriger. Qu’on cherche le aus qu’on avait toujours craint, parce qu il Re et qu’on craigne celui qu’on cherchait, Re vrai qu’il flatte. Que la grace du ; ubi .
fasse sentir par les fruits et qu’elle change . mœurs corrompues ; que les riches deviennen
humbles, exempts de faste et charitables. Que
la sanctification du jour du Seigneur répande ses
graces sur tous les autres de la Fo que l’ivrognerie qui exclut du royaume de Dieu seion l’apôtre, fasse horreur aux chrétiens, que lib bureie ême nommée parmi eux.
l’impureté ne soit pas même nomn nie tue Qu'on se détache d’une vie qui éc he RE
moment, qu’on se prépare au royaume : ré qui ne finira jamais et qui sera ne le res si nous le désirons ; qu enfin Pamour, oi C À
un commandement ORÉCEMR, SOIR l’a te k ment de tous les autres, et qu’il nous rende no
croix légères par ses consolations.
oo
jrtrai la Bulle de N. S. P. le Pape Extrait de la Re
Lron évêque, serviteur des serviteurs de
Dieu, à tous les fidèles chrétiens qui verront 0 L LL :
ces lettres, salut et bénédiction apostolique. . .
L] Li] °
Pleins de confiance dans Ja a .
Dieu et dans l’autorité des bienheureux 2: te Pierre et Paul, par le pouvoir pes de ï et de délier que nous Fi reçu du Seigneur,
tout indigne que nous en sommes, nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, à tous et chacun des fidèles chrétiens des deux sexes, en quelque partie du monde qu'ils se trouvent, unis de communion et soumis au saint Siége, même à ceux qui peuvent être venus à Rome l’année dernière, et qu, là ou ailleurs, ont déjà, de quelque manière que ce soit, gagné ce même jubilé accordé par nous, pourvu que, vraiment contrits, s'étant confessés etayant communié dars l'espace de six mois à compter de la publication qui se fera de la présente bulle dans chaque diocèse, 1ls aient visité dévotement l’église cathédrale ou principale, et trois autres églises du même lieu, ou de la même ville ou de ses faubourgs, lesquelles seront désignées par les ordinaires, leurs vicaires ou autres d'après leurs ordres, qu'ils les aient visitées au moins une fois le jour pendant quinze jours consécutifs ou séparés, naturels ou ecclésiastiques (c’est-à-dire, depuis les
remières vêpres d'un jour jusqu à l'entrée de a nuit du lendemain), et au’ils y aient adressé à Dieu de ferventes prières pour l’exaltation de la sainte église notre mère, pour l'extirpation des hérésies, pour la concorde des princes catholiques, et pour le salut et la tranquillité de tout le peuple chrétien ; de pouvoir obtenir une fois l'indulgence plénière de cette même année de jubilé, la rémission et le pardon de tous leurs péchés, comme s'ils avaient visité en personne, aux jours marqués, les quatre basiliques ou églises désignées par nous dans et hors la ville de Rome pour gagner le jubilé, et
CCorur, à deux ils se 11S au re veju ailue ce nous, fessés mois de Ja aient )rincieu, Ou squelleurs qu'ils r pennatuis les ée de dressé tation tirpainces illité btenir ême on de té en basins et é, et
qu'ils eussent rempli toutes les autres conditions requises.
Nous accordons encore, par la teneur des présentes, à ceux qui se trouveraient en voyave sur terre ou sur mer, sils reviennent chez eux ou qu'ils s'arrêtent dans toute autre résidence après le temps par nous fixé, de pouvoir gagner aussi l'indulgence du jubilé, pourvu qu'ils accomplissent les œuvres prescrites cidessus, et visitent autant de fois l'église cathédraie ou principale ou paroissiale du lieu de leur domicile ou de cette résidence. Nous accordons pareillement aux susdits ordinaires des lieux le pouvoir de dispenser seulement des visites les religieuses, les converses, et autres filles ou femmes qui vivent soit dans l'intérieur des monastères cloitrés, soit dans d’autres maisons pieuses ou communautés, ainsi que les anachorètes et ermites, et toutes autres personnes, tant laiques qu'ecclésiastiques, séculières ou régulières, qui se trouvent en prison ou en captivité, ou qui sont retenues par quelque infirmité corporelle ou par tout autre empêchement qui soit un obstacle aux susdites visites; et de dispenser de la communion les enfans qui n’ont point encore été admis à la première communion; comme aussi de prescrire à toutes et à chacune desdites personnes, soit par eux-mêmes, soit par les prélats ou supérieurs réguliers auxquels elles sont soumises, ou par de prudens confesseurs, d'autres œuvres de piété, de charité ou de religion, pour leur tenir respectivement lieu de ces visites ou de la communion sacramentelle; et même de
réduire le nombre des visites, ainsi que la prudence le leur suggérera, en faveur des chapitres, congrégations, tant de séculiers que de réguliers, associations, confréries, universités ou colléges, qui visiteront processionnellement les mèmes églises.
En outre, et en vertu de la même autorité et par une grande faveur de la condescendance apostolique, nous donnons et accordons aux religieuses et à leurs novices la faculté de se choisir, à l’effet mentionné ci-dessus, tel confesseur qu'elles voudront, approuvé par l'ordinaire actuel du lieu où sont établis leurs monastères, pour entendre les confessions des religieuses; et à tous et chacun des autres fidèles chrétiens des deux sexes, tant laics qu’ecclésiastiques, séculiers et réguliers, de quelque ordre, congrégation et institut que ce soit, même qui devrait être spécialement dénommt, l4 permission et la faculté de se choisir, à ce même effet, tel prêtre confesseur qu'ils voudront, soit séculier, soit régulier, même d'un autre ordre et institut quel qu'il soit, parmi ceux approuvés pareillement pour entendre les confessions des personnes séculières par les ordinaires actuels des villes, diocèses et territoires où ces confessions devront être faites: lesquels confesseurs pourront, dans ledit espace de six mois, en recevant les confessions de ceux et de celles qui se présenteraient à eux avec la sérieuse et sincère résolution de profiter du jubilé, et de faire pour cela toutes les œuvres nécessaires, les absoudre, pour cette fois, et dans le for de la conscience seulement,
la prues chaque de versités lement
orité et ndance ns aux é de se tel conr l'ordirs MOdes rees fidès qu’ece quelce soit,
nommé,
des excommunications, suspenses et autres sentences ecclésiastiques et censures encourues de droit, ou portées par quelque juge et pour quelque cause que ce soit, même réservées aux ordinaires des lieux, ou à nous et au siége apostolique, même dans les cas qui sont réservés, fât-ce par forme spéciale, à qui que ce soit, et au souverain Pontife et au siége apostolique, et qui, autrement, ne seraient pas censés compris dans une concession, quelque étendue qu'elle pût être ; comme aussi ies absoudre de tous péchés et excès, quelque graves, quelque énormes qu'ils soient, pareillement réservés auxdits ordinaires, et à nous et au siége apostolique, comme :l est ait ci-dessus, en leur imposant une pénitence salutaire et leur enjoignant tout ce que de droit; pourront aussi commuer en d’autres œuvres pleuses et salutaires toute espèce de vœux, même confirmés par serment et réservés au souverain Pontife (excepté toujours ceux de chasteté, de religion, ceux qui forment une obligation acceptée par un tiers, ou qui ne pourraient être violés sans préjudicier à autrui, excepté encore ceux par lesquels on s'impose une peine, et quon appelle préservatifs du péché, à mois que la commutation ne fût jugée aussi propre à éloigner du péché que la matière du premier vœu); pourront enfin dispenser les pénitens élevés aux ordres sacrés, même les réguliers, de l'irrégularité occulte, qui rend inhabile à exercer les mêmes ordres et à être promu à des ordres supérieurs, et encourue seulement par la violation des censures,
Nous n'entendons pas néanmoins par les présentes dispenser d'aucune autre irrégularité publique ou occulte, d'aucun défaut, note d'infamie, ou autre incapacité ou inhabileté, de quelque m'uière qu'elles aient été contractées;
ni donner la faculté d'en dispenser ou de réha-|
biliter et de rétablir au premier état, même dans le for de la conscience; nous n'entendons pas non plus déroger à la constitution publiée
avec les déclarations convenables par notre:
prédécesseur Benoit XIV, d'heureuse mémoie, commençant par ces mots: Sacramentum pænitentiæ, et datée des calendes de juin de
l'an de Notre-Seigneur 1741, et le premier de
son pontificat. Enfin nous n'entendons pas,
que ces lettres puissent ou doivent profiter en
aucune manière à ceux qui auraient été par!
nous et par le siége apostolique, ou par quel-|
que prélat ou juge ecclésiastique, nommément excommuniés, suspens, interdits, ou qui auraient été déclarés ou déncncés publiquement comme ayant encouru d'autres censures et
peines portées par des sentences; à moins que, |
dans l'intervalle desdits six mois, ils n'aient
donné satisfaction, etne se soient, en tant que {
de besoin, arrangés avec les parties.
Du reste, si quelques-uns, après avoir commencé l’accomplissement des œuvres prescrites dans le dessein de protiter du jubilé, étaient prévenus par la mortavant d'avoir achevé le nombre fixé de visites ; désirant favoriser par notre bienveillance leurs pieuses et ferventes dispositions, nous voulons que, pénétrés d'un vrai repentir, s'étant confessés et ayant reçu la sainte com-