LE 19 DÉCEMBRE
L£erit lanquamn lignum quod plantatunr és? SecUSs decUYSUS aquarum, quod fructun sure dabit in tempore suo (Ps. I. v. 3).
Le juste sera comme un arbre planté au borii des eaux. ui produira des fruits quan son temps sea venu,
Mes l'rères,
Il y a quelques mois, la l'rance chrétienne célébrait avec une sainte allégresse la béatificauon de JB. dé la Salle. Paris. Lyon, Rouen, Bordeaux, Reims—berceau du nouveau saint—, et vingt autres villes ont acclamé l'illustre fonaateu’ des Ecoles Chrétiennes, et ont vu se dérouler dans leurs antiques cathédrales les cérémonies les plus grandioses. On a saisi avec bonheur cette belle occasion d'exalter un homme et une «uvre contre lesquels l’impiété de notre siècle a entassé tant de préjugés aveugles et de haines gossières. Des voix autorisées, faisant écho à la solennelle et infaillible proclamation tombée des hauteurs du Vatican, ont rappelé à la l‘rance ingrate les immenses bienfaits dont elle est redevable aux fils de J.-B. de la Salle, Et la France s’est émue au récit de ces merveilles, et de tous les cœurs crovants s'est échappé un hymne de reconnaissance.
Mes frères, ces acclamations, qui ont consolé l'Eglise de lrance et les fils du Bienheureux de la Salle, devaient se prolonger à travers les mers, et retentir jusque sur nos rivages. Sans doute, ici, elles n'auront pas la meme signification. Le nom et l'œuvre de J..B. de La Salle n’ont encore excité chez le peuple canadien-français d'autre sentiment que celui d'une
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profonde et reconnaissante admiration. Depuis le jour où quatre fils du saint fondateur débarquaient eur notre terre du Canada, et plantaient dans notre sol fécond un rejeton du grand arbre qui avait déjà ombragé la mère patrie pendant près de deux siècles, depuis 51 ans, les Frères des Ecoles Chrétiennes n’ont trouvé chez nous que de vifs encouragements et de profondes sympathies.
Québec a donné le premier exemple de ces pieuses démonstrations ; pendant trois Jours la vieille basilique a déployé toutes ses splendeurs pour célébrer dignement le fondateur des Ecoles Chrétiennes. Vous avez voulu, mes frères, marcher sur les traces de l'Eglise métropolitaine, et vous vous réunissez aujourd'hui pour manifester votre joieet votre reconnaissance. L'école des Frères qui s'élève à queiques pas de ce sanctuaire, le zèle des disciples de la Salle pour l'éducation de vos enfants, les résultats qu’ils obtiennent et dont vous appréciez chaque jour la grande importance, tout cela m'explique l’empressement avec lequel vous avez répondu à l'appel de votre digne et dévoué pasteur, et sera pour ma faible parole un puissant encouragement.
Je pourrais, mes frères, vous faire le panégyrique du glorieux chrétien que l'Eglise vient de placer sur ses autels. Assez de vertus ont orné son âme, assez de généreux élans ont fait battre son cœur, assez de grandes et sublimes pensées ont jailii de son intelligence, assez d'actions héroïques ont fécondé sa vie, pour que le peuple catholique s'intéresse et s’instruise au spectacle d’une si haute sainteté. Mais j'aime mieux laisser à d’autres là tâche de vous retracer ce beau tableau. Je me contenterai de méditer avec vous sur œuvre accomplie par le Bienheureux, sur cette œuvre qui à absorbé en quelque façon tout son esprit et tout son cœur, et qui reste comme le plus beau monument de ses talents et ses vertus.
Le saint roi David compare l’homme juste à un arbre qu’on a planté dans une terre fertile et bien arrosée, et qui produit des fruits abondants quand la saison est venue : Æ ecrit tanquam lignum quod plantalum est secus decursus aquarium, quod fructum suum dabit in tempore suo.” Femprunte à l'écrivain sacré cette gracieuse image et je l’applique à l'œuvre du Bienheureux de la Salle, Parmi les conditions nécessaires au développement d'un arbre, on peut distinguer les troissuivantes : un sol riche où il puisse planter ses racines, une sève généreuse qui Jui communique la vie, une rosée abondante qui lui permette de puiser la nourriture dont il a besoin : plantatum est secus decursus aquarum. Or cet arbre magnifique qui s'appelle
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l'Institut des lrères des Ecoles Chrétiennes, s’est développé et a grandi dans ces conditions : il plonge ses racines dans la te-re féconde de la sainteté ; il est vivifié par la sève du dévouemunt et de l’abnégation ; enfin il trouve dans les persécutions et .es haines impies une rosée salutaire qui le rajeunit en le fortifiant.
Voilà pourquoi il porte des fruits de salut : ‘ Et erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarium, quod fructum suum dabit in tempore suo.”
La sainteté, mes frères, est un sol fertile où ont germé toutes les grandes œuvres, les créations selides et aurables.
En effet, c’est un fait constant et digne de remarque, que les entreprises des saints ont un caractère de force et de durée qui manque à la plupart des œuvres humaines.
‘I y a, dit Bossuet, un faible irrémediable inséparablement attaché aux desseins humains, et c'est la mortalité : tout peut tomber en un moment par cet endroit.là.” Et pourquoi. mes frères, les desseins de l’homme vont-ils échouer contre cette impitoyable fatalité de la mort ? Ah! c'est que l’homme travaillant en dehors de la foi et de la religion manque d'un fondement solide pour appuyer ses conceptions et ses œuvres. Il veut fonder sur les chimères et les fausses prétentions de l’amour-propre, et cette base chancelante croûle avant môme que l'édifice soit terminé : il bäâtit sur le sol mouvant des intérêts personnels ou des passions malsaines, etle moindre coup de vent suffit pour balayer ces fragiles constructions.
Le saint, l’homme de Dieu, agit bien autrement, S:s œuvres sont marquées pour l'éternité, parce qu'il n’y entre rien des étroites illusions de l'esprit humain. Conçues dans l'espérance, fondées sur la foi, exécutées par la charité, elles sont au-dessus des froids calculs de l'intérôt personnel, au-dessus des folles passions du cœur, au-dessus des dangereuses chimères de l'imagination, et voilà pourquoi elles échappent à la caducité ordinaire aux choses humaines,
Les saints travaillent pour Dieu, en Dieu er avec Dieu, et leurs œuvres semblent participer eu quelque facon à l'imninutabilité divine. Voyez l'Eglise : sa lorce et son immortalité gisent dans la sainteté de son principe Elle ne peut périr parce qu’elle à pour auteur un Christ ressuscité qui ne meurt plus; elle sera tujours féconde parce que toujours elle s'alimentera aux inépui. sables sources de la divine charité.
Eh bien ! c'est là le secret de la vitalité puissante qui anime toutes les œuvres fondées sur le modèle et sous la sage direction de l'Eglise. Et, parmi ces œuvres, nousdistinguons aujourd'hui l'Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes. La sainteté de son fondateur est une garantie de sa force et de sa fécondité.
Comme tous les grands serviteurs du Christ, J.B. dela Salle a compris que pour créer une institution glorieuse à Dieu et utile aux âmes, il fallait d’abord offrir au ciel et à la terre le spectacle d’une vie pure et irréprochable, et mettre à la base mème de cet édifice la dignitè personnelle, la grandeur et l'héroïsme de la sainteté. Aussi le voit-on s'engager de bonne heure dans ces sentiers rudes et escarpés où chemine la vertu Il renonce à la fortune qui lui sourit, au monde qui lui ouvre de brillantes perspectives, aux honneurs qui font miroiter à ses yeux les plus séduisantes illusions. Dans un élan de sublime abnégation, il embrasse la pauvreté volontaire et se fait humble et petit, afin de mieux faire éclater la puissance divine. Et c’est par une vie toute remplie d'héroïques vertus qu'il veut se rendre digne de sa grande mission ; c’est en travaillant à être un saint ‘4 qu'il se prépare à devenir un fondateur illustre, et qu’il consacre pa) à l’avance son œuvre pour l’immortalité.
Ah! les fils de J.-B. de la Salle étaient depuis longtemps convaincus que leur œuvre ne périrait point, parce qu'ils savaient que leur vénéré Père était un saint. Mais l'Eglise, par l'acte solennel de la béatification, semble déclarer au monde entier que l'Institut est immortel. Que les amis du Christ s’en réjouissent et remercient le ciel ! Que les ennemis en prennent leur parti! L'arbre planté dans le sol fécond de la sainteté ne saurait périr : ‘© ÆT erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum, quod fructum suum dabit in tempore suo.”
Et pourquoi cet arbre estail si fort ? Parce que, dans cette terre fertile de la sainteté, ses racines vont puiser une sève géné: reuse et vivifiante, qui monte dans le tronc et se répand dans tous les rameaux pour y faire circuler la vie. Cette sève, la langue chrétienne la nomme : esprit de dévouement et de sacrifice
C'est par le dévouement et le sacrifice que s’accomplissent les grandes choses, que se maintiennent les belles institutions Or, mes freres, pour se dévouer, il faut s’oublier ; pour se sacri lier, il faut se môpriser, Voilà pourquoi l'Eglise seule enfante | vrai dévouement et le généreux sacrifice, parce que seule ell:
issante qui anime s la sage direction uons aujourd'hui . La sainteté de de sa fécondité.
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peut inspirer à l’homme la force de s'oublier et de se méprise” au point de ne travailler que pour le bien des autres.
Eh bien ! mes frères, ce dévouement an prochain porssé jusqu’au mépris de soi, J.-B. de la Salle a voulu qu'il fût la règle de vie de tous ses chers disciples. Aussi commence-t-.il par rompre pour eux le lien des affections terrestres, en les séparant du monde pour leur faire embrasser la vie religieuse et monssque Il ferme devant eux la voie des honneurs, des plaisirs, ce la fortune, et les fait entrer dans les étroits sentiers de la pauvreté volontaire, de l'humilité et de la chasteté.
Ne plus rien attendre des hommes, n’avoir pas à s'occuper des importunes nécessités de la vie matérielle, ne laisser derriere soi personne qui puisse réclamer sa part de biens périssables ; mais être tout à son devoir, se dépenser sans mesure et sans calcul, sous la seule impulsion de la charité, quelle condition plus propre à faire éclore les grands sentiments et à faire entreprendre les belles actions ! Et voilà ce que sont les Frères des Ecoles Chrétiennes. Ils sont plus que cela. Le saint fondateur, redoutant les égarements de l’amour-propre et les caprices dangereux de la volonté personnelle, a voulu écarter ces dangers en soumettant ses disciples an joug de l’obéissance absolue. 1! n'y a qu'une seule volonté chez eux, comme il ne doit y avon qu'un seul cœur. Et c'est l'union de tous ces cœurs se fondant en un seul amour, l'amour de Dieu et des âmes, et le concours de toutes ces volontés ne visant qu’une seule fin, la gloire divine par le salut du monde, qui donnent à l’Institut une puissance aussi efficace pour créer et conserver.
Lorsque Jésus-Christ voulut fonder une institution divine, capable de résister aux assauts réunis du monde et de l'enfer, il alla trouver quelques pauvres pècheurs qui raccommodaient leurs filets et remit entre leurs mains inhabiles les destinées de
l'Eglise, Et, pour toute instruction, il leur laissa ces paroles étranges : ‘ Si quis vult venire post me, abneget semelipsum, toliat crucem suam et sequatur me; si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce lui-mûôme, prenne sa croix et me suive. Comme s'il eût voulu dire: ‘Je fonde une société dont vous serez les princes: constilues eos principes super omnem terrami. Or, comme je la veux forte et immortelle, je ne la bâtirai pas sui ces fondements mobiles et croulants qu'on appelle la fortune, les honneurs, la puissance matérielle. Vous n'aurez pas d'autres
richesses que les trésors de dévouement dont vos cœurs seront remplis, pas d’autres dignités que l’aurtole éblouissante de chasteté qui brillera sur vos fronts, pas d'autre puissance que celle du sacrifice et de l'abnégution. Voilà le joug que je vous