‹ Sermon prononcé dans l'église de Ste-Marie de la Beauce, [microforme]Chapitre 5 sur 5 · TI · texte numérisé non relu

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Et maintenant que l'arbre à grandi, que ses racines puissantes ont plongé dans une terre léconde dont elles boivent la substance, le vent de la persécution peut se déchainer contre Jui ; jamais il ne réussira à l’arracher du sol qui lui communique la force et la vie. Que dis-je ? la persécution tombera sur lui comme une rosée bienfaisante qui sans cesse le fera reverdir.

C’est une loi constante que toutes les institutions fondées par l'Eglise catholique doivent naître et se développer dans là souffrance et la persécution. C'est au sommet du Calvaire, entre

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les bras sanglants de la croix, que le Christ a racheté le monde et fondé son Eglise. Or, toutes les œuvres chétiennes portent ce cachet divin de la souffrance ; toutes elles ont leur Calvaire et leurs victimes, toutes elles ont leurs persécutions et leurs bour:reaux. ‘Telle est la loi. Pourquoi ce baptème de sang au berceiu de toutes les grandes «'uvres ? pourquoi cette fatale nécessité de la souffrance au cours de leur développement ? Ah! parce que ces œuvres continuent l'action du Christ, Comme lui, elles doivent être un signe de contradiction parmi les hommes ; voilà pourquoi le monde et l’enfer leur livrent de si rudes assauts.

Mais admirez les desseins mistricordieux de la Providence. Ces souffrances deviennent pour les institutions chrétiennes une garantie de force et de longévité. Oui, mes frères, la fécondité merveilleuse que Tertullien attribuait au sang des chrétiens tombant sous la dent des bêtes ou sous le glaive des bourreaux, est le fruit béni de toutes les persécutions, et elle fait encore, à l'heure qu'il est, le désespoir de tous les persécuteurs. Depuis Néron jusqu'à Julien l’Apostat, depuis Mahomet jusqu’à Calvin, depuis les philnsophes impies du siècle dernier jusqu'aux incrédules malfaisants de notre époque, toujours le mauvais rôle a été pour les bourreaux, toujours la gloire et le triomphe sont restés aux victimes.

Je n'entreprendrai pas de vous faire le récit de toutes les épreuves qui ont assailli l'Institut des Frères des Écoles Chrétiennes ; qu'il me suflise de signaler les plus importantes, Dès le début, le Bienheureux de la Salle rencontra, de la part de ses ennemis et même de ses amis, des résistances, des contradictions qui auraient pu ébranler tout autre courage que celui d'un saint. Les uns critiquaient le plan général, les autres ne jugeaient pas le moment opportun pour uue pareille fondation ; d’autres enfin, inspirés par l'Enfer, voulaient étouffer dès sa naissance un projet dont l'exécution devait servir si admirablement la cause de l'Eglise. Mais J..B. de la Salle avait appris depuis Icngtemps à ne s'appuyer que sur le bras de Dieu ; il laissa faire et dire Le monde, et poursuivit son dessein avec un héroïque dévouement, Ses espérances ne furent pas déçues, et quand il mourut, l’Institut était déjà londé sur des bases solides : 280 frères donnaient l'instruction à plus de neuf mille élèves.

Mais les esprits forts du siècle dernier ne purent sans dépit voir grandir une œuvre qui avait la prétention de répandre parmi le peuple l'instruction solide et l'éducation chrétienne. Voltaire, qui aftichait son mépris pour le vulgaire et voulait ‘* qu'il y eût des gueux ignorants,” déclara la guerre aux Frères, parce qu'ils arrachaient le peuple à l'ignorance. Le farouche et perfide

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sectaire sentait bien que pour égarer les espriis et corrompre les cœurs, il lui fallait d’abord faire la nuit dans les intelligences ; et voici que l’on dissipait ces ténèbres nécessaires aux complots malfaisants. Il n’en faliait pas davantage pour irriter ces grossiers corrupteurs de la jeunesse, et pour attirer à l’Institut les plus vives attaques. Mais l'œuvre de Dieu ne fut pas entravée par ces mesquines jalousies ; elle y trouva au contraire un regain de force et de vitalité. En 1785, l’Institut comptait 121 maisons, 800 frères et 550 classes fréquentées par 36,000 élèves.

Sept ans après, le flot révolutionnaire se déchaïinait sur la France et entrainait dans son cours les grandes choses du passé. L'Institut ne put échapper à ce terrible débordement. Mais comme un arbre profondément enraciné dans le sol, il ne fit que courber la tête sous l'effort du torrent dévastateur ; et, quand les flots se furent calmés, il se redressa plus fort que jamais, pour grandir encore et étendre plus loin ses rameaux féconds.

Il était réservé à notre siècle de tencer un suprème etfort pour l’arrather du sol où l'avait planté la main de J.-B. de la Salle. Vous n’ignorez pas, mes frères, avec quelle infernale énergie l’impiété contemporaine travaille à soustraire la jeunesse à toute influence religieuse, Sous prétexte d’appliquer à cette grande œuvre de l'éducation les principes tant vantés et si mal compris de liberté et d'égalité, on veut forcer les enfants à entrer dans les voies de l’erreur et de l’irréligion. Et l’on donne à ce projet diabolique le nom ‘ d'éducation laïque.” De là cette lutte a mort qu’on livre à tous les instituteurs chrétiens.

Vous vous rappelez, mes frères, cette scène touchante de l'Evangile où nous voyons les petits enfants se presser sur les pas de Jésus, et solliciter ses divines caresses. Les disciples importunés veulent écarter ces chers petits. Alors le Maître laisse tomber de

ses lèvres cette parole d’une adorable mansuétude : ‘ Sinite 4 parvulos ad me venire ; laissez venir à moi les petits enfants.” à

Eh bien ! cette scène se renouvelle aujourd’hui sur un plus vaste théâtre et dans des conditions plus attristantes,

L'Eglise, comme une bonne et tendre mère, passant à, travers le monde pour y semer les bienfaits et les miracles, voit +

accourir à elle les petits enfants, qui laiment et qui sont avides

de ses saintes caresses. A ce spectacle, les ennemis du Christ, |

dans leur jalouse fureur, interviennent, et, portant une main ?

profane et grossière sur ces pauvres petits que l'Eglise instruit et bénit, ils veulent les arracher de ses bras maternels, L'Eglise 4

proteste, comme autrefois Jésus ; et, par la bouche de ses prêtres, 4

de sesreligieux, de ses frè”es, elle dit aux barbares : ‘ Laissez dont f venir à moi les petits enfants. Vous voyez bien qu’ils m'aiment,

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qu’ils ont confiance en moi. Ah ! ils savent bien que moi seule ai reçu la mission de les enseigner ; que moi seule ai dans le cœur assez d'amour pour continuer et perfectionner l’œuvre commencée au foyer de la famille, assez de dévouement pour me sacrifier au bonheur de ces âmes innocentes ; que moi seule ai la vérité qui doit éclairer ces jeunes intelligences. Laissez donc venir à moi les petits enfants.” Mais les impies redoublent de fureur ; ils veulent à tout prix enlever à l'Eglise ces enfants qui se réfugient dans ses bras comme dans uu asile sacré.

Que va devenir l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes dans cette lutte désespérée qu'on lui livre sur le sol même où il a pris naissance ? L'arbre va-t-il tenir debout sous l'effort de cette rude tempèûte ? Rassurez-vous, mes frères, et écoutez la parole du Saint-Esprit parlant par la bouche du prophète royal : ‘ Et folium cjus non defluet, et omniaquæ faciet prosperabuntur ; cet arbre planté au bord des eaux ne sera pas dépouillé de son feuillage, et il ne cessera de produire des fruits” Voulez-vous connaitre maintenant le sort réservé à ceux qui veulent l’abattre ? Ecoutez la suite du psaume : “ Non sie impii, non sic sed tanquam pulvis quem projicit ventus a farcie terræ ; bien différent est le sort de l’impie ; il est semblable à cette poussière que le vent emporte.”

Douces et consolantes paroles, mes frères ! Eiles jettent un rayon de lumière et d'espérance au sein des ténèbres et des tristesses du présent. Courage et espoir, vaillants disciples de la Salle ! Enfants de la France, nous pleurons avec vous sur les égarements de cette malheureuse nation, mais aussi nous osons espérer que les jours d’'aveuglement seront bientot écoulés, ei que la lumière reviendra dans les intelligences. Mais s'il entrait dans les desseins de la miséricorde divine que l'arbre planté sur le sol français par les mains de votre Père bien-aimé fût déraciné, souvenez-vous qu'ici, sur celte terre féconde de l’Amérique, ont poussé de vigoureux rejetons pleins de sève et déjà chargés de fruits. Vous viendrez vous asseoir à leur ombre pour pleurer vos malheurs et pardonner à vos bourreaux. Ici vous trouverez des intelligences à éclairer, des cœurs à former, des âmes à sauver ; ioi il y aura toujours des populations chrétiennes pour vous admirer, un clergé généreux pour vous seconder, des pasteurs vigilants pour vous encourager et vous bénir.

Continuez donc votre œuvre admirable ! Depuis un demi-

maternels. L'Eglise siècle déjà vous distribuez à notre jeunesse le pain de la science buche de ses prètres, et de la vertu, et vous formez au sein de notre société des races bares : ‘* Laissez dON fortes de citoyens intègres et de chrétiens vertueux. Ah! du haut du ciel, votre bienheureux Père vous regarde avec un

ien qu'ils m'aiment,

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légitime orgueil; il bénit et féconde vos labeurs. Et aujourd’hui dans le tressaillement d’allégresse qui unit tous nos cœurs et confond toutes nos espérances, il me semble l'entendre nou: répéter la consolante parole du psalmiste: ‘Et erit tanquam lignum quod plantatum est secus decursus aquarum, quod fructum suum dabit in tempore suo.”

Oui, que cet arbre porte ses fruits ! fruits de science, de travail et de piété dans le temps, fruits de repos dans l'éternité.

Ainsi-soit.il ! ”

abeurs. Et aujourunit tous nos cœurs ble l'entendre nou:

‘€ Et erit tanquan arum, quod fructum

‘uits de science, de epos dans l'éternité.

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