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Et Dieu répondit : Je ferai passer toute ma bonté devant ta face ; je prononcerai le nom de l'Eternel devant toi , et ces paroles : Je ferai grâce à qui je ferai grâce , et j'aurai compassion de qui j'aurai compassion.
Dieu lui dit encore : Tu ne pourras pas voir ma face ; car nul homme ne peut me voir , et vivre.
Et l'Éternel dit aussi : Voici un lieu près de moi ; tu t'arrêteras sur ce rocher.
Et il arrivera que lorsque ma gloire passera , je te placerai dans l'ouverture du rocher , et je te couvrirai de ma main, jusqu'à ce que je sois passé.
Ensuite , j'ôterai ma main de devant toi , et tu ne me verras que lorsque j'aurai passé j mais ma face ne se verra point.
Jftes Frères 9
Connaître Dieu, c'est tout connaître. Connaître Dieu, c'est tout croire et tout pratiquer. Cette étude embrasse et domine toutes les autres, et vous ne pouvez nommer aucune branche de nos
connaissances qui ne tienne à ce tronc majestueux, à cet arbre immense dont l'ombre couvre la terre, et offre à tous les mortels un abri, un repos. Dieu est le premier et le dernier, le commencement et la fut, Valpha et Voniéga; il est le centre de toutes les pensées humaines, le principe de tous les souvenirs, le terme de toutes les prévoyances, et toute science est un chemin vers lui. Aimez-vous à parcourir l'histoire des temps qui ne sont plus, et à compter les siècles écoulés; vous ne pouvez oublier en comptant ces siècles et ces jours, ([xx un jour est pour Dieu comme mille ans et mille ans comme un jour, que l'éternité est à lui, qu'il a été, qu'il est, qu'il sera, et que l'histoire de l'humanité n'est qu'un des soins de sa providence. Aimez-vous à vous élancer dans les profondeurs de l'espace, à suivre les astres dans leur cours, et à mesurer ces distances prodigieuses, vous ne pouvez oublier que, si vous montez au ciel. Dieu y est, que si vous descendez dans V abîme, il y est encore, que l'immensité est à lui, et qu'il en dispose à son gré. Aimez-vous mieux vous occuper de la nature plus voisine qui nous environne, et dépeindre les êtres animés et les innombrables merveilles dont ce globe est rempli; là le nom de Dieu est écrit sur le duvet de chaque fleur, sur le reflet de chaque pierre, sur les prismes de chaque métal, et tous vos regards rencontrent un témoignage rendu au Créateur. Voulez-vous pénétrer dans les profondeurs des sciences morales, comparer les codes des nations, les formes des gouvernemens ,
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les intérêts des familles, et chercher enfin sur quelle base reposent le droit d'être libre et le devoir d'être bon? Ah! quand les peuples et les gouvernemens seront assez sages, ils trouveront dans l'Evangile la législation et la jurisprudence les meilleures, et, quant à la simple morale, elle a été écrite dans l'esprit de Dieu avant de l'être dans le coeur de l'homme. Enfin, votre pensée veut-elle s'élever jusqu'aux recherches les plus mystérieuses de la philosophie, sonder à loisir les facultés de l'âme, peser la valeur de nos connaissances, demander à l'univers pourquoi il existe, et même examiner s'il est vrai que tout ce que Dieu a fait est bon; alors surtout vous remontez de toutes parts à la source de toute certitude, à ce Dieu qui seul a pu dire lui-même à Moïse: Je suis celui qui suis, et au monde, par la voix de son divin Fils: Je suis la vérité; à ce Dieu enfin de qui seul la créature a pu dire dans sa reconnaissance: Dieu est charité.
Vous le voyez donc, M. F., connaître Dieu, c'est tout connaître. Je pourrais vous montrer même que cette pensée est juste hors de notre monde. L'être infini, en se connaissant lui-même, connaît tout, et c'est l'idée de saint Paul, quand il déclare que toutes les oeuvres de Lieu lui sont connues de toute éternité. Et les anges de lumière, que font-ils dans les cieux? que signifie ce privilège, dont ils jouissent, de contempler sans cesse l'Etre des êtres? c'est une connaissance de Dieu bien supérieure à celle que nous permettent les liens de ce corps et le voile de
ce monde. Et il est si vrai que connaître Dieu est le tout de Thomme, et que cette science les comprend toutes et suffit à tout, que partout et toujours, la liberté, la justice, la veitu, l'espérance, ont été proportionnées à la connaissance plus ou moins pure, plus ou moins générale du vrai Dieu, et que toutes les dispensations et les révélations accordées au monde out eu pour but unique de maintenir et de développer parmi les hommes cette vérité sublime. Ainsi, après s'être fait connaître des premiers humains, comme créateur et comme juge, et des premiers patriarches comme vengeur du mal et rémunérateur du bien, Dieu s'est révélé à la race d'Abraham comme son Dieu qui l'appelait et la choisissait entre les races de la terre; plus tard. Dieu s'est lui-même nommé l'Eternel, et j'aurai à vous dévoiler le sens de ce nom magnifique; plus tard encore, et à mesure que les siècles s'accomplissaient. Dieu s'est manifesté comme le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, maître et bienfaiteur de tous, jusqu'à ce qu'enfin, dans la nouvelle alliance, se dévoilant autant que notre faiblesse le comporte, Dieu nous reconnaît pour disciples du Sauveur dans la consécration solennelle faite au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit; développement sublime, majestueuse gradation où vous suivez, comme à l'oeil, toute l'éducation du genre humain, et audelà desquels il n'y a que les ravissemens accordés aux St.-Paul , et la contemplation face à face réservée pour les cieux. Mais vous concevez aisément
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que pour fonder, pour maintenir, pour développer ainsi siècle par siècle la connaissance de Dieu; il fallait l'accorder dans une plus large mesure £lx hommes extraordinaires chargés de la communquer à leurs semblables; pour enseigner cette scieice aux autres, ils devaient abondamment la poss(der eux-mêmes; et voilà pourquoi de tous les mnistres divins de la première alliance, Moïse est ce lui qui a le mieux connu le Seigneur; il est dit qm jamais il ne s'est élevé en Israël de prophète conimi Moïse, qui ait connu Dieu face à face; il est di; qu'il raisonnait avec Dieu comme un homme avet son intime ami; après tant de révélations il osait èrcore adresser cette prière: Seigneur, montre-moi ti gloire^ et Dieu ne dédaignait pas de lui répondra: Je jerai passer toute ma bonté devant ta face.
M. F., il suffît, pour vous donner une premièn idée de cette scène imposante, de vous dire qu'elb est un de ces entretiens où Moïse, en effet, raisoirliait avec l'Éternel comme un homme avec son intimiby ■ 3^ ami. Etudions avec respect ce magnifique tableau. Voyons quel sens profond est exprimé dans ces paroles et caché sous ces images, et nous comprerdrons mieux l'utilité des pompeux phénomènes qui ont accompagné cette manifestation de la présence divine.
Les circonstances dans lesquelles Moïse se trouvait placé , les événemens qui précèdent cette intime révélation, sont dignes de mémoire et concou-
rent à l'expliquer. Le législateur s'était souvent trouvé dans des conjonctures plus difficiles et plus dfingereuses, mais jamais encore dans un moment l?lus triste pour lui-même et plus honteux pour israël. Pendant les quarante jours de sa première 'etraite au sommet du Sinaï, après la promulgation mposante du Décalogue, après les merveilles qui ivaient rempli cette journée et sanctionné cette loi, sraël, ennuyé de l'absence de son chef suprême, encore mal accoutumé à son existence comme nation; Israël, avec cette légèreté que nous comprenons à peine aujourd'hui et qui montre combien 'idolâtrie, impossible parmi nous, était autrefois iéduisante et dangereuse; Israël avait imité un des lieux du Nil et adoré le Dieu vivant sous cet emjléme. L'intérêt politique se cachait sous l'imîiété, et le parti égyptien espérait aux pieds de 'idole tramer le retour en Egypte. Moïse, alors, «tait sorti de sa retraite sainte, où, seul avec l'Eter lel, il recevait les révélations divines et poursuivait Je grand ouvrage de sa législation; il n'avait quitté l'Éternel, si l'on ose ainsi parler, que pour se trou- \er en présence d'une idole; et en descendant du Mont Sacré, dans les transports d'une colère digne de lui, il avait brisé contre le roc les tables de la Loi, ces monumens tels que le monde n'en avait jamais vus, gages certains que la justice est la même dans le ciel que sur la terre. L'image taillée était tombée, il est vrai, devant lui; mais elle était tombée dans le sang. Israël coupable avait été puni
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par Israël fidèle, et Dieu, dans son équité suprême, avait trouvé bon d'augmenter, s'il se pouvait, l'horreur du crime par l'horreur du châtiment. Dieu s'était retiré du milieu de son peuple; Dieu avait déclaré renoncer à le conduire par lui-même; la race d'Abraham cessait presque d'être la race élue. Moïse, si dévoué à ses concitoyens, si aident pour leur prospérité et leur gloire, voyait tout leur avenir compromis, et les enfans de Dieu déshérités, pour ainsi dire, avant même d'avoir pu recueillir le divin héritage; toutes ses institutions étaient ébranlées; toutes ses espérances détruites; en vain il avait prié, en vain il avait gémi; en vain, avec la plus généreuse abnégation d'intérêt et d'orgueil, il avait refusé de voir Israël anéanti et de devenir un grand peuple ; Moïse, par amour pour ses frères, refuse d'être un second Abraham et de laisser sa postérité prendre la place de celle des patriarches; à force de prières, il avait seulement obtenu que Dieu épargnerait son peuple et ne révoquerait pas toutes ses promesses; il n'osait plus s'éloigner et remonter sur le Sinaï; si une seconde idolâtrie l'en faisait descendre, ce serait pour assister à la destruction de tout Israël, et à quelque distance du camp, il fit élever un pavillon, où nul n'était autorisé à le suivre, où il se retirait pour consulter l'Éternel, recevoir les ordres divins, et continuer ses ferventes intercessions en faveur de ses frères. Quelque temps ainsi s'écoula. Cependant, le Seigneur s'était montré lent à la colère et n'abandon-
liait pas son peuple; Moïse reprenait espoir; les Hébreux paraissaient revenus de leur égarement fatal; enfin, Moïse redouble ses ardentes intercessions et obtient la grâce entière d'Israël. Dieu lui promit de conduire de nouveau la nation élue et d'être au milieu d'elle comme auparavant. Toutefois, ces événemens déplorables et ces justes jugemens, cette idole au pied du Sinaï, ce sang au pied du Sinaï, ce sacrilège national puni par une guerre civile, cette séparation de Dieu et d'Israël, toutes ces circonstances avaient laissé une profonde inquiétude, une profonde amertume dans l'âme du prophète; il sentait le besoin de se réfugier plus près de son Dieu, de se fortifier dans son amour et d'oublier un instant ses tristesses dans son sein, de retremper son énergie et de renouveler son courage; il éprouvait quelque chose de pareil aux émotions du seul homme qu'on peut lui comparer, St.-Paul, quand il désire de partir de ce monde pour être a^ec Christ; encouragé par tout ce qu'il a obtenu, sachant bien que Dieu est inépuisable en grâces, il veut obtenir encore plus; après avoir sollicité tant de faveurs pour les autres, il en demande une pour lui-même, et entraîné par cette foule d'émotions qui l'animaient dans ce moment, se sentant plus que jamais près de Dieu, il se hasarda, lui qui avait tant vu la gloire du Seigneur, il se hasarda à dire: Je te prie, fais-moi voir ta gloire!
Fais-moi voir ta gloire! M. F., qu'emporte cette prière, et qu'exprime ce pieux désir? Que voulait
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voir Moïse en ce moment? Votre piété est trop éclairée pour croire que dans ce ravissement, où Moïse était pénétré des plus sublimes pensées et des plus saintes émotions qui pénètrent le coeur humain, il ait songé à jouir du vain spectacle de quelque phénomène de la nature, d'un météore brillant, d'un nuage lumineux, d'un jet de flamme ou d'un rayon de lumière; Moïse ne cherchait pas alors un plaisir pour les yeux. Selon le génie des langues de l'Orient et dans le style poétique de nos livres sacrés, la face de Dieu, la gloire de Dieu, son nom, son règne, son trône, la lumière où il habite, sont des expressions figurées, qui, réduites à leur sens le plus simple, désignent Dieu lui-même. Voir sa gloire, contempler sa face, entendre sa voix, ne signifie donc que le connaître, et comme Dieu est invisible aux yeux de la chair et que l'être borné ne peut jamais parfaitement connaître et comprendre l'Etre infini , les auteurs sacrés ont souvent dit comme Moïse : Nul ne peut voir la face de V Eternel, et vivre; comme S. Jean: Personne ne vit jamais Dieu; comme S. Paul: Dieu habite une lumière inaccessible que nul homme fia vue y ni ne peut voir. Vous concevez donc combien ces images, où se trouve toujours l'idée de clarté, de splendeur, de lumière, sont bien choisies, puisque la connaissance de Dieu est la lumière de notre âme, et que cependant la connaissance de Dieu surpasse et confond notre raison, comme une lumière trop éclatante éblouit et fatigue notre vue.
Les images ici répondent aux pensées; elles sont dignes les unes des autres; les images sont grandes comme les pensées le sont; la poésie la plus noble sert d'interprète à la philosophie la plus élevée, à la religion la plus pure; voilà, M. F., des signes de vérité comme on n'en trouve que dans l'Écriture sainte; tout le génie du paganisme pâlit à côté de ces beautés de la révélation; le paganisme aussi a fait habiter ses dieux dans la lumière, tant cette idée est naturelle; mais ils en sortaient pour se montrer aux hommes: le Dieu d'Israël n'en sort pas. C'est en accordant ainsi les emblèmes et les révélations, que la réponse de la voix divine donne au prophète l'idée la plus élevée des perfections du Seigneur. A cette demande: Je te prie , fais moi voir ta gloire! Moïse, soit que ces pensées, inspirées par Dieu même, eussent saisi son esprit avec une force irrésistible, soit qu'une voix mystérieuse éclatant dans les airs eût fait entendre ces paroles à son oreille; à cette demande Moïse reçut cette réponse: Je ferai passer toute ma bonté devant ta facel ... M. F., quel sublime contraste avant tout se présente! il est impossible de ne pas le saisir; l'homme parle ici de gloire. Dieu ne parle que de bonté; l'homme demande à contempler la grandeur et la majesté divine, et c'est la bonté divine qui se dévoile à ses regards , tant il est vrai que ceux qui croient bien connaître le Seigneur, quand ils se le représentent seulement comme sévère, inexorable, terrible, se trompent; tant il est vrai que la
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gloire du Seigneur ne consiste que dans sa bonté Je ferai passer toute ma bonté devant ta face; c'està-dire: Je vais te montrer en une fois tout le bien que je ferai à mon peuple d'Israël; je vais déployer à tes yeux les bienfaits que je lui prépare, les trésors que je lui destine, toutes les preuves d'amoui que je lui réserve; je vais dérouler devant toi k longue série des grâces et des bénédictions qu sont déjà prêtes: qui viendront dans leur temps qui n'attendent que leur jour, que je tiens dans m£
main pour ton peuple et pour toi-même Et qui
peut dire aujourd'hui tout ce que Dieu a fait passer alors devant la face de Moïse; qui de nous osera prendre un moment la place du législateur et revoir ce qu'il a vu; le tabernacle et ses pompes; le terre promise et ses champs fertiles; le temple peut-être et ses siècles de durée, et la longue marche à travers les âges des sacrificateurs, des rois des prophètes, et peut-être, dans le lointain dej âges, une crèche, une croix, une tombe différente
de toutes les autres; une tombe ouverte M. F.,
qui nous dira où se sont arrêtées les révélations intimes de celui qui voyait toute la bonté de Dieu passer devant sa face, de celui que l'Éternel chargeait d'écrire la loi, cette préface de l'Évangile, et de fonder pour un seul peuple élu le temple, ce vestibule de l'Église qui est le temple de l'humanité 1 A cette première leçon en succède une seconde, indispensable à la confirmation de la foi de Moïse, et digne de la première: Je prononcerai, est-il dit,
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levant toi, le nom de l'Éternel. Ce nom de Jéhova, ious lequel les patriarches ne l'avaient point adoré, 3tait le nom choisi par Dieu lui-même dans ses relations avec Moïse. Ce grand prophète, frappé de 'importance religieuse de sanctifier en Israël le nom Dopulaire et national du vrai Dieu, dans un siècle m tant d'idoles étaient adorées sous des noms magnifiques, adroitement imaginés par l'imposture de leurs prêtres, avait dit au Seigneur: Voici y quand je serai venu vers les enfans d Israël et que je leur aurai dit: Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous y alors, s'ils nie disent: Quel est son nom? que leur dirai-je? Dieu répondit à Moïse : Je suis celui qui suis; parole devant laquelle toute la création se prosterne; et depuis lors, Dieu avait accepté de son peuple ce nom admirable; Dieu avait sanctionné ses lois , ses menaces , ses défenses , ses promesses, par cette formule si simple et si profonde: Je suis r Eternel! Ici, vous le voyez, ici Dieu accepte de nouveau et confirme de nouveau cette désignation souveraine. Quelle garantie pour le prophète , que d'entendre Dieu lui-même se nommer comme il le nommait à son peuple! Ce titre auguste, ce titre d'Eternel qui ne peut appartenir qu'à un seul être parmi tous, ce titre qui montre que l'éternité est à Dieu, et qui domine et le passé, et le présent, et tout l'avenir, ce titre fait connaître le Seigneur sous son attribut le plus saint, et sert de garantie à la religion entière; s'il est l'Éternel, sa parole doit êlre stable; sa grâce doit être
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immuable, sa paix doit être immense, sa grandeur doit être infinie; s'il est l'Éternel, il aura l'occasion de tout accomplir, le moyen de tout bénir, le temps, dirai-je, de touf donner à ses enfans; s'ils est l'Éternel, sa bonté doit être éternelle comme lui; et que ne peut-on attendre d'une éternelle bonté ! Qu'il est doux, pour une créature revêtue d'une vie si incertaine et si fugitive, pour une créature qui ne dispose jamais que du moment présent,... du moment présent qui est là devant moi, qui vient, et qui soudain, plus prompt que la pensée, passe et ne revient jamais,... pour une créature qui peut à chaque heure mourir et laisser tous ses travaux inachevés, de se reposer de l'avenir sur un être qui se nomme l'Éternel! Relisez ce psaume admirable / ^ où Moïse a si bien décrit la fragilité de la vie humaine, où il la compare à un songe que le matin dissipe, à l'herbe qu'un même jour voit fleurir et se faner; ce poème composé sous l'impression des derniers trépas du pèlerinage de quarante années au désert, et vous comprendrez mieux avec quelle joie il adore sous le nom d'Éternel le Dieu qui l'envoie, et avec quelle reconnaissance il l'entend, en garantie de la perpétuité de l'alliance dont il est le prophète, y apposer, pour ainsi dire, le sceau de l'éternité.
Enfin, M. F., l'idée qui sert de comble à ces révélations, qui dut pénétrer d'une sainteté nouvelle l'âme du prophète, et lui prouver combien il est vrai qu'/7 y a pardon auprès de Dieu afin quil
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soit craint^ est exprimée en ces termes imposans: Je prononcerai devant toi ces paroles : Je ferai grâce à qui je ferai grâce, et j'aurai compassion de qui j'aurai compassion! . . . Après avoir accordé à Israël le pardon de la révoltante idolâtrie du veau d'or et l'entier retour de sa faveur, après avoir fait passer toute sa bonté devant la face de Moïse, il devenait essentiel de rappeler au prophète que cette bonté était libre et volontaire; que toutes ces grâces, Dieu pouvait les accorder ou les retenir; qu'aucune contrainte ne l'obligeait à être miséricordieux ; aussi cette parole contient la déclaration la plus positive d'une indépendance absolue; et c'est dans ce sens que St. Paul l'a prise en l'expliquant aux Romains: Dieu fera grâce, à qui? à qui il fera grâce. Dieu aura compassion, de qui? de qui il aura compassion. C'est ainsi, M. F., que s'exprime, et que peut seul s'exprimer l'Etre tout juste, tout sage, tout puissant et tout bon; il na pas égard à V apparence des personnes, et en toute nation ceux qui le craignent et qui suivent sa volonté lui sont agréables; il est libre dans tous ses conseils, il est indépendant dans tous ses bienfaits; il ne nous doit jamais rien; tout ce que nous recevons de lui est en pur don, et tandis que les créatures se disent dans leur orgueil: Je ferai grâce à ceux qui le méritent. Dieu de qui nous ne méritons rien, Dieu qui ne trouve en nous que des serviteurs inutiles. Dieu qui dans toutes les vertus de l'humanité, si vous en ôtez celle du Rédempteur, ne
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voit rien qui convienne à sa justice et qui réponde à sa sainteté, Dieu dit: Je ferai grâce à qui je ferai grâce; et pour dernier trait, tandis que les hommes dans leur indulgences, leurs partialités, et quelquefois leurs caprices, disent: J'aurai compassion de ceux que j'aime; Dieu qui aime tous ses enfans d'un égal amour, qui n'exclut personne de son pardon et de son salut. Dieu qui nous suit tous dans notre vie du même regard paternel et ne fait jamais tort aux uns en faisant du bien aux autres, Dieu a compassion de qui il a compassion.
Voilà, M. F., les trois pensées sublimes et profondes, dignes du grand prophète qui demandait à Dieu de voir sa gloire, dignes de Dieu même qui consentait à se manifester; la bonté de Dieu, l'éternité de Dieu, l'indépendance de Dieu, voilà les trois pensées que le Seigneur s'apprêtait à verser dans l'âme de Moïse avec plus de force, plus d'évidence, plus de sainteté que jamais. Tout le reste du récit ne contient que l'appareil de la manifestation divine, l'extérieur, pour ainsi dire, et l'accessoire de cet entretien divin, les phénomènes de la nature qui ont environné Moïse en ce moment et servi à graver ces impressions dans son coeur. Mais certes, puisqu'au fond de tout cela nous avons clairement trouvé trois pensées si grandes et si saintes, vous n'êtes plus en droit de ne voir dans la suite du tableau que de vaines pompes et d'inutiles prodiges. Aussi, c'est seulement après avoir ouvert l'esprit de son prophète, après l'avoir averti qu'il
recevrait une manifestation nouvelle de sa bonté, de son éternité et de son indépendance, que Dieu lui accorda les signes accoutumés, mais plus imposans que jamais, de sa présence au milieu d'Israël. Alors, et seulement alors, la scène magnifique commence, et toutes les circonstances annoncées, toutes les précautions prises contribuent à enflammer le coeur de Moïse, ainsi que brûlait celui des disciples d'Emmaûs, quand le Christ leur a parlé sur le chemin. D'abord, tout mouvement de curiosité impie et sacrilège est condamné d'avance, et la mort, comme pour les profanes qui regardaient dans l'arche, suivrait cette audace. Tu ne pourras pas voir ma face j est-il dit, car nul homme ne peut me voir et vivre. Dans ces mots, vous voyez réunies et la juste condamnation de toute curiosité téméraire, et la belle image d'une lumière si éclatante qu'elle tuerait quiconque essaierait de la soutenir, et la profonde idée que nul ne peut entièrement connaître et comprendre l'Être des êtres, l'Être infini. Ensuite, le lieu où se tiendra le prophète est marqué par Dieu même: Foici, lui est-il àity voici le lieu que j'ai choisi; tu te tiendras debout sur ce rocher; une retraite lui est désignée; tu en.treras dans V ouverture du rocher^ comme plus tard Êlie sur le mont Horeb; un. voile lui est promis; je te couvrirai dun nua^e comme de ma main; et le moment enfin, le moment est positivement fixé; le nuage se dissipera; tu ne me verras que lorsque j'aurai passe. Et le lendemain, sur le Sinaï, où
df: dieu.
Moïse remonta avec les deux nouvelles tables de la loi, la scène magnifique eut lieu; selon sa promesse, le Seigneur apparut et se manifesta à Moïse, autant qu'un mortel peut supporter sa présence, autant qu'un mortel peut comprendre son infinité, et lorsque la gloire divine eut passé devant lui, lorsque le nuage s'entr'ouvrit. Moïse eut la liberté de jeter un regard sur cette splendeur qui fuyait au
loin dans l'espace Un seul regard, mais c'était
assez!... Un seul regard!... Cette pensée, M. F., peut nous servir à terminer ce discours.
Et nous aussi, nous ne pouvons voir la face de l'Eternel et vivre; et nous aussi, un nuage impénétrable cache à nos faibles yeux la gloire du Seigneur, et nous aussi, du milieu de ce monde, du sein de la poudre, sur le bord de la tombe, et nous aussi, nous ne fixons que de loin, de bien loin, un regard sur le Dieu de notre salut. Quant à son essence, l'mfini le sépare de nous comme de Moïse. Quant à ses oeuvres , oà étions-nous lorsqu'il fondait la terre et appelait les étoiles en leur rang? Quant à ses compassions, qui peut sonder ses miséricordes, et comprendre cette bonté qui a commencé quand il a commencé de créer, et qui ne finira jamais? Quant à sa sainteté, elle est telle que seul il en juge, seul il l'apprécie, et se servant de sa sainteté suprême pour mesure de ses oeuvres, l'Être des êtres se répète, d'éternité en éternité, que tout ce qu'il a fait est bon!.... M. F., quelles pensées! que
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de ténèbres et que de clartés se mêlent et se confondent ici devant nous; qui peut descendre en ces Profondeurs, et qui ne frémit en s'arrétant sur le bord de ces abîmes? Convenons-en avec une juste humilité; Moïse ne jette qu'un regard sur la gloire du Seigneur, et nous, tout ce que nous savons de Dieu comparé à ce qui nous reste à en savoir, n'est aussi qu'un regard.... Cependent, ce regard, pour nous comme pour Moïse, est assez; notre science a été mesurée sur nos besoins; nous connaissons Dieu autant qu'il nous est bon de le connaître, et ce que nous savons de lui suffit à notre vertu, à notre foi, à notre consolation; suffit à notre monde, suffit à notre vie, suffit même à notre mort, et s'il en est un seul d'entre vous qui à sa dernière heure ne dit pas: Je sais en qui j'ai cru, M. F., ce sera sa faute; il ne dépend que de lui de le savoir. Moïse l'a su en ses momens suprêmes, lui qui est mort en quelque sorte dans le sein de V Eternel, et vous, qu'avez-vous à envier à Moïse? Toute la bonté de Dieu n'est-elle point passée devant votre face, vous que Dieu a tant aimés qu'il vous a donné son Fils, son unique, afin que vous eussiez la vie éternelle, vous qui êtes sauvés par sa pure grâce, vous à qui Jésus prépare une bien-heureuse immortalité, vous qui ne voyez jamais mourir un ami sans savoir qu'il va vous attendre, et qui ne mourrez pas sans savoir que vous attendrez ceux qui pleureront sur vos tombes? — Et Dieu n'a-t-il pas crié devant vous son nom d'Eternel, Dieu ne vous a-t-il pas bien au-
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torisés à l'invoquer sous ce nom , vous qui savez que la première promesse du salut, prononcée il y a 6,000 ans et plus, tient encore; vous qui n'avez pas vu tomber à terre un seul mot de toutes les bonnes paroles quil a dites pour votre salut, vous enfin que Dieu laisse mourir par suite de cet arrêt de justice: Tu mourras de mort; mais qui avez entendu cette parole de joie: Je vis et vous vivrez! Et ne reconnaissez-vous pas qu'il fait grâce à qui il fait grâce, vous qui savez si bien quel sang crie grâce! grâce! pour les péchés du monde, et ne reconnaissez-vous pas qu'il a compassion de qui il a compassion, vous à qui tout l'Evangile assure que de telle compassion qiiun père est ému envers ses enfans, Dieu Vest envers ceux qui Vaiment. O M. F.! n'envions donc rien aux anciens justes, aux anciens prophètes; ne regrettons pas ces signes visibles, ces phénomènes, ces nuages, ces splendeurs, ces flammes; nous avons des signes meilleurs, nous avons la crèche, la croix et la tombe de Jésus-Christ. Avouons que, malgré la grandeur de Dieu nous le connaissons assez pour notre sort actuel; contentons-nous de ce regard qu'il nous permet de jeter sur sa gloire, et n'aspirons pas follement à dissiper le nuage où il s'enveloppe. Souvenons-nous que connaître Dieu est toute notre religion, notre science, notre félicité; M. F., c'est aussi toute notre espérance. Un jour le nuage se dissipera pour jamais; il appartient à ce monde, et ne nous suivra pas dans les cieux; alors ce regard faible, incertain, et
ao LA. CONNAISSANCE DE DIEU.
sans cesse voilé, sera changé en la contemplation face à face; Dieu ôtera de dessus nos yeux sa main, au lieu de les en couvrir, et d'éternité en éternité, pénétrant de plus en plus dans la connaissance de l'Éternel,... nous te connaîtrons. Seigneur, comme tu nous connais!