‹ Sermons (volume 2)Chapitre 52 sur 60 · LA PERPETUITE DV CHRISTIANISME. QOI · texte numérisé non relu

LA PERPETUITE DV CHRISTIANISME. QOI

et qui n'ont guère, en attendant mieux, qu'une religion nominale; ils sentent instinctivement le besoin d'ime foi vivante et active et ne savent à qui la demander ni où la prendre; ils s'effraient de voir que les moeurs et les idées du jour laissent comme en arrière la religion populaire, et se trouvent en désaccord avec elle; ils admirent avec un impuissant regret les siècles où la vie civile et religieuse formait un harmonieux ensemble, et s'inquiètent amèrement de ne savoir en quelle croyance élever leurs enfans. Sans doute, il faut admettre de part et d'autre des exceptions et des ombres dans ces deux tableaux; ici, tout n'est pas foi qui se maintienne; là, tout n'est pas incrédulité qui se réveille; il y a des infidèles, des indifférens, des moqueurs, même parmi les populations les plus pieuses, et des croyans au sein des peuples qui ont la réputation de ne point croire. Mais à regarder autour de soi en grand et en général, c'est bien ainsi que la chrétienté moderne se divise: ici, une foi qui a conservé son empire; là, une foi qui meurt et qui n'est point encore assez morte pour être déjà remplacée. Il semble, à cet aspect des choses, que l'incrédulité doit avoir posé les armes, ou du moins interrompu le combat; non, sans doute, cette incrédulité superficielle qui se prend aux mots et aux formes et juge les dogmes d'après les phrases faites de la piété ou les pompes extérieures de ses temples, comme un enfant juge un arbre sur son écorce et ne sait s'il est mort ou vivant; mais cette

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incrédulité plus sérieuse et plus sincère qui remonte aux sources et qui regarde aux doctrines. Il semble qu'épuisée par la longue guerre du dernier siècle, et peut-être même effrayée de ses triomphes, l'incrédulité ait dû renoncer à la lutte, ici pour avoir trop réussi, ailleurs par désespoir de réussir, et laisser les peuples qui doutent chercher une religion et les peuples qui croient se contenter de la leur. Mais non, et ce double Caractère de la chrétienté moderne vient d'inspirer à l'incrédulité un nouvel argument qu'elle affectionne; elle voit //oiter les esprits à tout vent de doctrine ^ sans savoir quel calme viendra apaiser ces orages; elle reconnaît dans notre siècle une époque de transition, sans savoir quel avenir cette transition prépare, et voici le sophisme qu'elle aime à jeter au hasard devant nos pas: le christianisme, dit-elle, est une religion admirable, salutaire, divine même; mais le christianisme est fini; il a fait son temps; il a atteint son but; il est usé et épuisé; il a suffi au passé et ne peut suffire à l'avenir; venu pour refaire l'état social de l'humanité, qui périssait dans la dissolution du monde romain, il s'est élevé sur ces vastes ruines et s'est constitué, non en repoussant les invasions des barbares, mais en les retenant au midi pour les civiliser, et son triomphe est le moyen âge où l'unité européenne apparait dans sa gloire; depuis, l'astre du christianisme a pâli; son impuissance à fournir au monde un renouvellement nouveau est constatée par assez de stériles efforts, et l'Evangile,

malgré sa sainteté, est un livre vieilli, inutile désormais, dont le monde se lasse et qu'il commence à fermer; le christianisme est fini, il ne reste qu'à le remplacer et à nous remettre en marche à travers ses ruines.

Cette conjecture gratuite, qui calomnie à la fois le passé et l'avenir, a un air de nouveauté dont on peut être séduit, et n'est au fond qu'une imitation de plus de cet esprit d'impatience et de murmure, le caractère de tous les siècles de transition. L'homme souvent c'est déclaré mécontent du bonheur humain; sur la terre, il a voulu un céleste paradis; mortel, il a voulu avant le temps un bonheur d'ange, et dans l'imprudence de son ambition, il a gâté la réalité qu'il possédait en s' élançant vers de chimériques félicités qui fuyaient devant lui Et

l'homme s'est déclaré mécontent du moncfe que Dieu lui a donné pour demeure; il a vu dans la nature un obstacle à ses progrès, et non un thème magnifique d'études, l'instrument de toutes ses industries; il a demandé des cieux d'un autre azur des astres plus voisins, un globe plus fertile, sillonné seulement par des zones tempérées... Et l'homme a désiré une autre science; il s'est irrité des bornes divinement posées devant sa raison; parce qu'il sait quelque chose, il s'est irrité de ne pas tout savoir: et de sa faible vue, que des vérités trop éclatantes éblouiraient, il a prétendu contempler face à face... Et plus souvent encore, l'homme s'est révolté contre la mort; en admettant la nécessité de

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sortir de ce monde, il aurait voulu une autre porte de sortie; il aurait voulu un sentier plus facile; il aurait voulu que sur le char enflammé d'ÉIie il y eût place pour l'humanité.... Son bonheur et son monde, sa raison et sa mort, tout par moment, selon la disposition d'esprit du siècle qui passait, tout lui a déplu. Mais il a fallu notre siècle qui a épuisé tant de coupes jusqu'à leur lie, quelle qu'elle fût; notre siècle avec tous ses essais et tous ses mécomptes; notre siècle avec tout ce qu'il a fait de mal et tout ce qu'il a voulu de bien, pour déclarer que le christianisme n'était plus assez bon , que le monde allait dépasser le christianisme, que son règne était à bout, et que le jour était venu de poser un autre état social sur un nouveau fondement religieux Quoi donc! la croix du salut aurait été

rongée, comme un bois ordinaire, par les vers de ce monde! Des mains d'homme auraient de page en page effacé sous de superbes ratures ce livre dont il ne devait pas tomber un iota! Le Fils de Dieu serait venu dans ce monde pour une oeuvre de dixhuit siècles seulement? Non, M. F., l'Évangile a protesté d'avance contre ceux qui croient voir le dernier jour du christianisme avant que l'humanité ait vu le dernier de ses tombeaux; Jésus- Christ, est-il dit, est le même hier et aujourd'hui et éternellement.

c'est comme un puissant encouragement à persévérer dans la pureté de la foi, que St. Paul, après avoir cité aux fidèles l'exemple de leurs premiers

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conducteurs, exprime en termes si énergiques et si simples, sa persuasion de la perpétuité du christianisme, et s'appuie de cette grande pensée pour presser les chrétiens de ne pas mêler aux doctrines chrétiennes, qui ne périront point, les observances

mosaïques, devenues inutiles Et sans doute,

M. F., à mesure qu'on avance dans sa carrière et qu'on voit disparaître autour de soi et périr les choses périssables, on sent mieux le prix de cette ferme espérance; on apprend à ne compter sur rien des joies de ce monde; les années passent et nous emportent avec elles; les premiers cheveux qui blanchissent avertissent que d'autres blanchiront aussi; et en vain du sillon que la Providence nous a donné à défricher d'abord , elle nous envoie cultiver au loin un sillon nouveau; en vain la scène change, sa mobilité ne change pas; les berceaux où nous avons veillé disparaissent et font place à d'autres; les tombes recouvrent les tombes; et par moment on s'arrête dans le cours de sa vie pour rechercher ce qui reste des intimités et des tendresses d'autrefois; et en laissant tomber une larme là où la place est vide, et en s'élançant pour une douce étreinte là où la place est occupée, quelle consolation et quelle force on puise dans cette pensée, que supérieure à toutes ces vicissitudes de la vie et de la mort, la foi les domine toutes, et que Jésus-Christ est le même hier, et aujourd'hui, et éternellement!... En développant cette certitude du fidèle, nous serons naturellement amenés à

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clémasquei les vaines objections qu'on élève contre elle.

Le Christianisme est la religion définitive de l'humanité; voilà, M. F., l'assertion qu'il s'agit d'établir. N'est-ce pas donner au Christianisme plus de gloire qu'il n'en veut, et lui promettre des siècles et une domination qu'il ne s'est point promis? Le texte même de ce discours, qui semble si positif et si clair, n'admettrait-il pas une autre interprétation; ne s'agit-il pas ici de la majesté divine de Jésus, de la gloire du consommateur de la foi, plutôt que de son oeuvre et de la durée de sa religion? Non, M. F.; dans ce mémorable passage de la fin de l'épître aux Hébreux, comme dans une foule d'autres textes, le nom du Christ désigne le christianisme; c'est le sens adopté par l'opinion unanime des interprètes; c'est le seul qu'autorise la liaison des idées, et ce n'est pas attribuer à la foi chrétienne une domination qu'elle refuse. Partout, dans ses livres sacrés, le christianisme se donne pour une loi parfaite, se pose comme une religion définitive; il se proclame héritier unique des saintetés de la première alliance; il se déclare mis en possession de tous les siècles par celui qui les a faits; il avoue hautement l'espérance de régir à jamais l'humanité. Jésus ne dit pas à son peuple comme Moïse au sien: L'Eternel i^ous suscitera un prophète semblable à : moi, d'entre vos jrères; vous P écouterez; il ne promet au monde aucune mission après la sienne.

DU CHRISTIANISMF.

Jésus ne dit pas comme St. Jean le précurseur à ses disciples: // en vient un après moi qui est plus grand que moi; Jésus n'est le précurseur et le héraut de personne, et il a achevé son oeuvre de manière a ne rien laisser à faire après lui. Dès les commencemens de son ministère, dans ce discours étonnant où il a jeté les bases de sa morale et de sa doctrine, dans ce discours dont il scelle les enseignemens de cette parole d'autorité: Moi, je vous disl... il veut que ses disciples, aspirent non à une vertu qui serait un jour dépassée, non à une sainteté incomplète, à une gloire limitée; il veut que ses disciples aspirent à être parfaits comme notre Père qui ^st aux cieux est parfait; Chrétiens, qu'y a-t-il au-delà de cette perfection, et que nous demander de plus? Les images les plus terribles et les plus fortes sont employées pour dépeindre ce règne futur du christianisme: Les portes de l'Enfer ne doivent point prévaloir contre l'Eglise, et c'est bien peu de chose qu'un iota dans le grand nombre des paroles saintes dont elle est dépositaire; cependant, tant que le ciel et la terre subsisteront, il n'y aura pas un seul iota, un seul point de la loi qui soit effacé. Dans ses dernières conversations intimes avec ses apôtres, lorsque assis avec eux au sommet de ces collines de Gethsémané, d'où la vue plonge sur Jérusalem, Jésus contemple les bàtimens du temple, dont les apôtres venaient d'admirer la splendeur, il leur annonce la ruine des Juifs, cette fin lamentable de la iiationalité créée par Moïse; bientôt il transporte

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leur pensée sur de plus grandes scènes , il leur prédit une époque où l'humanité aura terminé ses destinées terrestres, et n'aura plus besoin de cette terre et de ces cieux; puis il leur montre pour ainsi dire le christianisme, debout non-seulement sur les ruines du mosaïsme, mais sur les derniers sépulcres du monde, et leur dit: Les deux et la terre passeront; mes paroles ne passeront point. Ces promesses, faites avant sa croix, il les renouvelle après sa résurrection; dans ses adieux suprêmes à ses apôtres, lorsque prêt à les quitter pour retourner dans les cieux, il leur donne le monde à convertir, ce n'est pas une oeuvre de quelques jours, une institution de quelques siècles, qu'il leur confie; il prend avec ses fidèles un engagement plus digne de sa gloire et de sa bonté: Voici, leur dit-il, je suis avec vous jusquà la fin du monde. Les disciples ont fidèlement hérité de cette grande espérance que le maître leur avait donnée, et ils ont cru travailler pour tous les siècles. St. Pierre emprunte aux poésies d'Esaïe un trait admirable, où la vie et la gloire de l'homme sont comparées à l'herbe qui sèche et à lafieur de l'herbe qui tombe, et en vient ainsi à déclarer avec le prophète que la parole du Seigneur dure éternellement. St. Paul retrouve cette perpétuité du christianisme dans le symbole le plus auguste du culte, et promet à l'Église que la mort du Seigneur sera célébrée à la table sainte, jusqu'à ce qu'il vienne; et le poète sacré de l'Évangile, le disciple bien-aimé qui, dans

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ses allégories imposantes, évite par une prudente obscurité de fournir un aliment à la haine des persécuteurs, et encourage cependant les fidèles en décrivant les destinées et les triomphes de l'Église, St. Jean, dépeint un ange qui vole par le milieu du ciel vers toute nation^ toute tribu, toute langue et tout peuple^ et leur apporte un Evangile éternel. Cette image, quelque sens qu'on veuille y trouver, représente bien la foi de l'Église naissante en son étendue et sa durée: dès son premier jour, elle a compté sur tous les siècles futurs, comme dès son premier pas elle a prévu la conquête du monde entier; elle savait que Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui, éternellement.

La question que je vous appelle à examiner aujourd'hui, M. F., est donc immense; car le christianisme, vous le voyez, se prétend perpétuel; et si les faits démentent cette prévention, si les siècles ne lui obéissent pas tous, s'il se meurt dans le nôtre, s'il s'est trahi lui-même, il n'est qu'une invention humaine qu'on peut refaire à plaisir, il n'est qu'une religion d'imposture, égale à tant d'autres religions qui ont dit dans leur temps: tous les siècles m'obéiront, et à qui les siècles ont désobéi. Cherchons donc comment le christianisme pourrait mourir... M. F., il n'a pas en lui un principe de mort; il doit durer a jamais, car son essence est telle; il a mis le fond à si grande distance de la forme, il a rendu la vérité tellement indépendante de son expression et de son appareil, il a séparé si

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profondément l'extérieur et l'entourage de tout ce qui intéresse la conscience, la raison et l'amour, qu'à vrai dire le christianisme, si j'ose ainsi parler devant vous, n'a pas de côté faible; et il est perpétuel, parce qu'il est invulnérable. Voyez toutes les religions que l'homme a faite dans sa sagesse; les questions de discipline et de sacerdoce, de culte et d'observances, de secret et de publicité, dominent, et sont en première ligne. Qu'arrive-t-il ? Au point de départ et au premier jour, tout est bien; les choses, arrangées en vue d'un certain point sur la face de la terre et d'une certaine époque dans le cours des âges, leur conviennent; les générations contemporaines, et les races voisines s'en contentent et ne demandent rien de plus. Mais la religion nouvelle sort de son étroit berceau, et grandit; elle s'étend au loin, et qu'arrive-t-il alors? Ce qui était un avantage à sa naissance , devient un obstacle insurmontable plus tard et ailleurs; elle traîne avec elle le principe de mort qui la détruira; à des générations d'un autre temps, à des races d'un autre sol, elle parle un langage qu'ils ne peuvent comprendre; elle se montre sous des symboles qu'ils ne peuvent chérir; et la religion, qu'on disait éternelle, s'est dissipée comme les vapeurs d'un climat au souffle des vents d'un autre; oeuvre d'un seul lieu, elle s'est perdue en s'éloignant; oeuvre d'un seul jour, elle a duré son jour, et tombe, en donnant le démenti à l'apothéose de ses fondateurs. Voilà l'histoire de toutes les religions que l'homme

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a faites, et l'on peut d'avance écrire sur ce plan l'histoire de celles qu'il voudra faire. Quand pour échapper à ce danger, de voir les symboles et les rites s'user avant les dogmes et en dégoûter les esprits, il veut sacrifier entièrement les formes aux croyances et l'habitude du culte aux principes de la foi, il se jette dans un extrême pour en fuir un autre; il ne crée plus qu'une religion sans culte, c'est-à-dire une religion impossible , où la piété manque d'un aliment nécessaire; il expose ses adhérens à se perdre dans les nuages d'un mysticisme sans limites, qui peut conduire à tout, à la folie comme au péché, et alors même il n'assure à sa foi trompeuse qu'un régne bien court; car il est de l'essence du mysticisme de ne pas durer long-temps; tous les nuages sont faits pour s'évanouir. La religion divine de l'Évangile, seule entre toutes, occupe à un juste degré toutes les puissances de notre âme, donn& à tous les élémens de l'instinct religieux leur juste importance, laisse en dehors du sanctuaire ce qui n'est pas essentiellement saint, et se présente au monde avec une harmonie parfaite des accessoires et de l'ensemble; discipline et sacerdoce, culte et symboles, commandemens et exemples, vérité, révélation , foi, espérance, et pour couronnement du majestueux édifice, la charité, ta plus excellente des vertus, vertu terrestre et divine à la fois, amour du prochain et amour de Dieu, tout dans le christianisme est dans un ordre si pariait et si mesuré qu'il peut s'en aller à la rencontre

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de tous les siècles; ils n'auront rien qui le puisse menacer.

Et pourquoi me suis-je arrêté à vous parler du faible conseil des hommes, quand je puis citer à l'appui des assertions de ce discours, les conseils mêmes de Dieu? Regardez le mosaïsme, et comparez-le sous ce rapport à l'Évangile. Le mosaïsme est un accident dans l'histoire religieuse de l'humanité; la Loi a été un conducteur pour amener à Christ; et si l'humanité avait pu se souvenir fidèlement des deux grandes vérités de l'unité de Dieu et de la promesse d'un Sauveur, et ne point les perdre de vue dans les ténèbres de l'idolâtrie, il n'y aurait point eu de peuple dépositaire et gardien de ces deux grandes doctrines; il n'y aurait point eu d'Israël, ni de vocation d'Abraham, ni de mission de Moïse, Dieu aurait laissé toutes les nations marcher dans leurs voies, qui eussent été droites et sûres; et lors de la venue du Rédempteur, l'humanité se serait prosternée en disant d'une voix: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Mais le paganisme a rendu le mosaïsme nécessaire, et la première alliance a sauvé de l'oubli le nom de Jéhova, pour que le monde écoutât retentir le nom de Christ, ce nom, le seul par lequel les hommes sont sauvés. Par son essence même et par son but, le mosaïsme n'a donc été fait que pour un peuple, pour un temps, pour un lieu; et tout dans son culte, tout dans ses institutions, où la vie civile et religieuse sont confondues, tout trahit une religion

nationale, sans prosélytisme et sans avenir; il n'a pu passer les âges de durée que Dieu lui avait comptés d'avance; il n'a pu sortir du pays qui lui avait été donné pour sanctuaire, parce qu'il ne pouvait emporter avec lui le climat et le ciel de sa terre natale; il n'avait qu'un temple et qu'un sacerdoce, comme il n'avait qu'un peuple; et quand le Soleil de justice s'est levé sur le monde, il a dû s'éteindre, ainsi que s'éteignent dans le temple aux premiers feux de l'aurore les lampes qui ont veillé pendant la nuit... Il y a plus encore: le mosaïsme suppose une théocratie; sans une providence spéciale, sans une révélation continue, sans un oracle divin toujours prêt à répondre, il se réduit à rien, et quand on étudie de près son histoire, on le voit lentement dépérir, à mesure que la théocratie se retire et que Dieu ramène Israël sous les lois de sa providence ordinaire. Aussi, ce qui reste du judaïsme aujourd'hui, n'est pas une religion fausse, et ce serait en parler faussement; non, le judaïsme moderne est une religion impossible, qui n'est rien et qui se réfugie dans le déisme pour se croire quelque chose, une religion qui n'est encore debout que pour aider à soutenir celle qui sera debout à jamais... Ah! c'est que Moïse a reçu un petit nombre de siècles en partage, et que Jésus-Christ seul est le même aujourd'hui, hier, éternellement.

Aussi, quel esprit sincère peut se défendre d'admirer combien le christianisme s'élève audessus de toutes les petites difficultés, de toutes les petites

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variations terrestres? Il est toujours hors de leur atteinte. Que sont pour lui les différences de climats? Il est la religion de toutes les zones. Aux fables poétiques des mythologies du liiidi, il faut de délicieux printemps chaque année, un sol tout semé de fleurs, des nuits étincelantes d'étoiles et un ciel d'azur; aux sombres rêveries des bardes du Nord, il faut les longues nuits du pôle, les vapeurs flottant au front des montagnes, les neiges, les torrens et les orages; ces religions ne sont possibles que là; ailleurs, les peuples ne sauraient les comprendre et les croire. Le Christianisme seul est possible partout; partout, audelà du ciel visible, serein ou nuageux, il montre le ciel véritable, vu seulement des yeux de la foi. Le christianisme annonce le même Dieu et le même Sauveur, dicte les mêmes prières, impose les mêmes devoirs, inspire les mêmes espérances, et promet la même immortalité, à vous, les privilégiés du monde à qui Dieu confie les doux cUmats du blé, de l'olivier et de la vigne, et au pauvre nègre haletant sous les feux d'un été des tropiques, et au pauvre Esquimau mourant de faim sous la triple enceinte de sa hutte de neige.... Et que fait au christianisme la différence de gouvernemens? Certes, il est ami de la liberté, non de cette liberté trompeuse et cruelle, qui ne voit son chemin qu'à la lueur des incendies et sème des ruines pour jalons de sa route; mais de cette liberté qui se reconnaît à de pacifiques bienfaits et et qui seule est de droit divin; et le christianisme

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ji'est l'ami et Tallié d'aucune espèce de tyrannie; il les déteste toutes, de quelque prétexte qu'elles s'appuient, et en rendant à l'homme le sentiment de sa dignité, il lui a appris qu'il n'a de maître que Dieu. Mais quand la tyrannie est là, quand il faut la subir comme on ploie sous lui inévitable fardeau, le christianisme, mieux encore que la sagesse païenne ne l'apprenait au philosophe, apprend au chrétien à être libre dans les fers. A Césarée, au jour de l'interrogatoire de Paul devant Agrippa, qui était le plus libre, du monarque sur son trône, ou de l'apôtre étendant vers lui ses mains chargées de chaînes, et disant: Pldt à Dieu que vous devinssiez tous semblables à moi, a V exception de ces chai-

nes! Et quel degré de civilisation ne convient

au christianisme? Quand il rencontre la barbarie, il arrête au passage pour l'adoucir; il sait se faire écouter même du grossier sauvage, qui semble à peine appartenir à, l'humanité, et sans descendre à sa portée, il l'élève lentement vers les hauteurs de la foi; il commence par en faire un homme, en travaillant à en faire un chrétien. Et ce même christianisme, qui peut s'immiscer avec une pieuse prudence daos un état social où les premières lueurs de la civilisation ne font que de naître, ce même christianisme aime la lumière, parce qu'il est une lumière; ses fondateurs inspirés n'ont pas ouvert les premières églises hors du monde civilisé de l'époque; c'est à Jérusalem, à Babylone, à Athènes, a Corinthe, à Rome, dans les foyers les plus écla-

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tans de la science, de la politesse, de la gloire, qu'ils ont porté dès le premier jour cette parole du crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs; et aujourd'hui, de cette éclatante et douce civilisation dont vous êtes si charmés et si fiers, le christianisme, bien compris et bien professé, ne vous ravira rien; il la rendra meilleure, plus pure, plus généreuse, plus juste; il la partagera mieux entre tous; il y maintiendra l'ordre et la sécurité qui trop souvent y manquent ; il y marquera mieux à chaciui sa place, son travail, ses droits; et, du trône environné du luxe éblouissant de tous les arts, jusqu'aux plus humbles de nos foyers où il 1 n'arrive qu'un si pâle reflet de cette gloire, le christianisme nous apprendra, comme aux S^ Paul, à être contens de la situation où Dieu nous à placés. Formes de gouvernemens et degrés de civilisation, le christianisme s'est mis dès son origine dans une I telle indépendance de ces choses, que dans sa divine prudence, Jésus, n'oubliant jamais que son royaume n'est pas de ce monde, n'a pris aucune part aux questions politiques de son temps, parce que la politique est aussi une de ces choses qui passent et qui changent; les questions immenses de l'esclavage, de la polygamie, de la guerre, de la propriété, Jésus ne les a jamais tranchées violemment; il a semé dans ces vastes champs des querelles humaines les principes de la morale éternelle , sûr que ces principes porteraient leurs fruits; il savait bien que les hommes dans leur impatience

voudraient longtemps encore vicier toutes ces querelles par la force, par l'épée; cette épée, il ne l'a point remise en nos mains, et au lieu de créer brusquement un état social nouveau, comme si le monde pouvait mieux que le léopard changer ses taches en un jour, Jésus, au lieu de procéder par voie de bouleversement, s'est confié à la puissance de la vérité qu'il connaissait si bien , et a posé la première pierre, désormais inébranlable, de l'édifice social de l'humanité chrétienne, en disant pour l'oreille des Tibère qui disposaient des trésors du monde, comme pour celle de la pauvre veuve qui donne les deux pites: Aime ton prochain comme

toi-mémel Climat, gouvernement , civilisation ,

le christianisme est donc par son essence à l'abri de toute blessure mortelle; il n'y a point pour lui de chances de destruction; et pour comble de garantie, il est indépendant de ses sacremens même; ses sacremens peuvent changer dans leurs formes, sans qu'il change; le baptême des enfans à l'aide de quelques gouttes d'eau a remplacé le baptême des adultes; la communion dans les temples a remplacé la communion dans les familles.... Qui osera dire que le baptême et la cène ont perdu de leur efficace et de leur sainteté? Non, non; tendres mères, soyez rassurées ; . . . l'eau qui a mouillé un instant le front de vos enfans chéris, symbole touchant et auguste de cette pureté de vie que vous voulez qu'ils conservent, a été aussi sainte devant Dieu que celle du baptême de Jésus lui-même au jour de

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sa manifestation; et quand dans ce temple, après; accomplissement du précepte de l'apôtre : Que chacun s'éprouve soi-même! vous avez participé selon la foi aux symboles du corps et du sang du Seigneur, votre communion a valu devant Dieu celle où le Christ lui-même a dit avec tant d'amitié: J'ai désiré avec ardeur de manger cette Pàque avec vous! — Chrétiens, il faut le reconnaître; constitué ainsi, le christianisme a pu s'emparer de tous les siècles de l'humanité! — Qu'ils viennent donc à leur tour et en ordre; qu'ils se lèvent un à un des profondeurs de l'avenir; qu'ils s'engloutissent, comme des flots qui retombent, dans celles du passé! La foi, sans inquiétude, les regarde venir Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui,

éternellement.

On insiste cependant. Qui étes-vous, dit-on encore, pour poser des bornes à la charité, à la puissance de Dieu? quelque admirable que soit le christianisme, qui étes-vous pour oser soutenir que Dieu ne peut rien donner au monde de plus admirable encore, et que l'Evangile est le dernier mot de sa bonté?... M. F., ceux qui parlent ainsi s'exposent à une réponse qu'il est triste de leur adresser, mais dont leur témérité mérite le juste affront.... Yous qui attendez, qui réclamez quelque chose de meilleur que le christianisme, étes-vous donc aussi bons que lui? Vous voulez que le monde passe sous l'empire d'une nouvelle religion qui le mène plus loin que le christianisme: a-t-il donc été déjà au bout du progrès

JJll CHRISTIANISME.

chrétien? Vous voulez qu'il reçoive une loi nouvelle, plus élevée, plus sublime, plus noble que le christianisme: a-t-il donc si pleinement accompli la loi -chrétienne, qu'il ne lui reste rien a faire, el qu'il puisse dire à son maître : le travail de la troisième heure, et de la sixième, et de la neuvième, et même de la onzième heure, est fait; cette oeuvre est finie; donne-nous une autre oeuvre à faire!... Ab! si l'humanité était chrétienne, si la foi couvrait la terre comme les eaux de la mer couvrent leur fond, si la grâce avait porté tous ses fruits, si tous les coeurs étaient renouvelés, il y aurait prétexte au moins à demander qu'une autre voie de progrès nous fut ouverte, et à soutenir que le christianisme est dépassé. Mais regardez autour de vous, et jugez le monde, non pas seulement hors de la chrétienté, mais en dedans de ses limites... ou plutôt faites-mieux; rentrons en nous-mêmes, et que le jugement porte sur nous-mêmes! Le christianisme est une loi d'humilité: n'y a-t-il aucun orgueil caché dans les derniers replis de notre âme et qui s'en élance souvent avec violence et comme par surprise, qui vient souiller nos prières, s'élever en secret témoin contre nous devant Dieu, nous épier et nous distraire sur le penchant même du tombeau, et troublant nos journées les plus pieuses, rendre amer dans nos bouches le pain de la cène, rendre pesante à nos faibles mains la coupe de bénédiction?... Et le christianisme est une loi de pureté: notre vie est-elle pure, au point que pas

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une jeune vierge, pas une pieuse mère de notre peuple n'a baissé les yeux devant nos yeux: au point qu'aucune turpitude n'a laissé comme un infâme stigmate sa trace dans notre esprit; au point que nous avons plus à fuir ces convoitises c^ui font la guerre à Vdme, et qui font cette guerre partout et toujours, durant les heures et de travail et de plaisir et de piété; en un mot, avons-nous sûrement part aux béatitudes promises à ceux qui ont le coeur pur et qui verront Dieu?... Et le christianisme est une loi de charité: l'égoïsme a-t-il lâché prise, et aimons-nous nos frères comme il faut les aimer: leur bien et leur salut nous tiennent-ils vraiment à coeur, et sommes-nous en paix avec tous, de manière à comparaître tous comme une famille devant le trône du Souverain?... Ne sont-ce pas là les trois grandes lois morales de l'Evangile; si on en parcourt les articles, qui de mille articles pourrait fidèlement répondre à un seul? et quand notre conscience nous condamne, quand nous nous sentons si loin encore de la perfection chrétienne, nous oserions demander à ce Dieu, qui est plus grand que la conscience, une autre formule de devoir, une autre mesure de perfection, et lui dire que ce christianisme a cessé de nous suffire!... O M. F., au lieu de nous égarer dans ces folies de l'orgueil humain, rappelons-nous que la dernière limite du progrès selon notre foi n'est pas sur la terre, puisqu'il nous est commandé d'être parfaits comme notre Père qui est aux cieux est parfait, saints comme

DU CHRISTIANISME. 3o I

il est saint, miséricordieux comme il est miséricordieux, et qu'ainsi, quelque gloire que l'avenir réserve à l'humanité dans ce monde avant qu'il finisse, il sera impossible d'aller plus loin que le christianisme, et de passer le but qu'il propose... Non; le Seigneur a dit à Paul: Ma grâce te suffit; il est vrai;... et comme la grâce de Dieu suffit à toutes nos oeuvres, nos prières, nos épreuves, nos deuils, nos morts, le christianisme suffit au monde à travers tous les âges de son existence... Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui, éternellement.

Ce sujet, inépuisable comme le christianisme même, se présente à chaque pas sous de nouveaux aspects; et forcé de le rétrécir, je veux seulement vous montrer encore que par ce que le christianisme a d'immuable dans son essence il répond exactement à ce qu'il y a d'immuable en notre nature; et il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque le christianisme a été fait pour nous. Ces dernières considérations répondront victorieusement à la seule objection, spécieuse encore, qui reste à réfuter. L'imprévu, disent encore les disputeurs du siècle^ gouverne toutes choses; lisez l'histoire, et surtout l'histoire moderne où la scène est plus grande; ce qu'on attend, n'arrive pas; ce qu'on n'attendait pas, arrive; il semble que la providence de Dieu aime à se jouer de la prévoyance humaine; on ne peut compter sur rien, et qui nous .dit que dans la suite des temps l'humanité ne se trouvera pas jetée dans des circonstances tellement

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nouvelles, tellement différentes de ses destinées antérieures, que le christianisme, utile dans l'ordre de choses actuel, sera impuissant à régir ce monde inconnu de l'avenir?... Inconnu, dites-vous! A ces craintes sans fondement, à ces prophéties sans autorité, il suffirait peut-être d'opposer cette loi des siècles que Salomon lisait déjà dans son passé, et qu'à plus forte raison nous lisons dans le notre: Ce gui a été , sera, ce qui a été fait , se fera encore; il ny a rien de nouveau sous le soleil. Mais admettons que l'expérience ne soit pas faite assez complètement; admettons que le génie humain, dont les découvertes et les conquêtes ne sont connues d'avance que de Dieu, achèvera de s'assujétir entièrement la matière, la nature, et mettra l'humanité dans une position tellement améliorée, que l'homme, en regardant dans les âges écoulés, reconnaîtra à peine ses semblables; admettons que la raison prendra un développement si prodigieux qu'elle semblera près de se confondre avec la foi. Certes, voilà d'assez grandes concessions; eh bien! les partisans du système, que le christianisme finira avant l'homme, à ces concessions, ne gagnent rien. Pourquoi? C'est qu'il y a dans les plus intimes et mystérieuses profondeurs de l'être humain des caractères divinement tracés qui ne s'effaceront et ne changeront jamais, et auxquels le christianisme correspond exactement. Il y a la conscience, et croyez-vous que la moralité de l'homme s'éteigne en son sein, qu'il descende du rang élevé d'être

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libre au rang inférieur d'être instinctif; et croyezvous que le bien et le mal s'échangent jamais l'un pour l'autre, perdent, l'un sa gloire et sa joie; l'autre, sa honte et son amertume, ou deviennent équivalans devant Dieu? Non, dans la balance éternelle il n'y a pas de poids qui varient; d'âge en âge à travers les temps, comme de monde en monde à travers les sphères, le bien restera le bien, et le mal, le mal: parce que le bien, c'est ce que Dieu veut; le mal, c'est ce qu'il ne veut pas ; et sa volonté morale est immuable, et le christianisme

en est l'expression pour notre monde Et il y

a en nous l'amour, qui ne change pas plus que la conscience. Tendresse paternelle, piété filiale, affection conjugale, fraternel dévouement. Dieu a fait ces choses de manière qu'elles ne peuvent changer; la dernière famille qui vivra sur la terre s'aimera comme s'est aimée la première; voilà des milliers d'années que cette chaîne sainte se prolonge, et toutes les solennités nuptiales n'ont pas ajouté un seul mot à la parole sacramentelle qui institue le mariage et la famille au milieu de l'innocence d'Héden; et par la raison du contraire, la haine se ressemble d'âge en âge autant que l'amour , et tous les frères ennemis n'ont pu se haïr autrement que Gain haïssait Abel; et le christianisme est venu, sanctifiant toutes ces affections par la foi en un Sauveur qui a aimé comme nous aimons, et qui, occupé sur sa croix du salut du monde, s'y occupait aussi du sort de sa mère; le christianisme

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est venuj enseignant aux mortels que la mort seule rend tous ces liens indissolubles, parce que l'amour

qui les forme se retrouve dans les cieux La

mort! ai-je dit... M. F., ce qui ne changera pas non plus, c'est la mort. Et comment pourrait-elle changer, puisque, telle que nous la connaissons, par le péché elle est venue dans le monde y et elle est venue sur tous les hommes , parce que tous ont péché? Ses ténèbres et ses mystères, l'angoisse de la lutte dernière qui l'amène, l'amertume de ses séparations et de ses deuils, et le vide qu'elle laisse dans le cercle de famille, et le jugement, le jugement de cet inévitable tribunal dont la tombe est la première marche, tout cela ne finira que lorsque la mort sera engloutie en victoire; elle est l'ennemi qui sein vaincu le dernier. Mais grâces et gloire à celni qui seul était maître de donner, et maître de reprendre sa vie] Le christianisme durera autant que la mort, pour émousser un à un tous ses aiguillons, jusqu'à ce qu'ils se brisent; pour consoler et soutenir par les mêmes espérances et celui qui meurt et ceux qui regardent mourir; pour leur montrer le ciel qui se découvre à mesure que ce monde se voile; et pour dire à l'esprit, qui se débat sous l'enveloppe mortelle prête à se déchirer, quel Père céleste l'attend et le reçoit M. F., n'en est-ce point assez!

En faveur de la perpétuité du christianisme, j'ai fait déposer devant vous et la vie et la mort; confiez-vous en ces témoignages, que la nature même de votre être fournit. Dites à ceux qui croient voir

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finir le christianisme ou du moins entendre de loin les premiers frémissemens de sa chute, dites-leur d'ôter à l'homme ses passions et de le rendre saint sans combats à livrer, heureux sans mécomptes à prévoir, immortel sans mort à franchir, et alors nous nous déferons du christianisme comme on jette son armure après la victoire et son manteau de voyage au jour de l'arrivée. Mais on ne remplira pas, même pour les crédules, ces douces et superbes espérances, et le monde aura toujours besoin de l'Évangile, et le christianisme a eu droit et raison de s'approprier d'avance tous les siècles de l'humanité. Dans la ferme tranquilité de votre foi, persuadés que nul ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été mis, savoir^ Jésus-Christ , vous vous avancerez dans la vie le regard fixé sur le jour où l'humanité tout entière se relevant de ses sépulcres dira: Jésus-Christ est le même aujourd'hui, hier, éternellement, et au-delà des domaines de la mort, vous vous avancerez dans l'éternité en reconnaissant à votre union avec lui, qu'il est le même toujours, le même dans sa gloire, le même dans sa bonté, le même dans son amour.

LA

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