‹ Sermons (volume 3)Chapitre 17 sur 61 · LE SEL DE LA. TERRE · texte numérisé non relu

LE SEL DE LA. TERRE

l'évangeliste rend compte de l'impression produite par cette sublime leçon donnée au monde: // arriva, quand Jésus eut achevé tout ce discours, que les troupes furent étonnées de sa doctrine. Cette magnifique instruction, qui jetait les bases de la morale chrétienne, était donc adressée à toute cette multitude, et l'on ne voit nul motif de faire exception en faveur de quelques mots de l'exhortation , et de les mettre à part pour l'honneur des apôtres. Mais quoi! me direz-vous, était-il possible de dire à ce peuple ignorant, grossier, sensuel, à ce peuple qui suivait le Seigneur moins pour s'instruire à ses leçons divines que pour se saisir de quelques vivres par une multiplication de pains, à ce peuple qui a commencé par l'écouter, qui bientôt lui a offert la couronne, et qui a fini par l'attacher à une croix, Vous êtes le sel de la terre? On ne sait où s'est passée cette scène qui ouvrait dune manière si paisible l'Evangile, et sur quelle montagne solitaire le Christ avait réuni les fidèles. Mais il semble que des sommets du Liban aux collines de Béthanie, il ne se trouvait pas alors une hauteur d'où sa voix divine pouvait dire à ses concitoyens: Fous êtes le sel de la terre; ni le Tabor, où ils n'ont pas compris sa gloire, ni le Calvaire, où ils n'ont pas compris sa mort, ni le mont des Oliviers, où ils n'ont pas su veiller une heure avec lui.

M. F., il est vrai; parmi ces troupes étonnées de sa doctrine, se trouvaient peut-être quelques-uns de ces malheureux qui, plus tard, ont crié devant

Pilate: Crucifie! crucifie! Mais ce peuple, quoique déchu et dégénéré, était de la postérité d'Abraham; ce peuple possédait la loi de Moïse; ce peuple lisait les pages saintes d'un David et d'un Esaïe, ce peuple seul avait dit aux nations: il viendra un Sauveur; et pour comble de ses saintetés, pour base de ses gloires, ce peuple seul, au milieu d'un monde idolâtre, n'adorait pas d'idoles, ce peuple seul connaissait le vrai Dieu. Convenez-en; à ces souvenirs on pouvait justement dire aux Hébreux: vous êtes le sel de la terre! Et, en effet, c'est à cette gloire qu'Israël de tout temps avait été divinement destiné. Peuple élu de Dieu, nation de sacrificateurs et de rois , dépositaire des vérités et des révélations divines, mille fois vaincu, asservi, dépossédé, et jamais détruit, et demeurant toujours le même Israël sous le joug égyptien, le même sous le joug syrien, persan, grec, romain, oui, Israël était le sel de la terre!... Israël était le sel de la terre, lorsqu'au moment où l'idolâtrie n'avait que quelques pas de plus à faire pour devenir universelle, Abraham a été appelé et chargé de sauver de l'oubli la connaissance du vrai Dieu. Israël l'était encore, lorsque Moïse vint lui enseigner que le nom de ce Dieu était: Je suis celui qui suis, idée sublime, que rien n'a surpassée; Israël l'était encore, lorsqu'au retour de la captivité de Babvlone, il laissait en Asie l'attente d'un Messie, et rapportait en Judée une horreur désormais inébranlable pour toute idolâtrie; Israël l'était même encore nu

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temps de l'Evangile, puisqu'il a pu fournir au christianisme des fondateurs tels que les apôtres, des historiens tels que les Evangélistes, à Jésus un ami tel que Saint Jean , et au monde païen un docteur tel que Saint-Paul... Ils sont morts, tous ces nobles représentans de notre race, ces plus grands des humains, ces confldens du Christ, ces élus de Dieu; ils se reposent de leurs travaux, et leurs œuvres les ont suivis , et nous, payant à notre tour le tribut accoutumé que reçoit leur mémoire, nous pouvons redire sur leurs cendres froides: ils ont été le sel de la terre... Des temps anciens venons à nos jours: à qui cette parole peut-elle convenir aujour-d'hui? N'y aurait-il personne à qui l'appliquer? Une décadence si honteuse est impossible. Notre race ne doit jamais tomber si bas, et les portes de V Enfer ne peuvent prévaloir contre l'église de Christ. A qui donc l'image du texte s'applique t-elle maintenant?.. . Que serviraient d'ingénieuses transitions pour en venir où votre foi devance mes paroles?... Elle s'applique à vous, chrétiens! Vous êtes maintenant le sel de la terre; mais ce n'est pas là tout ce que je dois vous démontrer; plus les grâces que Dieu nous a départies sont éclatantes, plus la responsabilité qui s'y attache est grave, et mon devoir est de vous dire aussi: si le sel perd sa saveur, avec quoi le salerat-on; il ne vaut plus rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds des hommes.

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Vous êtes le sel de la terre. Cette parole, sous une image familière aux langues et conforme aux moeurs de l'Orient, exprime avec simplicité et avec force l'idée d'excellence et de supériorité. Vous êtes le sel de la terre, c'est-à-dire, vous êtes les plus excellens des mortels, vous êtes supérieurs au reste des humains, leurs guides et leurs modèles. M. F., votre humilité s'alarmerait-elle en m'entendant vous décerner ces titres d'honneur? Ne craignez pas que je vienne vous fatiguer de votre éloge, et vous encenser du haut de cette chaire; à Dieu ne plaise que je ravale jamais ainsi votre attention et mon ministère. Faites une distinction facile, qui mettra le sujet sous son vrai point de vue. Il ne s'agit pas ici de nos mérites, et de nos succès, et de nos triomphes; il s'agit simplement des bienfaits de notre Dieu; il ne s'agit pas de nous comme hommes, mais comme chrétiens; il ne s'agit pas de notre gloire, mais de la gloire du Seigneur; et voici en deux mots le point en question: le christianisme est-il divin? Oui, très-certainement. Et vous, professez-vous le pur christianisme? Oui, encore! Vous êtes donc le sel de la terre; et, sans me préoccuper des scrupules d'une humilité qui s'inquiète à tort, c'est là ce que je vais franchement vous prouver.

Pour première preuve, songez que les chrétiens sont les plus puissans parmi les hommes. Déployez une carte, examinez la face du globe, et voyez s'il s'y trouve un pouvoir qui égale le leur. Il n'en existe aucun, et, ce qui rend plus étonnante cette gloire,

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cette supériorité que Dieu accorde aux adorateurs de son divin Fils, c'est que les chrétiens ne sont pas les plus nombreux sur la terre. Il est triste, mais il est vrai de le dire, et l'aveu est aussi inutile à retenir que le secret impossible à garder, le nom de Dieu n'est pas le plus adoré dans notre monde; d'autres noms, des noms de mensonge et d'impureté y sont plus invoqués que le sien, et le bon Berger a le moins de brebis. Mais, malgré cette infériorité de nombre, les chrétiens sont les maîtres, et le reste du globe est sous leur domination; il ne tient qu'à leur volonté d'y commander, et chaque jour ils y commandent avec plus d'empire. M. F., c'est qu'il ne s'agit pas de se compter, mais de se peser; c'est qu'une foule d'insensés ne vaut pas un petit nombre de sages; c'est que Dieu est pour nous , et qui donc sera contre nous?... Voulezvous une seconde preuve du même genre? Déployez de nouveau une carte, parcourez la face du globe, vous trouverez des chrétiens partout; en est-il de même des autres peuples, des autres cultes? Non, l'erreur enchaîne pour ainsi dire ses disciples, les fixe au sol qu'elle occupe, et ne leur permet pas de s'éloigner. Mais le christianisme traverse le monde en tous sens, aborde sur tous les rivages, s'établit sur tout les continens, et, dès qu'il a mis le pied sur un coin de terre, il semble dire: ce lieu-ci est à moi! Oui, nous sommes les maitres du monde, parce que nous sommes les serviteurs de celui qui en est le maître suprême; la terre est

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à vous, parce que vous êtes à lui. L'histoire, nie direz- vous, donne un triste démenti à ces réflexions; les disciples de Jésus n'ont pas toujours possédé l'empire; on a vu un temps où les peuples musulmans étaient plus puissans que le peuple chrétien, où, maîtres des plus belles contrées du globe, ils ont pressé l'Europe de deux cotés. M. F., il est vrai; mais à ces époques désastreuses l'église, plus que jamais, avait mérité la censure que St, Paul prononçait contre la synagogue: Tous ceux qui sont d'Israël ne sont pas pourtant d'Israël! La chrétienté était-elle alors assez chrétienne? Qu'avait-elle fait de l'Évangile? On servait Christ de nom, sans lire sa loi, et le pur christianisme disparaissait étouffé sous un amas de superstitions et d'erreurs. Ah! ne reprochons pas à la Providence ce qu'il faut nous reprocher à nous-mêmes; les chrétiens ont été les plus faibles, quand ils ont cessé d'être les plus éclairés, et leur supériorité s'est proportionnée à leur piété et leur foi; leurs triomphes sur le reste des hommes ont recommencé, quand leur religion a repris les siens sur eux-mêmes. L'histoire n'a donc rien dans ses annales qui contredise cette vérité d'expérience; vous êtes les plus puissans parmi les hommes, vous êtes le sel de la terre.

Cet empire ne durerait pas un jour, et les disciples de Jésus ne seraient pas long-temps les plus forts, s'ils n'étaient les plus instruits. L'avantage qui se trouve du côté des peuples chrétiens pour

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la culture de l'esprit humain est si grand, qu'il est presque impossible de le mesurer. Cette supériorité porte sur tout; il n'est aucune branche des connaissances humaines, aucune oeuvre de génie, aucune recherche de science, aucune espèce d'industrie, et dans les arts utiles, et dans les beaux arts, où la prééminence n'appartienne, quand ils le veulent, aux chrétiens. Vous ne me citerez pas, comme une objection contre cette gloire, quelques heureuses rencontres de matières premières qui nous manquent, et quelques chefs-d'oeuvre de patience dont le secret semble échapper à la notre; la patience est le talent de ceux qui n'en ont pas d'autre. Nos adversaires imitent, et nous inventons; ils font et refont sans cesse les mêmes choses, et nous avançons de progrès en progrès; on ne peut citer une de leurs découvertes qu'ils aient perfectionnée, ni une seule qui n'ait reçu de nos mains quelque perfectionnement. Cette supériorité d'instruction est reconnue par les populations mêmes qui ont le plus grand intérêt à la contester; oui, ces nations farouches ou sensuelles, féroces ou paresseuses, qui n'ont pas la connaissance de Christ, s'entendent si mal à nos études les plus répandues, et suivent de si loin nos exemples, qu'elles avouent notre supériorité, qu'elles viennent à nous pour s'instruire, qu'en nous regardant comme des profanes, des impies, des infidèles, elles nous regardent comme leurs maîtres dans tontes les sciences, et se font une salle d'étude et un

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atelier d'apprentissage de cette chrétienté quelles méprisent. Notre gloire est comme confiée à nos rivaux... Quelle preuve que les chrétiens sont le sel de la terre! et que sera-ce si le parallèle porte sur le degré de culture intellectuelle des classes inférieures? Parmi ces nations malheureuses que l'Écriture nous dépeint assises dans les ombres de la vallée de la mort, dès que l'on descend vers les derniers rangs de la société, toutes les connaissances les plus usuelles, lire, écrire, compter, sont des choses inouies, inconnues, sans exemple; un livre, c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus commun parmi nous, un livre quelconque est une merveille que personne n'a tenue en main; il y a de grandes villes où vous en trouveriez difficilement un seul; et mesurez alors, mesurez la masse épaisse d'ignorance, de superstitions, d'erreurs ou impures ou cruelles, et toujours tristes, croupissant avec une pesanteur séculaire chez un peuple dont la seule occupation, la seule pensée est de respirer, se nourrir, dormir, adorer quelque déité monstrueuse, et s'en aller par le c/iemin de toute la terre. Comparez, à ces ténèbres, comparez le degré de culture des peuples chrétiens, et surtout, grâce à Dieu! au sein de nos églises; voyez combien ces simples connaissances y sont plus répandues; voyez chez les nations chrétiennes les plus avancées combien il est rare de trouver un hameau où personne ne sache lire, un hameau où personne ne possède un livre; et que de préjugés de moins à mesure que ces pré-

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