QUI LUI EN AVAIT ENVOYÉ UN EXEMPLAIRE
Vous ne pouviez , monsieur, me faire un présent qui fût reçu avec plus de plaisir et de reconnaissance. Plût au ciel que la Providence m'eût enrichi de ce trésor avant cet âge d'affaiblissement et de langueur, qui me met hors d'état d'en profiter! Â Fécole de ce maître unique du sublime, de Ténergique , du pathétique , j'aurais appris à réfléchir, à creuser, à penser, à exprimer ; et j'aurais désiré de tomber dans ces négligences de style, inséparables de l'activité, de l'impétuosité du génie. Heureux le siècle aui a produit ce prodige d'éloquence mâle, ferme , vigoureuse , que Rome et Athènes, dans leurs plus beaux jours , auraient envié à la France ! Malheur au siècle qui ne saurait pas le goûter et l'admirer !
Mais y pensez- vous , monsieur? vous souhaitez que mes sermons paraissent , et vous m'envoyez Bossuet ! La complaisance m'en enivrait ; je travaillais à les retoucher ; j'aurais été charmé de vous les confier. J'ai lu deux ou trois sermons de Bossuet. Que mes paperasses me semblent froides et inanimées ! Que je me trouve petit et rampant ! Combien je sens que je ne suis rien! Cette lecture m'a passionné; elle m'a transporté jusqu'à me persuader que j'écoutais ; et , revenu à moi-même, j'ai entendu la voix de ma raison me condamner au silence. Mon amour-propre a souscrit , sans murmurer, sans se plaindre. Je crois qu'avec de l'esprit , de rétude , des efforts , on peut se permettre de marcher sur les pas de l'immortel Bourdaloue, et aspirer à lui ressembler,