SLR LE FALX HONNEUR
de sa vertu ne savent quel titre lui donner ; même celui de prophète ne leur semble pas assez grand pour lui *. Ils prennent saint Jean-Baptiste pour le Messie ; et je ne sais si ce n'est point encore quelque chose de plus glorieux, qu'en d'autres occasions on ait pris le Messie même pour un autre Jean-Baptiste ^. Dans une si haute réputation, et d'autant plus glorieuse qu'elle était moins recherchée, Jean-Baptiste demeure toujours ce qu'il est, c'est-à-dire toujours humble, toujours modeste. 11 n'est rien de ce qu'on pense : il n'est point Élie, il n'est point prophète ; et, bien loin d'être le Messie, il n'est pas digne, dit-il, de lui déUer ses souliers : car il se sert même de cette expression basse, afin de se ravilir tout à fait ; et cette main vénérable de laquelle le Fils de Dieu a voulu être baptisé, cette main qu'il a élevée, dit saint Chrysostome, jusques au haut de sa tête, n'ose pas même toucher ses pieds : Non sum dignus corn'gtam calccawentorum solvcre ^ : «Je ne suis (( pas digne de délier le cordon de ses souliers. » Un tel homme sans doute nous est envoyé pour nous désabuser de l'honneur du monde. Il n'est personne qui n'expérimente jusques à quel point il nous éblouit, et combien même il nous captive. Qui n'a pas encore éprouvé combien le désir de l'honneur nous oblige à donner de choses à Topinion et à l'apparence contre nos propres pensées ? En combien d'occasions importantes la crainte d'un blâme injuste resserre un bon cœur? combien elle y étouffe de sentiments droits ? combien elle en affaiblit de nobles et de vigoureux? La suite de ce discours nous fera paraître bien d'autres excès où nous jette l'honneur du monde. Il importe donc au genre humain que cet ennemi soit bien attaqué, mais auparavant il faut le connaître.
• Luc. m, t:].
'-i Marc. VI, 14 ; viii, 38.
-5 Luc. m, IG.