‹ Sermons de BossuetChapitre 56 sur 71 · XXV. — De la préoccupation · texte numérisé non relu

XXV. — De la préoccupation

Les ennemis de la justice sont l'intérêt, la sollicitation violente, la corruption. On se corrompt soi-même par l'attache à son sens et à ses impressions. Il y a un intérêt délicat, jaloux de ses pensées, qui nous préoccupe en leur faveur. Mais rien de plus dangereux que cette préoccupation : elle nous empêche de voir tout ce qui pourrait nous éclairer sur le bon parti. Elle ne se peut remarquer, parce qu'elle ne cause aucun mouvement inusité. Ainsi la première chose qu'elle cache, c'est elle-même. Elle sent que ce n'est point un intérêt étranger qui la nourrit, mais cet intérêt caché, l'amour de nos opinions; nous ne le sentons pas, car c'est nous-mêmes qu'elle trompe. C'est pourquoi Salomon demandait à Dieu «un cœur docile à toutes les impressions de « la vérité et étendu comme les bords de la mer,» c'est-à-dire dégagé de toutes les préoccupations qui iuus resserrent l'esprit, et ne nous permettent pas de comparer les différentes raisons qui doivent déterminer notre jugement : Cor docile, et latitudinem sordis quad nrenam quœ est in littore maris *. Le remède à la prévention, c'est de se défier. De qui ? De soi-même. Mais voilà une autre perplexité : il faut donc s'abandonner aux autres. 0 Dieu, trouvez le milieu. Le voici : la prière, la confiance en Dieu. Apliquons-nous à écouter Jésus-Christ en toutes choses : Ipsum audite -; mais écoutons-le de manière que nous réglions sur son jugement tout ce qui nous regarde, nos plaisirs, nos douleurs, nos craintes, nos discours, en un mot toute notre conduite.

1 III. Reg. m, 0; iv, r-9.

2 Matth. xvii, 5.

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