‹ Sermons de BossuetChapitre 68 sur 71 · XLI. — Comment on s'engage dans les emplois · texte numérisé non relu

XLI. — Comment on s'engage dans les emplois

Nous nous plaignons de notre ignorance; mais c'est elle qui fait près jue tout le bien du monde : ne prévoir pas, fait que nous nous engageons. C'est ainsi qu'on entre dans le mariage et dans les emplois, qu'on se détermine à aller à la guerre : on n'a qu'une vue générale des incommodités qui s'y trouvent. On s'engage, on trouve mille accidents imprévus; on voudrait retourner en arrière, il est trop tard, on est engagé.

XLII, — Les parents ne doivent pas s'opposer à la vocation de leurs enfants. Vertu de sainte Fare.

Que n'a pas gâté la concupiscence? Elle a vicié môme, l'amour paternel. Les parents jettent leurs enfants dans les religions sans vocation, et les empêchent d'y entrer contre leur vocal ion.

Les parents de sainte Fare veulent la forcer d'entrer dans le mariage ; mais on la veut ôter à Jésus-Christ, on lui veut- ravir l'Époux céleste. Sainte Fare s'en prend à ses yeux innocents, qu'elle éteint, qu'elle noie dans un déluge de larmes. Cette sainte, qui se renferme,, a voulu n'être jamais vue et ne jamais voir.

Mais quelle fut la fécondité de sainte Fare par l'union qu'elle contracta avec l'Époux céleste? Le voisinage, tout le royaume, l'Angleterre même, recueillirent les précieux fruits de ce mariage tout divin. Elle enfanta à Jésus-Christ saint Faron son frère, que je ne puis nommer sans confusion et sans consolation : sans consolation, parce qu'il m'apprend mes devoirs; sans confusion, parce qu'il accable mon infirmité par l'exemple de ses vertus. Diocèse de Meaux, ce que tu dois à Fare est inestimable : tu lui dois saint Faron. Et vous,, mes filles, qui avez pour mère et pour modèle sainte Fare, donnez par vos prières un imitateur de saint Faron à ce diocèse.

XUlt. — Vertus de sainte Gorgonie.

Elle ne s'est point souciée de se charger d'or, ni de pierreries, ni de celte beauté étrangère qu'on achète ou qu'on s'attache par artifice, faisant une idole de l'image de Dieu. Point de rouge que celui que causait la pudeur, ni de Liane que celui que donne l'abstinence : elle

laissait les autres ornements à celles à qui la pudeur est une honte qui défirent la santé pour la beauté, l'embonpoint, la vivacité pour le teint; laides par leur beauté empruntée, déshonorées par leurs ornements artificiels, défigurées par leur air, choquantes et importunes par leur agrément, affecté.

Qui a plus su? Qui a moins parlé? 0 corps exténué! ô âme qui soutenait le corps presque sans aucune nourriture! ou plutôt ô corps contraint de mourir avant la mort même, afin que l'âme fut en liberté ! ô membres tendres et délicats, couchés sur la dure! ô gémissements! ô cris de la nuit pénétrant les nues, perçant jusqu'à Dieu ! ô fontaines de larmes, sources de joie! O Eve! ô appât du plaisir sensible et goût du fruit défendu, surmontés par la continence! 0 Jésus-Christ ! ô sa mort! ô son anéantissement et sa croix, honorés par la pratique de la pénitence! 0 femme, qui a fait voir que la différence du sexe n'est pas dans l'esprit ni dans le cœur!

XLIY. — Honneur dû aux saints.

Le vrai honneur que nous devons rendre aux saints, c'est de les imiter. Leurs reliques nous prêchent, en nous invitant à suivre leurs exemples; elles nous demandent un reliquaire vivant, les vertus, le cœur.

Page 1