‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 10 sur 74 · DISCOURS D'OUVERTURE DE LA FACULTÉ DE ROUEN · texte numérisé non relu

DISCOURS D'OUVERTURE DE LA FACULTÉ DE ROUEN

d'éducation ont bien pu retenir les sciences les plus avancées dans les bornes de la matière qui, considérée en elle-même, n*a déjà plus pour elles de secrets; mais ou elles seraient désormais stationnaires/ tournant péniblement dans un cercle sans issue, ou elles se dégageront des dernières entraves qui les empêchent encore d'aller plus haut et plus loin.

Déjà, dans les sciences physiques et naturelles, la matière ne suffit plus pour expliquer la matière, et les yeux les mieux exercés commencent à entrevoir quelque chose d'immatériel au delà de la composition et de la décomposition des corps et de leurs propriétés sensibles. Ils voient clairement que les découvertes les plus justement applaudies sont plutôt des résultais d'applications de lois déjà connues que la rencontre de nouvelles lois; en sorte que chaque science, aidée de méthodes plus sûres, d'instruments plus parfaits, multiplie bien ses produits au dehors, mais n'avance pas réellement elle-même. L'école matérialiste se sent donc arracher le sceptre qu'elle avait étendu sur deux générations, et elle s'agite sur le trône fragile qu'elle avait usurpé, comme si une main inconnue l'avait déjà saisie pour l'en précipiter sans retour* L'esprit humain qu'elle avait chargé d'indignes chaînes relève la tête, fier de reprendre son vol et de s'élever, les

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ailes déployées, vers la suprême intelligence dont il émane. Le spiritualisme, qu'on peut appeler un instinct religieux, pénètre déjà dans toutes les écoles. Nous commençons tous à sentir que Tbomme a d'autres destinées que celles de passer quelques jours inquiets sur la scène changeante d'un monde qui fuit sous ses pas, et que des liens indestructibles l'unissent à un monde meilleur, un monde de la lumière et de la yertn, de la vérité et de Tamour, ▼ers lequel il s'avance sans cesse plein d'espérance et d'immortalité. Voilà pourquoi, messieurs, les écrivains et les livres qui firent de la religion en général, et de la religion catholique en particulier, l'objet étrange de leurs sarcasmes, de leurs sophismes et de leurs déclamations, n'ont plus de disciples ni de lecteurs. Cette race d'esprits frivoles et légers qui avaient pris toutes les croyances à démolir comme une troupe d'écoliers mécontents prendrait un collège à détruire, cette race s'éteint. Les uns sont morts, les autres achèvent de vivre, et la théologie va reprendre dans l'enseignement public la place d'honneur que lui assigne son antique prééminence sur toutes les sciences humaines. Ce n'est pas, en effet, sans raison que nos pères l'avaient mise à la tête des facultés comme une reine au milieu de sa cour, et que le droit» la médecine, les lettres et les arts ne marchaient qu'à sa suite.

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Paur un être immorlel comiile l'homine, la science qui le mène à réternelle vérité ne peut avoir de rivale, et celles qui ne sont appelées qu'à lui aplanir le chemin ou à lui offrir quelques rafraîchissements pendant le voyage peuvent sans jalousie et sans honte s'incliner devant elle et la saluer comme leur maltresse et leur mère. Toutes les sciences, d'ailleurs, lui empruntent quelque lumière. Un diplomate célèbre disait, il n'y a pas longtemps encore, que « tous les grands hommes qui ont exercé une influence salutaire sur les destinées des peuples avaient été théologiens. » On pourrait en dire autant des génies créateurs qui ont reculé les bornes de Tesprit humain dans le vaste champ de nos connaissances, et depuis la jurisprudence jusqu'à l'astronomie il n'est pas un nom véritablement illustre qui, jusqu'à ces derniers temps, n'ait été porté par un homme profondément versé dans les études théologiques.

n y a plus, messieurs : comme la théologie est la science de Dieu et des choses divines, et qu'il y a entre Dieu et l'homme des rapports nécessaires, et que de ces rapports naissent des devoirs aussi nécessaires, la théologie ne s'adresse pas seulement à l'intelligence pour l'ouvrir aux vérités spéculatives ou dogmatiques qui forment sa croyance religieuse; elle descend dans le cœur pour en ré-

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fi[ler les passions; et, si les autres sciences donnent a la société des lumières, elle seule l'enrichit de vertus,

1/ erreur capitale de ces derniers temps, et l'on ne Ta pas assez remarqué, c'est d'avoir demandé à la science humaine proprement dite, à la diffusion des lumières, aux enseignements divers qui propagent les connaissances utiles, l'ordre, la force, la sécurité, la prospérité des peuples, la douceur des mœurs, la décence dans la conduite, la charité envers ses semblables, la bienveillance universelle, en un mot toutes les vertus privées et publiques. On a cru que des progrès et des découvertes scientifiques sortirait enfin une règle des mœurs; mais chaque science ne peut donner que ce qu'elle a, et l'on ne trouvera jamais dans les plus hautes et les plus admirables un véritable point d'appui pour la morale. Qu'on pousse aussi loin qu'on voudra les conséquences de la chimie, de la physique, de l'histoire naturelle, des mathématiques, on ne pourra jamais rigoureusement conclure qu'il faut être homme de bien, époux fidèle, magistrat intègre, citoyen vertueux. Ces conséquences ne leur appartiennent point; elles ne croissent pas sur leur sol; elles sont les fruits d'un autre arbre, parce qu'elles découlent de certains principes qui leur sont entièrement étrangers.

En vain chercherait-on à retenir plus longtemps la vérité captive; dans cette haute région de l'âme où les passions ne portent pas leurs nuages, un instinct sublime, plus fort que tous les sophismes, nous fait reconnaître à tous que la lumière douce et pénétrante qui éclaire l'homme pour ennoblir ses actions et perfectionner ses mœurs vient d'un autre soleil que celui où les sciences vont puiser la lumière. C'est du ciel, messieurs, c'est du sein de Dieu même que descend la morale; et la chercher dans nos inventions, dans nos creusets ou dans nos machines, ce nVst pas se porter en avant, c'est rétrograder et redescendre aux rêves de l'alchimie et aux puériles merveilles de la pierre philosophale.

Aucune science humaine ne saurait donner naissance à des obligations morales; Dieu seul peut imposer à l'homme des devoirs, et, quand je parle de me faire respecter et bénir par un.de mes semblables, sans le convaincre que Dieu consacre mon droit et commande son obéissance, ma volonté n'est qu'une injuste prétention, et là commence l'oppression de la force sur la faiblesse.

El ne croyez point que j'exagère, messieurs. Dépouillé de sa céleste origine et de l'auguste sanction qu'il tient d'une volonté suprême infiniment juste et infiniment sage, tout pouvoir humain pa-

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raît une tyrannie, toute supériorité de fortune ou de position une injustice, l'état social devient un état de guerre, la force provoqué la résistance, les crises se succèdent, le mal empire, il est partout^ et nulle part on ne voit le remède; car, hélas! les grands désordres ne sont enfantés que par les grandes erreurs.

Ce n'est pas cependant faute de science, de systèmes, de raisonnements et d'expériences quei dans les temps de confusion dont je parle, le corps social va toujours en s'altérant et dépérissant. Tout le monde, au contraire, se croit appelé à hii venir en aide; mais les plus habiles dans l'art de guérir ne s'entendent pas sur la nature et les causes de la maladie. Ils discutent savamment et longuement; chacun donne à son opinion une évidence et une valeur que son voisin lui refuse; et, en attendant, le malade souffre et s'en va.

Si jamais de salutaires pressentiments ou de fâcheux symptômes venaient nous apprendre que nous touchons à cet âge des nations où elles penchent vers une vieillesse pleine d'illusions et d'infirmités, il faudrait pour nous rajeunir remonter aux sources de la vie.

Point de société sans religion, et point de religion sans enseignement public de sa doctrine et de sa morale. Ne luttons pas contre la nature même

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des choses, car Tinyincible nature se rirait de nos efforts, n n'y a jamais eu, et cependant le monde est assez ancien pour qu'on ait pu tenter toute espèce d'expériences, il n'y a jamais eu une réunion d'hommes assemblés en corps de nation qui n'ait professé une religion extérieure, et qui ne l'ait fait respecter comme le premier de ses biens et le premier de ses besoins, même dans Vétat sauvage.

Et quelle plus belle mission, messieurs, que celle d'avoir à produire à vos yeux les fondements et les preuves de la religion chrétienne, l'inébranlable vérité de ses mystères, la sainteté de ses préceptes, les fécondes influences de ses commandements d'où sont sortis les lois les plus sages, les mœurs les plus douces, la morale la plus pure, la sociabilité la plus aimable, la charité la plus abondante, la culture des arts la plue avancée, tous lès fruits de l'esprit et du génie, tout ce qui fait, en un mot, les charmes de la vie privée, l'honneur de la vie publique, le bonheur des familles, et la force des peuples?

Qui ne l'a entendue, depuis sa naissance jusqu'à nos jours, parler au cœur des hommes les plus simples comme à l'esprit des plus éclairés; inspirer à lous les dévouements lés plus généreux et les sacrifices les plus pénibles à la nature, le mépris des richesses, des grandeurs, des douceurs de la vie, de

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la vie elle-même; combattre les erreurs qui égarent l'esprit, les vices qui dépravent le cœur; appeler le sexe le plus faible aux soins les plus rebutants pour le soulagement des infirmes; ouvrir des asiles à ceux qui ne veulent pas du monde, ou dont le monde ne veut pas, et les employer au service et à la sanctification des hommes; obtenir de l'opulence ces fondations miséricordieuses où sont servies et soulagées toutes les misères humaines; régner sur les sociétés les plus fortes et les plus civilisées qui furent jamais; multiplier ses bienfaits à mesure qu'on lui vouait plus de haine; toujours féconde et toujours jeune? Car une religion qui, depuis dixhuit siècles, inspire tant de dévouement et de sacrifices ne fait peut-être que commencer.

On parle de civilisation, messieurs, et elle revendique la gloire d'avoir civilisé le monde. Partout où elle a porté ses pas, la barbarie a fui devant sa lumière, comme ces oiseaux amis des ténèbres fuient devant les premiers rayons de l'astre du jour. Elle a dompté les passions les plus féroces, et ôté les péchés du monde, selon l'énergique expression de l'Évangile, la fureur des dévastations et des conquêtes, les sacrifices de sang humain, l'adoration des idoles, l'esclavage, les jeux sanglants de l'arène, la prostitution consacrée, la polygamie, l'exposition des enfants, crimes non-seulement permis,

mais commandés par les antiques législations, et qui sont encore à la porte de la société, prêts à y rentrer de nouveau si la religion chrétienne en était bannie. Nous devons au christianisme, dit Montesquieu, et dans le gouvernement un certain droit politique, et dans la guerre un certain droit des gens que la nature humaine ne saurait assez reconnaître; nous lui devons bien plus, messieurs, nous lui devons tout ce que nous sommes, nous, peuples chrétiens.

On lui reproche, il est vrai, d'être trop chargée de merveilleux et de se montrer toujours accompagnée de miracles et de mystères. Mais ce qu'il y a de plus élevé et de plus inabordable à la raison dans ses croyances dogmatiques n'est pas ce qui pénètre le plus difficilement dans l'esprit des peuples, et les prescriptions morales dont ces dogmes incompréhensibles sont la sanction éprouvent de notre part bien plus d'obstacles.

Le goût des hommes pour le merveilleux et le surnaturel, ou plutôt le surhumain qu'ils cherchent dans les fictions, ce goût si vif et si indestructible est un avertissement que l'homme sent en lui et hors de lui quelque chose de plus élevé que luimême; qu'il le cherche surtout dans la religion pour y trouver la raison des devoirs qu'elle lui impose. Une religion sans mystères, sans miracles,

sans réyélation divine^ iie paraîtrait à rbomme que l'ouvrage de l'homme; il se révolterait contre ses commandements comme contre une insupportable tyrannie : eUe n'obtiendrait par conséquent ni créance dans son esprit, ni autorité sur sa conduite; et ce système de religion purement humaine ne pourrait contenter tout au plus que celui qui l'aurait inventée. Voyez, messieurs, tous les systèmes, je ne dis pas idéologiques, assurément stériles et sans résultat, mais philosophiques et religieux qui courent le monde, portant sur le front le nom de leurs auteurs et l'adresse de l'atelier dont ils sont sortis; en est-il un seul qui ait pu s'accréditer et durer quelque temps sans altération et sans décadence? Et pourquoi, messieurs? Parce qu'un système philosophiquement religieux est une religion toute humaine, à laquelle l'homme ne trouve aucune raison d'obéir; et celui qui de son chef veut imposer à ses semblables une croyance et des devoirs s'annonce par cela seul pour une intelligence supérieure, s'érige lui-même en dieu, et il faut autre chose que des mots et des phrases pour légitimer une si haute usurpation.

La facilité au contraire avec laquelle le christianisme s est propagé à sa naissance chez les peuples païens, ensuite chez les peuples barbares, et de nos jours chez les peuples sauvages, c'est-à-dire dans

les trois états de société qui embrassent toute la race humaine; sa longue durée dans l'Église catholique, toujours une dans sa foi, toujours immuable, nous font déjà sentir qu'il y a dans ses dogmes les plus mystérieux et dans ses miracles les plus surprenants une vertu secrète et divine qui s'assimile aux pensées, aux sentiments de l'homme, presque à son insu, pour l'éclairer et le diriger, à peu près comme les substances alimentaires s'assimilent à nos corps pour les nourrir, sans que nous puissions connaître leur nature et leurs rapports à nous, ni savoir comment elles agissent sur nos organes et se convertissent en notre propre substance.

Quoi qu'il en soit, messieurs, la vérité de nos mystères n'est pas un de ces secrets qu'on ne dit qu'à l'oreille et qu'on est obligé toujours de croire sur parole, un de ces arcanes qu'on ne peut tirer de la sainte obscurité où ils ont vieilli, sans s'exposer à les voir s'évanouir au premier contact de l'air; nos mystères ne demandent, pour être victorieusement démontrés, que les mêmes preuves sur lesquelles repose la certitude de tous les faits humainSf les mêmes preuves qui décident chaque jour dans les tribunaux de la vie et de la fortune des citoyens. Et voici le raisonnement bien simple sur lequel ils reposent : il faut croire aux vérités sur- «aturelles que Dieu révèle quand il est prouvé,

par des témoignages irréprochables, que Dieu les a révélées. Or les témoignages historiques les plus certains démontrent que Dieu a révélé les mystères de la religion; donc il faut croire à ces mystères. D'où Ton voit clairement que, pour s'assurer de leur vérité, il n'y a plus qu'à discuter la valeur des témoignages sur lesquels elle est établie. 11 en est de même à l'égard des miracles : pour avoir une cause surnaturelle, un fait qui tombe sous les sens ne change pas de nature, et il peut être vérifié comme les événements les plus ordinaires. Ainsi cet homme était mort hier, on a pu constater son trépas; ce même homme est vivant aujourd'hui; rien encore de plus facile que de s'en assurer. Donc il est ressuscité. Voilà le miracle, qui n'est autre chose que la conclusion de deux faits naturels.

Oserai-je le dire, messieurs? les préjugés les plus défavorables à la religion prennent leur source, non dans la force de sa raison, mais dans sa faiblesse et son insouciance. Il y a longtemps qu'on a dit que, si de cette proposition géométrique, les trois angles £un triangle sont égaux à deux angles droits^ il résultait de graves obligations morales, comme par exemple celle d'être chaste et d'aller à confesse, son évidence serait douteuse aux yeux de bien des gens et qu'on écrirait des livres pour la combattre. Je n'hésite donc pas à affirmer, en sens contraire, que, si les

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plaisirs de la vie, les honneurs et la fortune, étaient attachés à la foi sincère de nos mystères, on ferait des recherches et des études assez profondes pour arrivera Tintime conviction de leur vérité. Ils ont tous leur fondement dans ce code inspiré nommé rÉcrilure par excellence, dont la première page fut écrite par un législateur et la dernière par un prophète. L'Église, à qui fut confié le dépôt de la révélation; l'Église, qui a pour mission de transmettre les vérités révélées dans toute leur intégrité aux générations qui tour à tour passent sur la terre; l'Église, société divine dans sa constitution et dans sa durée, n'en participe pas moins aux révolutions qui agitent les choses humaines. Elle voit naître et mourir ses enfants, ses prêtres et ses pontifes; elle brille par d'éclatantes vertus; elle est travaillée de douleurs intestines; elle a ses époques de division et de scandaleuses lois et ses ordonnances, ses conquêtes sur Tinfidélité, ses luttes contre l'hérésie, et chaque jour de sa vie est marqué par un événement nouveau qui influe sur les intelligences, sur les volontés, sur la marche de l'esprit humain et sur les destinées des nations. De là, messieurs, l'enseignement de la langue primitive dans laquelle la révélation fut écrite, l'enseignement de l'Écriture sainte, du dogme, de la morale, de riiisloire et discipline ecclésiastiques, du droit canonique^et

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de toutes les branches de la théologie, que notre Faculté est appelée à donner successivement dans cette nouvelle enceinte.

Naguère, messieurs, Tépiscopat français demandait une maison de hautes études où l'élite du jeune clergé serait appelée à s'enrichir de tous les trésors que renferme la science ecclésiastique.

Cette belle pensée, qu'il n'a pas été permis de réaliser encore, a puissamment secondé d'ailleurs la restauration des facultés, œuvre combinée des deux pouvoirs, et qui ne témoigne pas moins de la sagesse éclairée de l'un que de la haute confiance de l'autre.

Mais quelle forme donnerons-nous à notre enseignement?

Deux méthodes se présentent aux professeurs de la Faculté; toutes deux ont prévalu à; leur tour, selon les temps, les besoins et les mœurs, La premièire, appelée théologie positive, a été adoptée par les Pères de l'Église, par les grands controver* sistes et les écrivains polémiques dans les luttes animées contre le paganisme, l'hérésie et la philosophie moderne.

L'autre, appelée scdastique, fut la méthode adoptée dans les écoles publiques de théologie;, et, à partir du onzième siècle, tous les théologiens du moyen âge lui sont restés fidèles. Aujourd'hui, elle

règne encore généralement dans renseignement des séminaires^

n faut l'avouer cependant, ce n'est, pas .sans livrer plus d'un combat que la scolasUque ^ pu te^ nir jusqu'à nous le sceptre de renseignement. De^ puis que Bacon a poussé le premier cri d'émaoei-* pation contre les entraves de la dialectique, un certain nombre de penseurs lui a déclaré la guerre, et partout la scolastique, œuvre humaine et par conséquent bien distinguée de la théologie, dont elle n'est qu'une forme accidentelle, la scolastique n'en est pas moins un merveilleux instrument et comme la pierre de touche des opérations de l'intelligence. Si elle semble resserrer le génie dans les entraves du syllogisme, elle assure sa marche, elle fixe les points de départ et d'arrivée, et tout ce qu'elle ôte à l'imagination, elle le donne au raisonnement. Si elle se plaît un peu trop peut-être à la subtilité de l'esprit, elle lui donne plus de nerf et de pénétration, et elle gagne en profondeur ce qu'elle a l'air de perdre en étendue. Si elle parait adopter certaines formes peu civilisées et trop acr corder aux mots^ elle a mis au monde une science inconnue, la critique des idées et des plus simples perceptions de Tàme. ËUç a pour défenseurs deux immortels génies, Bossuet : « On y voit par expérience, dit-il, que ceux qui n'ont pas commencé par

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la méthode scolastique sont sujets à s'égarer beaucoup lorsqu'ils se jettent dans les matières théologiques; » et Benoit XIY, qui déclare que la scolastique n'est pas seulement utile, mais nécessaire, et que certains auteurs ne la méprisent que parce qu'elle est une arme puissante contre tous les faux raisonnements.

La suivrons-nous toujours cependant dans cette première partie de notre enseignement qu'on pourrait appeler exclusivement théologique? Non, messieurs; car, après tout, la scolastique est un art élémentaire, et les facultés n'ont pas à enseigner les éléments; c'est une espèce de stratégie logique, et les facultés exposent plutôt qu'elles ne disputent. En un mot, comme le porte l'ancienne définition des universités, ce sont des institutions destinées à renseignement supérieur des sciences; et, puisque le fond doit ici emporter la forme, la méthode suivra la nature de l'enseignement. Placé sur les confins des deux mondes, du monde ecclésiastique et du monde séculier, la chaire de la faculté aura donc une langue qui soit intelligible à l'un et à l'autre.

Telle est, messieurs, l'idée que je me suis formée de la partie de l'enseignement qui me touche de plus près; tels sont nos desseins, l'esquisse de nos travaux, la marche que no^s allons suivre et la forme de nos legons.

DE lA PAGDLTfi DB TldtoLOGIB DB KOUETf. 53

Nous n'avons pas besoin de nous envelopper d'un voile de modestie pour confesser qu'en savoir, en laborieuses recherches, en études profondes^ nous ne sommes pas les égaux de nos doctes prédéces* seurs, et qu'il y en a pour longtemps encore avant que les facultés reproduisent avec éclat la vieille érudition des ordres religieux, de l'antique Sorbonne et de tant d'illustres universités. Mais serait-il juste de demander à une génération sacerdotale chargée de mille soins, tantôt embarrassée dans les villes par les saintes complications du ministère évangélique, tantôt jetée çà et là dans l'isolement des campagnes et loin des trésors de la science, de lui demander les immenses travaux du cloître et les préparations si laborieuses du doctorat?

Mais rien n'excite l'émulation comme le souvenir de la gloire passée; et, si des intentions pures, une volonté constante de n'opposer que la vérité, car le mensonge n'a jamais fait de bien aux hommes, un désir sincère d'éclairer ses semblables, une vive et tendre affection pour ses auditeurs, peuvent promettre quelque succès et mériter quelque indulgence, peut-être, messieurs, la faculté de théologie de Rouen n'aura pas été vainement réorganisée. Heureux si, en remplissant les nouveaux devoirs qui viennent de nous être imposés, nous pouvons aider, autant que notre faiblesse nous le

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permet, à rafTennissement de l'ordre moral, en travaillant, avec une patiente douceur, à dissiper les préjugés qui divisent les esprits, qui aigrissent les âmes, et qui sont une des plus funestes maladies du corps social, puisqu'il ne peut être vigoureux et fort que par l'union de ses membres et le mutuel secours qu'ils se portent les uns aux autres, sans jalousie, sans intérêt privé, mais pour le bonheur commun et la gloire de la patrie 1

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