‹ Sermons, discours et mandementsChapitre 12 sur 74 · D'INSTALLATION · texte numérisé non relu

D'INSTALLATION

Uons. Vous ne me connaissez point encore, moi* même je vous vois rassemblés autour de moi pour la première fois; et cependant, par le seul fait de mon installation comme premier prêtre de ce temple et comme chef spirituel de cette paroisse, il s'est établi entre vous et moi des rapports nécessaires, d'où vont découler de mutuels devoirs quil nous importera de remplir avec une égale fidélité pour le salut de nos âmes.

Hier encore j'étais libre de tout devoir envers vous; je pouvais régler l'emploi de mon temps, disposer mes occupations, user de mes facultés et de ma fortune au gré de mes désirs, sans mériter au* cun blâme et sans avoir d'autre compte â rendre qu'à Dieu et à ma conscience. Aujourd'hui, tout est changé. En baissant la tête sous le poids de la cha rge pastorale, j'ai fait le sacrifice de mon indépendance et de ma liberté. Mon temps, mes forces, ma santé, les facultés de l'esprit et du cœur, le peu de biens que la divine Providence m'a départis, tout appartient au troupeau que Jésus-Christ me confie, à la grande famille qu'il vient de me donner, au saint ministère que je lui ai promis d'exercer pour votre salut et pour sa gloire.

Ainsi, à l'exemple de Celui qui m'envoie, j'arrive au milieu de vous, non pour être servi, mais pour servir les autres, et je ne serai vraiment ici le pre-

ihier entre mes frères qu'autan<t que j'y serai le premier par le travail^ Je» fatigues, les sollicitudes et ^le parfait renoncement à nM^i-même.

Malheur à moi si je n'embrasse avec courage, et même avec amour, les œuvres les plus laborieuses et les plus rebutantes de mon ministère, ses ennuis secrets, ses douleurs et ses veilles, et si je voyais autre chose, dans l'aisance et les honneurs.qui Tont peut-être m'environner, que des moyens plus faciles et plus prompts de continuer mon sacrifice en le rendant agréable à Dieu et utile à son £glise i

J'ai dû, sans doute, mûrement réfléchir, sous ces cheveux blancs, à l'étendue des engagements que j'allais prendre, et je les ai pris parce qu'il m'a semblé qu'avec la pureté de mes intentions et le désir sincère de faire la volonté. de mon divin liaitre, je ne courais après tout d'autre risque que de porter sa croi:^ et de marchera sa suite : inévitable destinée de^ disciples qu'il se choisit, et qui ne sont jamais plus dignes de lui que lorsqu'ib partagent ses souffrances, et qu'ils passent, faisant le bien, par une vie charitable et sacrifiée.

11 est vrai que le cœur de l'homme est un mystérieux abîme, et qu'il est bien difficile d'en sonder toute la profondeur; mais, aussi loin que l'œil de ma pensée peut porter son regard, il voit tous ces sentiments gravés dans mon âme, avec la fermé es-

D*niSTÂlXAT101!f. 50

pérance que Dieu daignera les bénir et les y féooudera, parce que lui seul a pu les y ftire naître.

Et que d'objets yénérables iront s'offrir iei au zèle persévérant et à la eonattnte soUicitude.de yotre pasteur! Vous aurez ses plus tendres soins « et ses plus vives afiections. Saints au tels^. augustes tab»nacles où, nuit et jour, sous les voiles eucharistiques, réside personneHenmit le Dieu que nous adorons, et oti s'immole chaque matin la vietime expiatoire des péchés du monde, tout ce qui touche de près ou dé loin à ]a;eélébration do saint sacrifice de la messe, les oniements, les vases, les linges sacrés, les saintes cérémonies^ attireront sans cesse toute sa vigilance. U la portera aussi avec bonheur sur la pompe si grave et si solennelle qui accompagnera toujours, dans ce ténple, reKereice du culte divin , sans penser jamais ^qu^il y ait rira au monde de trop riche, detropharmomeux ou de trop magnifique pour le culte du Vnè^^nU de ce Dieu tout-puissant qui réunit ddns<4on sein toutes les beautés, toutes les harmonies et toutœ les grandeurs.

Comme le divin Sauveur, son modèle et son maître, il se hâtera de conjurer les parents chrétiens de laisser venir à lui les petits enfants, afin qu'il puisse leur apprendre de bonne heure, et aussitôt que leur raison commence à éclore, à connaître, à

aimer, à servir le Père qu'ils ont dans les deux, à croître, & grandir dans l'innocence et la pratique naissante des vertus chrétiennes; et il cultivera de ses propres mains, à Tombre du sanctuaire, ces jeunes plantes, espoir de l'Église et des familles, avant que le souffle empoisonné du mal ne vienne les faner et les flétrir.

Les pauvres, les membres souffrants de Jésus- Christ, seront tous ses enfants de prédilection. Il sait que le Sauveur des hommes appela d'abord les pauvres à son royaume, qu'il les évangélisa les premiers de tous, qu'il fit des miracles pour les nourrir pendant sa vie mortelle, qu'il leur prodigua les témoignages de l'amour le plus tendre, et qu'il les a laissés à ses prêtres pour nous tenir lieu de toute autre famille, et afin que nous les aimions comme nos frères, nos pères et nos mères.

Au soin des pauvres viendra se joindre celui des malades; et cette partie si délicate et si touchante du ministère pastoral, quelquefois bien pénible, mais souvent aussi bien abondante en douces consolations, tiendra la première place dans mon cœur. Oh 1 nous vous supplions d'avance, mes frères, de nous ouvrir l'entrée de vos demeures, non pas à rheure de vos plaisirs, mais alors que les chagrins et les maladies viendront s'asseoir au foyer domestique, sans craindre, dans ces jours de désolation et

Page 1