‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 12 sur 145 · ESTH., C. 16, V · texte numérisé non relu

ESTH., C. 16, V

très , devient une vanité insensée, qui voudrait voir )*imiversr entier à leurs pieds , qui cherche à combattre seulement pour avoir rbonneur frivole de vaincre, et qui, loin de dompter leurs ennemis , leur en fait de nouveaux , et arme contre eux leurs voisins et leurs alliés : l'humanité, si aimable dans Télévation, et qui est comme le premier sentiment qu'on verse dès Fenfanee dans Tâme des rois , se bornant à des largesses outrées et à une familiarité sans réserve pour un petit nombre de favoris , ne leur laisse plus qu'une dure insensibilité pour les misères publiques : les devoirs mêmes de la religion, dont ils sont les premiers protecteurs, et qui avaient fait la plus sérieuse occupation de leur premier âge, ne leur paraissent plus bientôt que les amusements puérils de l'aifance. Non, Sire, les princes naissent d'ordinaire vertueux , et avec des inclinations dignes de leur sang : la naissance nous les donne tels qu'ils devraient être; l'adulation toute seule les fait tels qu'ils sont.

Gâtés par les louanges , on n'oserait plus leur parler le langage de la vérité : eux seuls ignorent dans leur ^t ce qu'eux seuls devraient connaître; ils envoient des ministres pour être informés de ce qui se passe de plus secret dans les cours et dans les royaumes les plus éloignés, et personne n'oserait leur apprendre ce qui se passe dans leur royaume propre : les discours flatteurs assiègent leur trône , s'emparent de toutes les avenues , et ne laissent plus d'accès à la vérité. Ainsi le souverain est seul étranger au milieu de ses peuples; il croit manier les ressorts les plus secrets de l'empire , et il en ignore les événements les plus pubUcs : on lui cache ses pertes, on lui grossit ses avantages, on lui diminue les misères publiques ; on le joue à force de le respecter : il ne voit plus rien tel qu'il est; tout lui paraît tel qu'il le souhaite.

Telles sont les tnstes suites de l'adulation. Cependant, Sire, c'est là le vice le plus commun des cours , etl'éeudl des meilleurs princes. A peine le jeune roi Joas eut-il perdu le fidèle pontife Joïada, ce sage tuteur de son enfaobce, et le seul homme par qui la vérité allait encore jusqu'au pied de son trône , que, séduit par les flatteries des courtisans, dit l'Écriture, il se

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Ikra à lears mauvais conseils et à ses propres faiblesses : delinUus obsequUs eorum, acquievU ei$ '.

Cest radulation qui fait d'ua boa prince un prince né pour le malheur de son peuple; c^est elle qui fait du sceptre un joug accablant, et qui, à force de louer les faiblesses des rois , rend leurs vertus mêmes méprisables.

Oui , Sire, quiconque flatte ses maîtres , les trahit ; la perfidiequi les trompe est aussi criminelleque celle qui les détrône: la vérité est le premier hommage qu'on leur doit ; il n*y a pas loin de la mauvaise foi du flatteur à celle du rebelle : on ne tient plus à l'honneur et au devoir , dès qu^on ne tient plus à la vérité , qui seule honore l'homme , et qui est la base de tous les devoirs. La même infamie qui punit û perfidie et la révolte devrait être destinée à Fadulation : la sûreté publique doit suppléer aux lois , qui ont omis de la compter parmi les grands crimes auxquels elles décernent des supplices; car il est aussi criminel d'attenter à la bonne foi des princes qu'à le^ur personne sacrée ; de manquer à leur égard de vérité, que de manquer de fidélité ; puisque l'ennemi qui veut nous perdre est encore moins à craindre que l'adulateur qui ne cherche qu'à nous plaire.

Mais l'adulation la plus dangereuse est dans la bouche de ceux qui, parla sainteté de leur caractère, sont établis les ministres de la vérité. Allez, dit le Seigneur à l'esprit du mensonge, entrez dans la bouche des prophètes du roi Achab; vous réussirez , vous le tromperez, et sa séduction est inévitable : decipies, et prxvalebis >. Hélas! si l'adulation a tant de charmes lors même que les vices et les dissolutions du flat« teur en affaiUissent l'autorité et la rendent suspecte , quelle séduction ne forme-t-elle point lorsqu'elle est consacrée par les apparences mêmes de la vertu ! Quel avilissement pour nous , si nous faisons du ministère même de la vérité un ministère d'adulation et de mensonge ; si, dans ces chaires mêmes destinées à instruire et à corriger les grands, nous leur donnons de fausses louanges qui achèvent de les séduhre; si le seul

' U. Pajul.. c. 24, V. 27. — 2 m.. keG. c. 22, v. 22.

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canal par où la vérité peut encore aller jusqu'à eux , n'y porte qu'une lueur trompeuse qui leur aide à se méconnaître; si nous empruntons le langage flatteur et rampant des cours, en venant leur annoncer la parole généreuse et sublime du Seigneur ; et si , loin d'être ici les maîtres et les docteurs des rois , nous ne sommes que les vils esdaves de la vanité et de la fortune ! Mais quel malheur pour les grands de trouver d'indignes apologistes de leurs vices parmi ceux qui en auraient dû être les censeurs , d'entendre autour de leur trône les ministres et les interprètes de la religion parler comme le courtisan, et de trouver des adulateurs où ils auraient dû trouver des Ambroises !

O vous, Sire, que Dieu a établi pour commander aux hommes , n'aimez dans les hommes que la vérité ; elle seule les rend aimables : fermez l'oreille aux discours qui vous flattent; le flatteur hait votre personne, il n'aime que vos faveurs : écoutez les louanges qui nous prêtent de fausses vertus, comme des reproches publics de nos vices véritables; souvenez-vous que l'amour des peuples est Téloge le moins suspect du souverain : les bons et les mauvais princes ont été également loués pendant leur vie; il semble même que les basses flatteries ont été encore plus prodiguées à ces derniers : la haine publique se cache d'ordinaire sous l'adulation. Sijre, rendez-vous digne d'être loué, et vous mépriserez les louanges.

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