TABLEAU DH LA COUR
Les cours surtout sont pleines de délations et de mauvais offices : c'est là où toutes les passions se réunissent, ce semble, pour s'entre-choquer et se détruire : les haines et les amitiés y changent sans cesse avec les intérêts : il n'y a de constant et de perpétuel que le désir de se nuire. Les liens même du sang se dénouent , s'ils ne sont resserrés par désintérêts communs. L'ami, comme parle Jérémie , marche frauduleusement sur son ami , et le frère supplante le frère. Il semble qu'on soit convenu que la bonne foi ne serait pas une vertu , et que Tamitié ne serait plus qu'une bienséance : l'art de tendre des pièges n'y déshonore que par le mauvais succès : enfin la vertu elle-même , souvent fausse , y devient plus à craindre que le vice. La religion y fournit souvent les apparences qui cachent les embûches qu'on nous tend : l'on y donne quelquefois les dehors à la piété , pour réserver plus sûrement le cœur à l'amertume de la jalousie, et au désir insatiable de la fortune : et comme dans ce temple deBabylone, dont.il est parlé dans Daniel , en public tout parait pour la divinité, en secret , et par des voies souterraines, on reprend tout pour soi-même. ( Orais. funèb, du Dauphin, )