‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 6 sur 145 · SEBKON POL'R LA FÊTE · texte numérisé non relu

SEBKON POL'R LA FÊTE

crie vengeance contre leur tête! que de calamités publiques dont ils sont les seuls auteurs ! que de voix plaintives s'élèvent au ciel contre des hommes nés pour le malheur des autres hommes! que de crimes naissent d*un seul crime ! leurs larmes pourraient-elles jamais laver les campagnes teintes du sang de tant d'innocents? et leur repentir tout seul peut-il désarmer la colère du ciel , tandis qu'il laisse encore après (ui tant de troubles et de malheurs sur la terre?

Sire, regardez toujours la guerre comme le plus grand lléau dont Dieu puisse affliger un empire : cherchez à désarmer, vos ennemis plutôt qu'à les vaincre. Dieu ne vous a confié le glaive que pour la sûreté de vos peuples , et non pour le malheur de vos voisins. L'empire sur lequel le ciel vous a établi est assez vaste; soyez plus jaloux d'en soulager les misères que d'en étendre les limites ; mettez plutôt votre gloire à réparer le malheur des guerres passées , qu'à en en* treprendre de nouvelles; rendez votre règne immortel par la félicité de vos peuples plus que par le nombre de vos conquêtes; ne mesurez pas sur votre puissance la justice de vos entreprises ; et n'oubliez jamais que , dans les guerres les plus justes, les victoires traînent toujours après elles autant de calamités pour un État que les plus sanglantes défaites.

Mais si l'amour du plaisir l'emporte dans les souverains sur la gloire, hélas ! tout sert à leurs passions, tout s'empresse pour en être les ministres, tout en facilite le succès, tout en réveille les désirs , tout prête des armes à la volupté ; des sujets indignes la favorisent; les adulateurs lui donnent des titres d'honneur; des auteurs profanes la chantent et l'embellissent; les arts s'épuisent pour en diversifier les plaisirs; tous les talents destinés par l'Auteur de la nature à servir à l'ordre et à la décoration de la société ne seirvent plus qu'à celle du vice; tout devient les ministres, et par là les complices de leurs passions injustes. Sire, qu'on est à plaindre dans la grandeur ! les passions , qui s'usent par le temps , s'y perpétuent par les ressources ; les dégoûts , toujours inséparables du désordre , y sont réveillés par la diversité des piai-

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