‹ Sermons et morceaux choisis de MassillonChapitre 74 sur 145 · POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME

SUR L'AUMONE

Accèpit ergo Jésus panes ; et quum gra^ tias egissetj distribuit discumbentibus,

Jésus prit les pains ; et ayant rendu grâces^ il les distribua aux disciples, et les disciples à ceux qui étaient assis.

JoiN., c. 6, V. H.

Ce n*est pas sans mystère que Jésus-Christ associe aujourd'hui ses disciples au prodige de la multiplication des pains , «t qu'il se sert de leur ministère pour distribuer la nourriture miraculeuse à un peuple pressé de faim et de npisère. Il pouvait sans doute encore faire pleuvoir la manne dans le désert, «t épargner à ses disciples le soin d'une si pénible distribution.

Mais ne pouvait-il pas aussi , après avoir ressuscité Lazare , ne point employer leur secours pour le délier ? sa voix toutepuissante , qui venait défriser les chaînes de la mort , auraitelle trouvé quelque résistance dans de faibles liens que la main de l'homme avait formés? C'est qu'il voulait leur tracer par avance , dans cette fonction , l'exercice sacré de leur ministère; la part qu'ils allaient avoir désormais à la résurrection spirituelle des pécheurs , et que tout ce qu'ils délieraient sur la terre serait délié dans le ciel.

Il pouvait encore , lorsqu'il fut question de payer le tribut à César, se passer des filets de Pierre pour chercher une pièce d'argent dans les entrailles d'un poisson ; lui qui des pierres mêmes pouvait susciter des enfants d'Abraham , aurait pu à plus forte raison les changer en un métal précieux , et y trouver le prix du tribut dû à César : mais , en la personne du chef d« l'Église, il voulait instruire tous ses ministres à respecter

SUR L AUMÔNE. 2SI

ceux qui portent le glaive , et à donner, en rendant Thonneur et le tribut aux puissances établies de Dieu , un exemple de soumission au reste des fidèles.

Ainsi , en se servant aujourd'hui de Fentremise des apôtres pour distribuer aux troupes le pain miraculeux , son dessein est d'accoutumer tous ses disciples à la miséricorde et à la libéralité envers les malheureux : il vous établit les ministres de sa providence , et ne multipUe les biens de la terre entre vos mains , qu'afin que de là ils se répandent sur cette multitude d'infortunés qui vous environnent.

Il pourrait sans doute les nourrir lui-même , comme il nourrit autrefois les Paul et les Elle dans le désert : il pourrait , sans votre entremise , soulager des créatures qui portent son image; lui dont la main invisible prépare la nourriture aux petits corbeaux mêmes , qui Tinvoquent dans leur délaissement : mais il veut vous associer au mérite de sa libéralité; il veut que vous soyez placés entre lui et les pauvres, comme des nuées fécondes, toujours prêtes à répandre sur eux les rosées bienfaisantes que vous n'avez reçues que pour eux.

Tel est Tordre de sa providence : il fallait ménager à tous les hommes des moyens de salut ; les richesses corrompraient le cœur, si la charité n'en expiait les abus ; Tindigence lasserait la vertu, si les secours de la miséricorde n'en adoucissaient l'amertume : les pauvres facilitent aux riches le pardon de leurs plaisirs ; les riches animent les pauvres à ne pas perdre le mérite de leurs souffrances.

Appliquez-vous donc, qui que vous soyez , à toute la suite de cet Évangile. Si vous gémissez sous le joug de l'indigence , la tendresse et l'attention de Jésus-Christ sur les besoins d'un peuple errant et dépourvu vous consolera : si vous êtes né dans l'opulence , l'exemple des disciples va vous instruire. Vous 7 verrez , en premier lieu , les prétextes qu'on oppose au devoir de l'aumdne, confondus; vous y apprendrez, en second lieu , quelles doivent en être les règles : c'est-à-dire que, dans la première partie de ce discours , nous établirons ce devoir contre toutes les vaines excuses de la cupidité ; dans la

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seconde, nous vous instruirons sur la manière de l'aecomplir , contre les défauts même de la charité : c'est Finstruction la plus naturelle que nous présente Thistoire de notre évangile. Implorons le secours de FEsprit saint par Fentremise de Marie. Ave, Maria, etc.

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