ALLOCUTION POUR LA PRISE D'HABIT
jours resté présent à votre esprit et plus encore à votre cœur ; et vous voilà, aujourd'hui comme autrefois, aux pieds de Jésus et de Marie, sous la robe blanche, non plus de la jeune communiante, mais de la fiancée de l'Agneau sans tache, et répondant à cette voix d'alors, à cette voix si douce et si pénétrante , à cette voix que l'on n'oublie plus une fois qu'on l'a entendue : Adsum, « me voici ! »
Dieu est admirable dans sa conduite à l'égard des âmes qu'il appelle à son service dans la vie religieuse. Il ne les perd plus de vue, à partir du jour où il leur a fait sentir la touche mystérieuse de sa grâce. Sa Providence les suit partout , pour aplanir la voie devant elles et changer en moyens jusqu'aux obstacles mêmes. Tout devient entre ses mains un instrument de miséricorde. Quelquefois, pour mieux les former à l'esprit de détachement, il leur laisse voir le monde de près avec ses misères et ses périls ; il place l'épreuve sous leurs yeux , afin de leur montrer qu'en renonçant aux vanités du siècle elles ont « choisi la meilleure part (i)». Puis enfin, à l'heure marquée, elles arrivent là où le Seigneur les attend, conduites par cette main invisible qui a su écarter de leurs pas toutes les difficultés, pour les amener au sacrifice d'elles-mêmes, et par le sacrifice à la paix et au véritable bonheur.
Ainsi Dieu a-t-il agi à votre égard, ma chère enfant. Au sortir de cette sainte maison où vous aviez été élevée et d'où vous emportiez le germe de votre vocation à la vie religieuse, vous étiez rentrée sous la direction de votre pieuse mère; et, certes, vous n'auriez pu recevoir de
(i) S. Luc, x, 42.
DE Mlle MARTHE FREPPEL 32i
meilleures leçons ni profiter de plus beaux exemples. Non contente de remplir les devoirs de la piété filiale, vous faisiez déjà l'apprentissage de la charité envers les pauvres. Bien que vivant au milieu du siècle, vous étiez religieuse par le cœur ; et plus d'une œuvre à Paris se souviendra du zèle et du dévouement que vous saviez y apporter. Ainsi vous préariez-vous de loin à l'état d'abnégation et de sacrifice que vous allez embrasser. Pourquoi n'ajouterais-je pas que, pour vous détacher du monde, Dieu, dont les desseins sont toujours remplis de miséricorde, s'est plu à vous montrer de bonne heure que notre existence est semée d'épreuves et de misères ? A peine sortie de l'enfance , vous perdiez votre excellent père , ce type achevé de bonté, de droiture, d'honnêteté chrétienne; ce véritable homme de bien qui, du haut du ciel, je l'espère, s'unit à nous en ce moment pour bénir vos premiers pas dans la carrière religieuse. Depuis lors, le deuil est entré plus d'une fois dans votre maison ; vous avez vu s'éteindre l'une après l'autre deux vies auxquelles une riante jeunesse semblait promettre de longs jours. Que ces épreuves sont bien faites pour nous apprendre le néant des choses humaines et pour nous attacher irrévocablement au service de Dieu !
Servir Dieu sans réserve et sans partage, voilà, en effet, ma chère fille, le sens de la vie religieuse : le servir par la prière et par l'adoration, le servir par l'éducation de ses enfants, le servir dans ses malades et dans ses pauvres, dans ce qu'il y a de plus faible et de plus délaissé, le servir en tout et partout. Et c'est pourquoi vous allez revêtir la livrée de vos nouvelles fonctions, en prenant le saint habit. Je ne vous dirai pas qu'en vous