FRAGMENT D'UN PANÉGYRIQUE
. . . Providence incompréhensible et par des vues su périeures avait laissé tomber dans l'obscurité, la postérité de David et la famille de notre sainte : il semblait qu'il l'eût oubliée; au contraire il veillait sur elle avec plus d'attention que jamais. Le moment approchait où le Sauveur des hommes devait naître de cette race choisie ; Dieu pensait à en réunir les deux branches, l'une par sainte Anne et son époux dans la personne de Marie leur fille unique, l'autre dans saint Joseph auquel elle était destinée pour épouse, afin de réunir ainsi dans Jésus-Christ son fils tous les droits, toutes les prérogatives attachées au sang de David, toutes les promesses faites aux rois etauv patriarches. Si sainte Anne avait vécu dans le temps que sa famille donnait des rois au peuple de Dieu, elle aurait été, si vous voulez, princesse du sang royal, mais confondue dans la foule d'une infinité d'autres que nous ne connaissons seulement pas.
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Et qu'est-ce que cet avantage en comparaison du privilège inestimable que Dieu lui accorde d'être la mère de la plus pure de toutes les créatures et l'aïeule de Jésus-Christ, privilège qui lui assure le respect et la vénération de tous les siècles ?
N'en doutons pas, M. F., ce que Dieu a tait d'une manière si éclatante et si miraculeuse pour sainte Anne, il le fait d'une manière moins sensible mais non moins admirable pour tous les hornmes. Tous les événements de notre vie sont ménagés par la Providence pour notre plus grand bien : si nous pouvions découvrir les vues de la sagesse et le ressort caché qui règle le cours des choses humaines, nous verrions que les événements qui souvent nous affligent, et dont nous nous plaignons avec plus d'amertume, sont justement ceux qui doivent nous conduire plus sûrement à notre bonheur. Ce secret, qui est un mystère pour nous sur la terre, nous sera enfin dévoilé dans le ciel : nous verrons alors, comme tous les saints le voient déjà, par quelles raisons Dieu a réglé notre sort d'une manière ordinairement si contraire à nos désirs; par quels motifs et comment il nous a sagement dispensé les biens et les maux, et quels sont les desseins paternels de sa bonté envers nous dans tout ce qui nous arrive ici-bas.
Mais ce que nous ne voyons pas encore, M. F., la foi doit nous en persuader d'avance. Il n'y a d'autre parti à prendre que de nous jeter aveuglément
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entre les bras de cette Providence aimable et de la bénir dans tout ce qui nous arrive. Quand une mère conduit par la main un enfant qui lui est cher, il n'est pas tenté de craindre ni de s'inquiéter sur les dangers du chemin où elle le fait marcher, il se repose sur les lumières et la bonté de son guide. M. F., la Providence nous tient lieu de la mère la plus tendre, et nous ne pouvons être heureux et tranquilles qu'autant que nous lui abandonnons le le soin de notre sort. Elle nous y invite elle-même et nous promet de ne point nous délaisser : Jacla super Dominum curam tuam et ipse te enutriet. Fussions-nous dans la fortune la plus brillante, sans la paix intérieure, sans la tranquillité de l'âme, tous les biens ne sont rien et ne peuvent nous satisfaire. Fussions-nous au contraire dans une misère aussi extrême que celle de Job, si Dieu nous y donne cette paix dont il est le seul auteur, nous y serons plus contents que tous les rois de la terre : et je ne crains pas de dire que ce saint homme sur son fumier était plus heureux qu'Antiochus sur le trône.
C'est ainsi que Dieu fait éclater sa justice aussi bien que sa bonté dans la dispensation des biens et des maux. Aux uns il a donné les richesses, les honneurs, la puissance, mais rarement ces avantages sont accompagnés de la tranquillité de l'âme. C'est chez les grands que régnent les grandes passions et par conséquent les plus grands maux, les plus vives inquiétudes. Aux autres il a refusé les
commodités de la lie, mais il leur donne en récompense le repos et la sécurité.
En un mot, M. F., soyons chrétiens partout, et partout nous serons heureux. Sainte Anne l'a été dans son état, parce qu'elle a craint et servi le Seigneur : craignons-le et servons-le dans le nôtre, nous y goûterons le même bonheur. Elle a trouvé dans son état les moyens de se sanctifier, ils ne nous -manquent pas dans le nôtre, nous y avons même dans les secours de notre religion des moyens plus puissants et plus efficaces ; servons-nous-en comme elle, et un jour nous grossirons la troupe sainte des élus de tous les états et de toutes les conditions que Dieu a rassemblés dans le ciel et où il nous a préparé une place. Dieu nous y conduise! Amen.