‹ SermonsChapitre 1 sur 47 · Sermons · texte numérisé non relu

Sermons

Bourdaloue, Fléchier, Massillon : voilà, après l'incomparable Bossuet, les trois plus grands orateurs sacrés d'une époque où la chaire française a brillé d'un superbe éclat.

Ces trois noms marquent trois étapes de l'évolution de l'éloquence religieuse : elle devient de moins en moins religieuse et de plus en plus morale, non parce qu'elle délaisse le dogme et la théologie, mais parce qu'elle fait à la psychologie et à la morale, aux devoirs pratiques et aux peintures des passions du monde, une place de plus en plus large.

Déjà, Bourdaloue, en prêchant sur les responsabilités des pères et des mères dans la situation sociale de leurs enfants ou en parlant à ses auditeurs contre Pascal et Molière, inclinait le genre dans la voie qu'il allait suivre : dans l'Oraison funèbre, Fléchier plus que Bossuet se plaisait aux mille détails du panégyrique, et les mondains, séduits par sa manière distinguée, goûtaient fort l'orateur disert qui se rapprochait d'eux. Massillon à son tour présente au siècle qui voit naître la « philosophie», une éloquence experte dans l'art d'enrichir et de manier les lieux communs de la morale humaine, et de dénoncer les abus contraires à la justice et à la raison.

BOURDALOUE

Nous avons essayé de les faire coniiaître tous trois par des extraits caractéristiques de leurs œuvres ; nous serions heureux que ce choix servît non seulement à les faire voir avec leur physionomie originale, mais encore à montrer la marche d'un genre que Bossuet et ses illustres rivaux ont porté à une perfection qui depuis n'a jamais été atteinte, et qui ne sera probablement pas dépassée.

BOURDALOUE

Louis Bourdaloue est le plus grand des prédicateurs jésuites.

Sa vie fut simple et se développa sans contrainte : il s'occupa uniquement de ses devoirs. Un seul fait est à noter : né à Bourges le 20 août 1632, Bourdaloue quitte la maison de son père à 16 ans, parce qu'on s'opposait à ce qu'il entrât dans la Compagnie de Jésus. Jusqu'en 1669, il reste professeur en province, et les Jésuites, qui apprécient à sa juste valeur ce maître consciencieux, ne pensent pas qu'il deviendra un jour le premier de leurs orateurs sacrés.

En 1669, Bourdaloue est à Paris, et prêche un Avent aux Jésuites de la rue Saint-Antoine. Quand on l'appelle à la cour, rien ne fait prévoir quel succès prodigieux il allait y conquérir : mais, quand il a prêché devant le roi l'Avent de 1670, c'est un concert de magnifiques éloges, et pendant 34 années, Bourdaloue reste, sans contestation, le plus célèbre des sermonaires de son époque.

On a souvent répété le mot de Voltaire : « Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur dès que Bourdaloue eut paru. » Il est tout à fait exact. Nous avons beau être étonnés de cette préférence, nous qui mettons infiniment audessus de l'éloquent jésuite, l'orateur du Sermon sur la Mort et de VOraison funèbre d'Henriette d'Angleterre, Les témoignages contemporains sont là : Bourdaloue entraînait fortement son auditoire par la gravité et la vigueur sobre de

rrrrr 9 ^^^==±:

BOURDALOUE

son action ; par la logique irrésistible de ses plans, et la sûreté implacable de sa marche ; il le gagnait par sa psychologie pénétrante et même un peu minutieuse, par les développements de sa morale où se multipliaient les instructions pratiques et les préceptes concrets ; il l'intéressait par ses allusions nombreuses aux choses et aux faits du jour, par ses portraits où la malignité mondaine était satisfaite en même temps que s'accomplissait l'œuvre d'édification ; enfin et surtout, il parlait à son auditoire la langue qui lui plaisait entre toutes, langue nette, claire, sans pathétique ni pittoresque, et qui n'a d'autre parure que la raison et le bon sens. Des deux grands rivaux, Bourdaloue était le plus près de son siècle ; il faudra que nous ayons passé par le romantisme, pour accorder à Bossuet son véritable rang : le premier.

Au milieu de sa gloire éclatante, Bourdaloue garda sa sim^ plicité austère, cette vertu dont il donna de perpétuels exemples. Après la révocation de l'édit de Nantes, c'est lui qui est envoyé dans le Languedoc pour travailler par la persuasion à l'œuvre entreprise par la violence. Ses biographes nous disent combien la fin de sa vie fut consacrée aux devoirs de son état et à la charité. Il mourut à Paris en 1704,

Page 1