VOYAGE DB PAUL
reçu les embrassemens de ses amis fondaat en larmes^ Paul
n'était plus sur la terre des vivaris ; dix-huit ans après, sa
tête coupée aux portes de Rome, avait roulé sous le glaive
des bourreaux ; et son sang s'est perdu dans la poussière
de cette ville idolâtre; mais dix-huit cents ans après lui y sa
voix se fait entendre à nous telle que l'entendirent lés
heureux pasteurs d'Ephése. — La maison, la rue, la ville
Eiéme où se passa cette scène solennelle , tout a disparu ^
Milet est tombée et son lieu ne la reeonnait plus. — Ephèse,
l'orgueil de l'Asie, sesédiflces, ses théâtres, et ce temple
magnifique qu*on avait mis deux cents ans à bâtir; la gran*
de Ephèse n'est plus, et tout en elle a péri jusqu'à ses rui^
pes, tellement qu'un missionnaire, venu de l'Amérique,
pour porter dans ces contrées ce même évangile que Paul
y prêchait il y a dix-huit cents années , écrivait , il y a deux
ans, (4) qu'il n'avait trouvé que des champs de blé sur le
sot où s'était élevée cette cité superbe, et qu'à la lettre,
aucun être humain n'habitait maintenant cette place où
s'agitait naguère un peuple immense ! ! — Paul et ses amis
sont descendus dans la poussière; Ephèse a péri; Milet a
péri, mais , au milieu de toutes ces ruines, la voix de Paul
ne s'est point éteinte.
La Bible est un rocher indestructible, au pied duquel le fleuve des. générations humaines, toujours le même et toujours nouveau, n'a cessé de couler vers cette immense cataracte, où vont s'engouffrer, avec les années et les siècles , avec les hommes et les générations d'hommes, les républiques, les empires et toutes les gloires humaines. Mais tan-
dis que le fleuve ne cesse de couler , tandis que 860,000
(l)Thaippe Rix.
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an^es, od Ta compté, descendent chaque jour la vie et pâs« sent dans l'éleruité, du haut de ce rocher toujours Je même y du haut de ce rocher, Paul^ quoique mort, vous parte encore; il vous y montre la même croix , la môme grâce, le même salut, le même ciel, le même lésus; il y fait entendre sa voii jusques sous les voûtes de ce temple^ la même qu'on entendit avec tant d'émotion dans Milet, la même qu'entendhrent avant nous les Polycarpe, les Cyprien, les Luther, les Calvin, la même que l'entendront après nous nos enfans, lorsque ces voûtes même seront tombées, et que nous reposerons depuis des siècles dans la poussière
du tombeau.
Maintenant » mes Frères , si vous voulez un sommaire de ce discours de Paul aux anciens d'Ëpbèse, vous le trouverez dans ces deux versets qui le terminent : Sachant doncy dit l'Apôtre , qu'aucun de vous tous, parmi lesquels fat passé en prêchant le royaume de Dieu, ne verra plus mon visage^ je vous prends à témoin aujourd'hui que je suis net du gang de vous tous y parce que je ne me suis point épargné pour vous ar^ noneer tous le conseil de Dieu.
Je suis net du sang de vous tous ! Ah! mes Frères, que ces paroles sont imposantes ! Les avez^vous bien entendues? Et que veut dire ce sang dont parle TApôtre? — Que voulait-il dire déjà , dans la synagoguede Corinthe , lorsqu'à Touîe des blasphèmes qu^on opposait aux supplications de sa charitéy il secoua ses vêtemens, avecTexpressiondela douleur la plus véhémente, et qu'il s^écria : « Que votre sangsoU sur votre tête; pour moi, fen suis net! » A quoi tend ce langage menaçant et terrible? et quel est donc ce sang dont ses mains sont pures, et qui ne lui sera point redemandé?
DISCOURS DB K\tL. 339
"^ G^est la n^ort et la damnation d'un pécheur qui refuse de se convertir ! — Et si vous voulez un commentaire infail-* Kbie de ces paroles, écoutez cette terrible déclaration du Seigneur y à laquelle Saint Paul faisait une évidente allusion.
Fils d' homme j avait dit TÉternel à son prophète Ezé-* ch'iel y filé d'homme, parle aux enfam de ton peuple, et dis* leur: n Quand je ferai venir Vépée sur quelque pays y et que le peuple du pays aura choisi quelqu'un d'entr* eux pour servir de sentinelle; si celui-ci, voy<mt venir lépée, n*a pas sonné du cor pour avertir le peuple y ce peuple sera bien surpris dans son iniquité, mais je redemanderai son sang de la main de la sentinelle* » *— f^oici donc, fils d'homme; je t'ai établi pour sentinelle d la maison d" Israël : tu écouteras donc la parole de ma bouche, et tu les avertiras de ma part : Quand donc /au* raidit au méchant : Tu mourras; et que tu ne t auras pas averti, ce méchant mourra sans doute en son iniquité y mais je redemanderai son sang de ta main 4 — Que si cependant tu Vas averti, et qu'Une se soit point convertiy il mourra dans son iniquité, mais y pour toi, tu auras délivré ton ame.
Je ne sais, Mes Frères, quelle impress^ion ce passage produit sur votre esprit; mais il saisit mon ame tout entière; il me fait voir avec frémissement la redoutable responsabilité qui pèse sur l'ame d'un ministre chargé de pai^ tre cette église de Dieu y qu*il a acquise par son propre sang ; il me fait sentir plus que jamais corpbien j'ai besoin que le sang de Christ réponde encore en ma faveur , pour les jours mêmes les moins InQdèies de mon ministère ; et je ne pense pas qu'on pât rien ajouter à ce terrible commentaire des paroles de l'Âpôtre : Je vous prends d témoin aujourd'hui que je suis net du sang de vous tousy parce que je ne me suis point épargné pour vous prêcher tout le conseil de Dieu,