‹ Sermons [microform]: sur l'impurété, sur la conversion de Madeleine, et sur le retardement de la pénitence;Chapitre 12 sur 12 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Dieu est fidèle, dit le grand Apôtre : Fidelis Deus Q) : et parce qu'il est fidèle pour nous, nous pouvons porter notre confiance jusqu'à nous assurer de lui. Mais il ne s'ensuit pas de là que nous ayons droit de compter sur lui à son préjudice même, ni que sa fidélité puisse jamais

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servir de fondement à notre témérité. Or, c'est néanmoins le faux principe sur lequel agit le pécheur du siècle, quand il diffère sa conversion, parce qu'il se flatte d'avoir un jour la grâce de la pénitence. Car se promettre cette grâce pour se maintenir dans l'habitude de son péché, prenez garde, s'il vous plaît, c'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise ; c^est vouloir qu'il soit fidèle aux dépens de tous ses intérêts ; et tournant contre lui ses propres armes, c'est l'attaquer et le combattre par le plus aimable de tous ses attributs, qui est sa miséricorde ; enfin, c'est vouloir que sa fidélité le rende, tout Dieu qu'il est, prévaricateur et fauteur de notre iniquité. Est-il une espérance plus vaine et une présomption plus criminelle.

C'est vouloir que Dieu soit fidèle à celui qui le méprise ; et Dieu s'est déclaré, au contraire, que quiconque le méprise sera méprisé : Vœ qm spernis ; nonne et ipse spernerif (^) ? Malheur à vous qui méprisez la grâce de votre Dieu, parce que votre Dieu vous méprisera à son tour. Or, vous la méprisez, pécheur, cette grâce, lorsque, résistant à ses inspirations secrètes, et ne voulant pas encore vous soumettre à elle, vous ne laissez pas de compter sur son secours comme si elle vous était due. Mais Dieu vous méprisera à son tour lorsque, après avoir lontemps frappé à la porte

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de votre cœur, lassé de vos refus, il vous abandonnera enfin à vous-même, et il se retirera. Car c'est à vous que s'adressent ces admirables paroles de saint Paul : An divitias bonitatis ejus et patientice et lo7iganimitatis contemnis Q) ? Est-ce ainsi, mon Frère, que rebelle à Dieu, vous méprisez les richesses de sa bonté et de son infinie patience ? Ignoras quoniam benignitas Dei ad pœnitentiam te adducit ? Ignorez-vous que c'est cette charité de Dieu qui vous sollicite, qui vous invite, mais inutilement et sans effet, à une prompte conversion ? voilà le mépris que le pécheur fait de la grâce. Mais doutez- vous aussi, ajoute l'Apôtre, que, par votre dureté et votre impénitence, vous n'amassiez contre vous un trésor de colère pour le jour des vengeances et de la manifestation du jugement de Dieu ? Secundîim auteni duritiam tuam et impœnitens cor^ thesaurizas tibi iram in die irce et revelationis justi judicii Dei i^) : voilà le mépris que Dieu fait du pécheur. Appliquons-nous ceci, mes chers Auditeurs ; l'un et l'autre ne nous convient que trop, Car nous voulons nous convertir dans un temps, ou imaginaire, ou réel, que chacun de nous se propose : réel, si nous y parvenons ; imaginaire, si nous n'y parvenons pas. Mais, quoi qu'il en soit, rien de plus injurieux ni de plus outrageant pour Dieu que ce dessein prétendu de conversion.

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En effet, nous voulons nous convertir quand nous serons rebutés du monde, ou plutôt quand le monde sera rebuté de nous ; quand nous ne serons plus en état de goûter ses plaisirs, ni d'aspirer à ses honneurs. Nous voulons nous convertir quand les revers de la fortune et les disgrâces de la vie nous y forceront, quand l'hypocrisie même du siècle (^) nous y portera, quand elle nous en fera un intérêt (^), quand il n'y aura plus rien de ijieilleur pour nous, je dis de meilleur dans les vues mêmes de l'amour-propre. Vous, en particulier, femmes mondaines, vous voulez vous convertir quand vous aurez cessé de plaire à ces sacrilèges adorateurs qui vous idolâtrent, quand l'âge aura effacé ce qui vous les attachait, quand le dégoût de vos personnes vengera Dieu, pour ainsi dire, du sacrilège encens qu'on vous aura prodigué, et que vous aurez reçu avec tant de complaisance. Enfin, mes Frères, nous voulons nous convertir quand nous ne pourrons plus nous en défendre, quand le glaive de Dieu nous poursuivra, quand une violente maladie nous aura conduits aux portes de la mort, quand, par le nombre des années, nous ne serons plus maîtres de réparer le passé et de travailler au présent, quand la faiblesse de la nature servira de prétexte à nos lâchetés et de voile à notre impénitence, quand nous n'aurons plus rien à offrir à Dieu, et que nous serons presque

dans une impuissance absolue de faire quelque chose pour lui ; car ne sont-ce pas là les projets de la prudence humaine ? Et sans rien dire ici des risques terribles que nous courons par là, n'ayons égard qu'au seul intérêt de Dieu et au mépris que nous faisons de sa grâce : en vérité, mes chers Auditeurs, ,ces projets de conversion conviennent-ils à une créature qui n'a pas tout à fait perdu l'idée de Dieu ? est-ce traiter Dieu en Dieu ? se contentera-t-il que nous lui donnions les restes du monde ? qu'après nous être lassés dans la voie du libertinage opiniâtre, nous venions à lui présenter un cœur infecté de vices et de passions, un corps usé de débauches, un esprit corrompu de fausses maximes ? Non, sans doute ; et pour l'honneur de sa grâce, dont il est jaloux, il saura punir ce mépris ; et comment ? apprenezle. Car, si nous l'en croyons lui-même, après que nous l'aurons ainsi outragé, il nous rejettera ; nous le chercherons, et nous ne le trouverons plus ; nous voudrons être à lui, et il ne voudra plus être à nous ; ou plutôt, nous ne pourrons plus même le vouloir, parce que nous ne l'aurons pas voulu quand il nous était facile de le pouvoir. Nous ne laisserons pas d'être persuadés plus que jam.ais qu'il faut enfin nous déterminer, qu'il n'est plus temps de remettre cette conversion, dont nous verrons malgré nous que le terme expire ; mais

qui sait si Dieu, se tournant contre nous, ne nous dira point alors comme à ces Juifs dont il est parlé au premier chapitre d'Isaïe : Retirez-vous, et ne paraissez point devant mes autels pour me faire une offrande indigne de moi, je ne vous connais plus, et vos sacrifices me sont à charge. Comme Roi des siècles et Monarque éternel, je voulais les prémices de vos années : je voulais ces années de prospérité, qui furent pour vous des années de dissolution ; je voulais ces années de santé, que vous avez consumées dans le repos oisif d'une vie molle et paresseuse ; je voulais cette jeunesse dont vous avez fait le scandale de tant d'âmes ; je voulais cet âge mûr qui s'est passé dans les intrigues de votre ambition démesurée : vous avez sacrifié tout cela au monde, et vous l'avez fait dans l'assurance que ce serait assez de m'en offrir quelques débris ; et moi, je vous dis que ces oblations me sont odieuses, et qu'il est de ma gloire de les réprouver : Solemnitates vestras odivit anima mea ; facta sunt mihi molesta, làboravi sustinens Q). Ainsi parlait le Seigneur, et ainsi se comporte-t-il tous les jours à l'égard de certains pécheurs après les délais criminels qu'ils ont apportés à leur conversion.

J'ai dit, de plus, que s'assurer de la grâce en différant sa conversion, c'était combattre Dieu par ses propres armes, et se servir de sa fidélité

et de sa miséricorde contre lui-même. Pourquoi cela ? ne le voyez-vous pas, Chrétiens ? Pécher contre Dieu, parce que Dieu est bon, ne cesser point de l'outrager, parce qu'il ne se lasse point de nous supporter ; dire : Je ne veux pas encore changer de vie, parce que la miséricorde de Dieu n'est pas encore épuisée, et je veux continuer dans mon désordre, parce qu'il est toujours dans la volonté de me sauver ; n'est-ce pas employer contre lui ses attributs, et abuser, pour l'offenser, de sa grâce même ? Car enfin, dit saint Chrysostome, si Dieu usait de ses droits, et s'il était à notre égard ce qu'il pourrait être avec justice, un Dieu sévère, un Dieu inflexible, qui fît immédiatement succéder la peine au péché : s'il nous traitait comme ce créancier impitoyable de l'Évangile traita son débiteur, et que, sans nous accorder aucun délai, il nous pressât de lui rendre ce que nous lui devons : Redde quod debes, que ferions-nous ? Nous obéirions sur l'heure même à un commandement si rigoureux. Il n'y aurait point parmi nous de pécheur qui ne pliât d'abord sous le joug de la loi de Dieu. On verrait ces prétendus esprits forts recourir les premiers au tribunal de la pénitence : non plus par cérémonie, mais en effet ; non plus après des années entières de délibération, mais dès que leur conscience, par un remords salutaire, les avertirait du danger de

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leur état ; tous les hommes seraient dans le devoir : pourquoi ? parce qu'ils auraient affaire à un Dieu également prompt et terrible dans ses vengeances. D'où vient donc qu'on remet, et qu'on ne veut se convertir qu'à l'extrémité ? c'est qu'on se repose dans l'idée qu'on a d'un Dieu patient et toujours prêt à donner sa grâce. Mais, Seigneur, s'écriait saint Ambroise, permettez-moi de m'en plaindre à vous pour vousmême. C'est cette patience qui semble autoriser contre vous les pécheurs de la terre. Sans elle vous seriez mietix servi ; sans elle, on vous reconnaîtrait tel que vous êtes. Que ne vous déclarezvous ? que ne prenez-vous votre cause en main ? que ne vous levez-vous dans l'ardeur de votre colère pour dompter ces âmes fières et indociles, en les réduisant au choix, ou d'une prochaine conversion, ou d'une inévitable damnation ?

Mais que dis-je, ô mon Dieu ! poursuivait ce saint docteur, pardonnez-moi si je m'ingère à examiner votre conduite, et si je parais vouloir prescrire des bornes à votre miséricorde, moi qui dois tout à cette miséricorde sans bornes, puisqu'il y a longtemps que je serais la victime des flammes éternelles, si elle ne m'avait pas attendu. Je parle en homme, Seigneur, et vous agissez en Dieu.

Selon mes pensées, il vous serait plus avantageux de perdre des rebelles ; mais, selon les vôtres, il

VOUS est plus glorieux de suspendre vos coups et d'arrêter votre justice. Ainsi ce Père expliquait-il à Dieu ses sentiments. Mais d'ailleurs, s'adressant au pécheur : Vous, mon frère, lui disait-il, n'êtes- vous pas bien coupable de vouloir moins faire pour un Dieu bon que pour un Dieu inflexible ? Car tel est votre procédé. Pour un Dieu inflexible, vous renonceriez dès maintenant à votre péché ; et pour un Dieu bon, vous vous contentez de former de vains projets, et d'y vouloir un jour renoncer. Pour un Dieu sans rémission, vous produiriez des fruits de pénitence, et pour un Dieu patient, vous ne donnez que des paroles. Or, je prétends, Chrétiens, que dans cette disposition, se répondre de Dieu et de sa grâce, c'est le dernier excès de l'aveuglement.

Enfin, j'ai dit que de compter ainsi sur la grâce, c'est vouloir que Dieu se rende fauteur et complice de nos désordres. Car il le serait évidemment, s'il supportait les pécheurs avec cette patience qui tient de l'insensibilité, et si, malgré leur rébellion, sa grâce leur était toujours promise. Et voilà sur quoi TertuUien se fondait pour appuyer ses sentiments erronés touchant la pénitence. J'avoue, Chrétiens, et je vous l'ai déjà fait remarquer dans un autre discours, que Tertullien sur cette matière porta trop loin son zèle ; mais ne craignons-nous point de tomber dans

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une autre erreur par les fausses et présomptueuses idées que nous nous formons de la bonté de Dieu, et par l'abus que nous en faisons pour nous entretenir dans le crime et pour fomenter notre iniquité ? Bien loin que nous puissions alors faire fond sur la grâce, je prétends, avec saint Ambroise, que notre présomption serait pour Dieu une espèce d'engagement à nous abandonner : pourquoi ? Afin de justifier sa providence et de mettre sa sainteté à couvert de tout reproche. Affreux engagement, qui intéresserait Dieu à notre éternelle réprobation ! Sur quoi donc enfin comptera le pécheur ? Sur sa volonté ? Faisons-lui voir que cette espérance n'est pas moins trompeuse que les autres, et concluons par cette troisième partie.

TROSIEME PARTIE

C'est un effet du péché. Chrétiens, et Dieu l'a ainsi permis, que l'homme en soit réduit à cet état de misère, de ne pouvoir pas même s'assurer de sa volonté propre. De toutes les choses du monde, c'est celle qui, naturellement, devrait plus être en son pouvoir, et néanmoins, de toutes les choses du monde, c'est celle dont il a plus lieu de se

défier. S'il fallait risquer le salut, disait saint Bernard, je croirais bien moins hasarder du côté de la grâce de Dieu, qui ne dépend pas de moi, que du côté de ma volonté, qui en dépend. Et voici la raison qu'il en apportait : Parce que le secours de Dieu, disait-il, vient d'un principe qui de soi est éternel et immuable, au lieu que ma volonté est l'inconstance et la fragilité même. Dieu veut parfaitement ce qu'il veut ; et moi souvent à peine sais-je bien ce que je veux et ce que je ne veux pas. Mais ne puis-je pas disposer de ma volonté ? Il est vrai, reprend saint Bernard, et c'est justement pour cela même que je dois craindre. Si Dieu m'avait ôté ce pouvoir, et qu'il se fût rendu absolument et uniquement m^tre de ma volonté, je serais en assurance ; mais il a voulu que cette volonté dépendît encore de moi, et qu'elle fût sujette à mes légèretés, à mes irrésolutions, à mes caprices, et voilà ce qui me fait trembler. Or, si saint Bernard parlait de la sorte, que doit penser un homme du monde qui ne veut pas actuellement se convertir, dans la vue qu'il se convertira un jour, et dans l'espérance de changer quand il voudra de sentiment et de conduite ? Voyez comment il raisonne, et comment il se contredit lui-même. Il se promet qu'il fera dans quelque temps effort pour sortir de son péché, et il avoue que dès maintenant il se sent trop faible

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pour y réussir. Il se flatte qu'après quelques armées, il aura assez d'empire sur son cœur pour le dégager de cette passion, et il reconnaît que cette passion le domine déjà tellement, qu'il lui est presque impossible de la vaincre. Contradiction évidente.. Quoi ! mon frère, lui répond saint Augustin, vous êtes dès à présent trop faible pour vous soutenir, et vous vous relèverez après que vous vous serez toujours affaibli davantage ? A mesure que vous avancez dans le chemin du vice, les forces de votre âme, je dis les forces même naturelles, diminuent, et l'expérience ne nous l'apprend que trop. Autrefois, vous résistiez, et cet heureux tempérament que Dieu vous avait donné, soutenu de la grâce, surmontait sans peine la violence du mal ; mais le mal, j'entends l'habitude du péché, a tellement prévalu, qu'elle ne trouve presque plus de résistance : vous succombez aisément, fréquemment, et pour excuser vos chutes continuelles, vous les attribuez à votre faiblesse. Que sera-ce donc quand vous aurez encore langui plus longtemps dans l'état de votre infirmité ? Dire que vous serez capable de vous relever, n'est-ce pas vous méconnaître et prendre plaisir à vous tromper vous-même ? D'autant plus, ajoute saint Grégoire pape, que ces pécheurs qui diffèrent leur conversion, la remettent enfin jusqu'à un temps où il leur est,

en quelque manière, impossible de changer sincèrement de volonté. Quel est-il ce temps ? la fin de la vie, et souvent le jour même de la mort. Car, dites-moi, mes chers Auditeurs, si nous pouvons prétendre avec raison, qu'à ces derniers moments nous agirons par les vues de Dieu ?

Toutefois ôtez ces vues de Dieu, toutes les volon^ tés et tous les désirs imaginables ne suffisent pas pour vous sauver. Or, je vous demande : Est-il aisé d'agir par de semblables motifs, quand on est réduit à la plus extrême et à la plus pressante nécessité, qui est celle de la mort ? Quitter le péché quand on ne le peut plus commettre ; renoncer aux occasions, quand on n'est plus maître de les rechercher ; mourir au monde, quand le monde est déjà mort pour nous, est-ce là cette pénitence surnaturelle, si puissante sur le cœur de Dieu, et qui le fléchit immanquablement ? Je ne dis point les obstacles infinis dont la volonté du pécheur est combattue, ses forces épuisées, ses sens assoupis, son esprit égaré, sa mémoire troublée, la douleur qui le saisit ; en sorte que l'âme, occupée tout entière du mal présent, est incapable de réfléchir sur le passé et de délibérer sur l'avenir. Mais je veux qu'elle ait toute l'attention et tout le discernement nécessaire, encore une fois, eat-il facile à un homme de devenir à la mort ce qu'il n'a jamais été pendant la vie ; de prendre des incli-

nations toutes nouvelles, de commencer à haïr ce qu'il a toujours aimé, de commencer à aimer ce qu'il a toujours haï ? Ne serait-ce pas un prodige ? Voilà néanmoins sur quoi l'espérance de tous les pécheurs est fondée. Ils sont convaincus que ce miracle se fera en eux ; ils se connaissent bien, disent-ils, et dès qu'ils le voudront ou qu'ils penseront à le vouloir, rien ne leur résistera ; quelque mondaine, quelque déréglée qu'ait été leur vie, ils se transformeront tout à coup en d'autres hommes. Jugez si vous devez les en croire, et s'il y a pour vous de la sûreté dans une pareille conduite.

Ah ! Chrétiens, attachons-nous plutôt au conseil que nous donne le grand Apôtre, et au commandement qu'il nous fait de ne pas recevoir en vain le don de Dieu qui nous est aujourd'hui présenté. Le temps est favorable, la grâce abondante, la disposition même de nos esprits et de nos cœurs avantageuse. Qu'attendons-nous, et que nous reste- t-il, sinon de profiter de ces heureuses conjonctures ? Le temps favorable : car c'est un temps de renouvellement pour tous les Chrétiens ; un temps qui réveille les plus assoupis, qui ranime les plus languissants et les plus froids ; un temps où les plus endurcis auraient honte de ne pas donner des marques de leur religion, où la piété publique triomphe du respect

humain, et où le libertinage confondu, devient scandaleux et odieux ; un temps où les âmes timides peuvent avec honneur se déclarer, et où tout le monde même ne s'étonne point des conversions qui paraissent dans le christianisme. Pour combien de pécheurs ce saint temps n'a-t-il pas été l'occasion d'une pénitence parfaite ? Pour combien d'âmes, qui semblaient désespérées, n'a-t-il pas été, si je puis parler de la sorte, un temps de crise où la foi (presque éteinte et à demi morte) ressuscite, revit, et opère les plus grandes merveilles. Mais, ô profondeur et abîme des conseils de Dieu ! temps de crise qui décide souvent ou de la vie ou de la mort, ou du salut ou de la damnation. Qui sait si cette pâque ne sera pas la dernière pour vous ; ou qui sait si Dieu voudra faire en votre faveur, à une autre pâque, les mêmes avances ? La grâce abondante : car l'Église nous ouvre tous ses trésors ; elle veut nous appHquer tous les mérites de Jésus-Christ ; elle nous appelle à son tribunal pour délier nos consciences ; elle inspire à ses ministres un zèle tout nouveau ; elle s'intéresse pour nous auprès de Dieu ; et Dieu, écoutant encore sa miséricorde, et ne dédaignant pas de nous prévenir, nous offre ses secours les plus puissants. La disposition de nos esprits et de nos cœurs plus avantageuse : j'ose dire qu'il n'y a point de pécheur si obstiné, qui, dans ces

jours de bénédiction, et spécialement sanctifiés par la piété des fidèles, ne fasse, malgré lui, certaines réflexions, et ne sente renaître au fond de son âme certdns remords, certains désirs qui le ramèneraient à Dieu, s'il voulait faire quelque effort pour les suivre.

Allons donc, mes chers Auditeurs, et ménageons des moments si précieux. Disons à Dieu, comme David : Dioci^ nunc cœpi ; C'est, Seigneur, un dessein formé, et dès aujourd'hui je me mettrai en devoir de l'exécuter. Disons-lui, comme saint Augustin : Sero te amavi ; Ah !

Seigneur, je commence bien tard à vous aimer, et que serait-ce si je différais encore ? Est-ce trop que de vous donner au moins quelques années qui me restent peut-être à vivre sur la terre, pour mériter de vivre éternellement avec vous dans la gloire, où nous conduisent, etc.

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