JÉSUS-CHRIST
La lumière véritable qui éclaire tout homme est venue au monde.
Mes Frères,
Chaque être reçoit en naissant une lumière naturelle pour se guider dans le rude sentier de la vie. Vous savez avec quel instinct admirable, car il vient de Dieu , la créature la plus chétive discerne la nourriture qui lui convient, se met à l'abri des intempéries qui l'anéantiraient, se prépare une retraite contre l'ennemi qu'elle redoute , pourvoit enfin aux besoins de ceux qui lui
4 JESUS-CBRIST.
succéderont dans l'existence de l'espèce. Une lumière semblable ne peut manquer à l'homme. Il dirige même à son gré les rayons de ce flambeau : au lieu de l'instinct il possède l'intelligence. Avant de former une entreprise, nous nous représentons les conséquences inévitables et les conséquences possibles de notre action ; nous pesons les avantages et les inconvénients qu'elle oflrira, et c'est en pleine connaissance de cause que nous nous décidons ensuite. Grâce à celte précieuse lumière, nous devenons les maîtres de la terre, assujettissant les éléments, et créant les forces prodigieuses de l'industrie. Cette même lumière , dans les rapports avec nos semblables , nous permet d'éviter les luttes inutiles et d'associer nos intérêts avec ceux du prochain. Et cette lumière enfln guide le savant dans ses patientes recherches , soit qu'il déchiffre les monuments hiéroglyphiques des peuples anciens, soit qu'il sonde les lois mystérieuses de la nature.
Cependant l'intelligence qui calcule et qui observe, reste, comme l'instinct aveugle, bornée aux choses finies. Elle ne nous dit rien sur notre destinée. 11 faut une autre lumière, un instinct spirituel pour nous arracher aux préoccupations de la matière, un sens supérieur pour nous faire percevoir les choses divines. Ce rayon céleste, sans lequel l'humanité ne
jéSVB-CHMST. 5
serait point faite à l'image de Dieu, c'est ta conscience. Elle nous amène à discerner le bien du ma] ; elle nous enseigne que les seules réalités véritables sont les réalités de l'âme ; elle nous commande d'y subordonner nos plaisirs et DOS intérêts ; elle nous fait tressaillir tour à tour d'admiration ou d'indignation en présence de la vertu ou du crime ; elle nous donne le dégoût du péché, l'éclairant d'une lueur sinistre qui en montre l'horreur; elle nous attire vers la sainteté dont elle manifeste la conformité avec toutes les aspirations de notre être ; elle nous aiguillonne , comme la faim aiguillonne le corps , car elle aussi elle est le cri de notre nature. En un mot, par la conscience nous sommes des êtres immortels , capables de connaître et d'aimer Dieu.
Ah ! si nous suivions toujours cet attrait céleste, quelque chose pourrait-il nous manquer? Dès ici-bas nous aurions la vie éternelle, avec sa sainteté , avec sa félicité. Dieu serait présent à toutes nos pensées, et aucune de nos actions n'aurait, en dernière analyse, d'autre mobile que l'amour du Père. Notre vie se déroulerait en un progrès paisible et continu, sans crise, sans orage....
Faut-il vous dire, mes Frères, qu'il n'en est point ainsi en général? La conscience, hélas !
personne n'en doute , est voilée , — non qu'elle ne brille constamment du même éclat, mais sa lumière ne parvient pas à percer les ténèbres de notre âme , et souvent nous en détournons volontairement les yeux. Il se reproduit ici ce qui se passe dans le domaine inférieur de la raison. Tout homme , â tout moment de son existence, est obligé de convenir des axiomes qui constituent les lois de la pensée , si bien que personne ne conteste que le tout ne soit plus grand que la partie , ni que la cause ne précède l'efTet. Et néanmoins, dans la pratique, ces lois incontestables sont fréquemment négligées et violées. De même, chacun reconnaît que la générosité est préférable à l'égoïsme , que la vérité passe avant le mensonge, que tous les biens de la terre doivent être sacrifiés, sans réserve, à la volonté de Dieu. Oui, ce sont là des axiomes ; nous ne pouvons pas plus les nier que nous ne pouvons nier que nous existons, et bon gré, mal gré , la conscience nous les déclare vrais,
( Mais sa voix est étouffée par les bruits de ce
I monde.
'~ Entre les passions qui nous permettent une
j jouissance immédiate, et la conscience, qui prêche le renoncement, nous n'hésitons guère. La conscience a trop d'austérité. Que n'entret-elle en accommodement avec nous ? Nous la
suivrions volontiers, toute rude qu'elle est, si au bout de quelque temps elle nous menait au but et qn'alors au moins nous pussions vivre sans préoccupation. Mais non ; à peine lui avons-nous obéi , qu'elle nous découvre quelque devoir nouveau. Toujours elle presse, toujours elle est mécontente, toujours elle commande. Point de trêve, point de repos ! Marclie ! nous crie-t-elle sans cesse, marche en avant et toujours en avant ! Comment aimer cette conscience revêche, ce don fatal du ciel qui nous empêche de goûter tranquillement aucun plaisir?
D'ailleurs, quand nous portons nos regards au dehors , y trouvons-nous un allié de la conscience pour la soutenir contre nos dégoûts intérieurs ? Peut-être, si nous respirions une atmosphère de sainteté, si autour de nous la vertu brillait d'une splendeur éclatante , il nous serait facile de comprimer nos passions et d'obéir au devoir. La lumière qui est en nous croîtrait en intensité se combinant avec la lumière hors de nous. Mais le monde est plongé dans le mal, et la société, loin de nous fortifier contre nos propres tentations, échauffe nos convoitises. Un assemblage d'hommes individuellement pécheurs et corrompus ne saurait exercer une influence sanctifiante. Il en est, au contraire , du
8 jESnfi-cHHiST.
mal comme de (outes choses : la masse le mel
en fermentation.
Non-seulement la conscience est trop faible pour lutter contre les passions; non-seulement elle rencontre une ennemie dans la société ; paisa nature même, la conscience nous semble manquer de vie. Nous avons beau faire, ce qu'elle nous enseigne nous le regardons comme très-vrai , mais en même temps nous le trouvons bien froid. Cela nous paraît de pures idées, de la philosophie. Quoi! Dieu, qui veut que nous soyons prêts à lui sacrifier tout bien et toute jouissance, Dieu resterait une simple abstraction ! Pour étancher notre soif ardente de bonheur, nous aurions une ombre, une ombre dont nous ne pouvons douter, je le sais, mais une ombre enGn! Tandis que la nature se laisse toucher du doigt, qu'elle se mire dans nos yeux, qu'elle nous enivre de ses parfums, tandis que le laboureur obtient des fruits visibles de son travail, tandis que l'avare peut seiTer son or entre les mains , nous ne trouverions en Dieu qu'un fantâme insaisissable! L'amitié nous semble incomplète ou plutôt refoulée sur ellemême lorsque nous ne pouvons presser l'ami sur notre cœur, et l'ami suprême, le souverain bien , serait à jamais pour nous un être de raison! Ah! quel découragement!
JÉSDS-CHBIST. 9
Je ne dis pas , mes Frères , que ce découragement soit fondé , pas plus que je ne prétends qu'il nous soit efTectivement impossible d'obéir à la conscience plutôt qu'aux passions. Non , je crois qu'à mesure que nous vivrions en Dieu , Dieu habiterait en nous, et que par son esprit il nous ferait sentir sa présence d'une manière irrécusable, palpable. Mais il est trop certain que cette présence de Dieu , nous ne U sentons guère en général. Tant que la conscience seule' nous parle de l'Éternel , nous risquons de n'avoir de lui qu'une notion métaphysique. Or, nous ne saurions vivre de métaphysique. II nous faut des réalités. On a remarqué plus d'une fois que les hommes qui , dans un généreux désintéressement, se sont voués au culte d'une idée, les érudits, les savants, les penseurs, les poètes, arrivent tôt ou tard â une\ crise dangereuse : l'idée se montre impuissante ' â les satisfaire. € Vanité des vanités, s'écrientils alors avec l'Ecclésiaste , et tout est vanité. J'avais résolu de chercher et d'approfondir par la science tout ce qui se meut sous le soleil ; \ mais c'est un labeur fâcheux, un rongement d'esprit. Ne vaut-il pas mieux manger mon pain avec joie et boire gaîment mon vin ? Et ne vautil pas mieux chercher les plaisirs qui donnent la vie?» Cette tentation assaille surtout l'élite in-
10 JÉStS-CBRIST.
tellectuelle de l'humanité ; mais chacun de nous, mes Frères, l'éprouve incessamment. Nous avons trop soif de la vie pour essayer de monter sur le sommet escarpé de la perfection quand il nous apparaît froid et nu.
Que faire? Les passions nous attirent vers la matière, et pourtant nous sentons une répugnance indestructible pour la grossièreté de ce monde. La conscience nous ouvre une vue sur 'les réalités spirituelles, qui certes sont les vraies réalités; mais elles sont trop lointaines, le rayon de lumière qu'elles nous envoient est trop faible, il parvient à nous dégoûter des choses unies , sans nous faire rechercher l'infini. Que faire? — L'homme n'y peut rien ; c'est de Dieu que doit partir le salut. « La lumière, dit notre texte, la véritable lumière qui éclaire tout homme, est venue au monde. » En d'aulres termes , les vérités que révèle la conscience se sont manifestées d'une manière visible, vivante, personnelle, en Jésus, notre Seigneur. L'âme cesse de se faire de Dieu une idée absliaite, elle le contemple en contemplant Chrisl.
Les discussions sur la personne du Seigneur sont anciennes et fréquentes dans l'ËgUse. Jamais sans doute un chrétien n'a douté que Jésus
j^ns-CHniET. M
ne fùl à la fois son maître et son frèie , l'image empreinte du Très-Haut et le type le plus vrai de l'humanité. Mais la théologie a voulu se rendre compte de ce double caractère, et dès le siècle qui suivit la mort des apôtres, diverses théories cherchèrent à expliquer ce qui peut-être est inexplicable. Malheureusement, à celte époque la chrétienté se trouvait sous l'influence de la philosophie grecque , philosophie de rhéteurs et de sophistes, philosophie païenne, étrangère au sérieux de l'Évangile. Au lieu d'envisager la ■ personne du Seigneur comme une personne vivante, qu'il fallait étudier dans son histoire, les Pères del'Ë^tisela considérèrent trop fréquemment comme un être métaphysique, et ils lui appliquèrent des formules creuses , vides de sens et pleines de subtilités. Ne les imitons pas. Ne nous laissons pas entraîner dans les discussions scolastiques lorsqu'il est question du Sauveur. Ce nom , que notre reconnaissance lui donne , nous rappelle que Jésus-Christ n'est point un objet de curiosité, et que, quand nous cherchons à le connaître, ce doit être exclusivement pour nous attacher à lui. En général , de nos jours où les questions théologiques descendent, ou plutôt montent, de l'École à l'Eglise ; de nos jours où les simples fidèles, ainsi que du temps de Luther, sont pris à chaque instant pour juges
12 JÉECS-CDRI8T.
dans des luttes dont jusqu'ici ils avaient ignoré l'existence, il importe de proclamer bien haut j. ce principe : c'est qu'il n'y a point de vérité re- ■1 ligieuse qui n'influe directement sur la vie de '/l'âme, et que, par conséquent, toute théorie dépourvue de cet élément pratique, toute théorie dont vous ne savez que faire dans votre cœur, ■ n'est point et ne saurait' être une vérité religieuse. C'est peut-être de la philosophie, ce n'est pas de la religion , ce n'est pas une partie de l'Évangile, ce n'est pas un objet de la foi ; car la foi, la foi religieuse (je ne dis pas : la " croyance, l'opinion), la foi vivifie. Quand donc vous entendez soutenir, par l'un, que Dieu gouverne le monde du haut d'un cie) situé au del des étoiles, et, par l'autre, que Dieu est répandu partout, remplissant également chaque atome de l'univers, — laissez discuter; ditesvous que Dieu est présent ici, autour de vous, et qu'en même temps c'est un Dieu vivant ; puis, pour le reste, renvoyez la question aux philosophes et aux astronomes. Ou bien, quand vous entendez dire que , selon ta doctrine de nos , pères, l'éternité des peines est absolue, ne laisî sant aucune possibilité de conversion , tandis ' que, d'après certains penseurs, toute peine infligée pai" Dieu, dans ce monde et dans l'autre, a pour but la correction et le salut du pécheur,
JÉSDS-CHIIIST, 1 3
qui ne saurait donc être réprouvé à jamais , — laissez discuter, et retenez deux choses : d'abord, que Dieu est amour, et puis, que vos intérêts les plus- chers exigent que vous vous convertissiez aujourd'hui et non demain. Ou bien encore, quand vous lisez que les théologiens attribuent l'origine du mal qui est en nous, tantôt à un esprit surnaturel , sombre représentant des puissances infernales , tantôt à une fatale conséquence de la chute de nos premiers parents dans le jardin d'Éden, tantôt à nous-mêmes et à notre propre liberté,— -laissez discuter, mais détestez le mal, reconnaissez -vous pécheurs, n'attendez rien de bon de votre cœur si vous vous séparez de Dieu. Ënfm, quand les discussions spéculatives sur la personnalité du Saint-Esprit retentissent jusqu'à vous , — laissez discuter, et rappelez-vous que l'important n'est pas de distinguer ou de confondre l'action de Dieu et le Saint-Esprit, l'esprit évangélique et la troisième personne de la Trinité ; la seule chose nécessaire, c'est d'avoir cet esprit, de nous placer sous son influence, de lui soumettre notre volonté, de nous laisser pénétrer par lui.
Il en est ainsi , il en est surtout ainsi de la personne de Jésus. Que faudrait-il penser de l'Evangile , si le pivot de noti'e foi en formait le point le moins religieux? La vraie doctrine
14 JÉSDS-CBRIBT.
sur la personne du Seigneur doit être édifiante dans toutes ses parties ; elle doit aboutir , non à de subtiles abstractions et à d'interminables controverses , mais à la piété et à ia vie pratique.
Cette vraie doctrine sur la personne du Christ, Saint-Jean la résume en une seule ligne : «La lumière qui éclaire tout homme est venue au monde ; » la même lumière qui brille comme une étincelle dans notre cœur, sans parvenir à en percer les ténèbres , éclate , dans Jésus- Cbrist, en une flamme pure et puissante qui sert désormais de phare à l'humanité pécheresse.
On se tromperait au plus haut point si l'on s'imaginait que Jésus est venu seulement commenter la conscience, l'expliquer dans des discours, la formuler dans son enseignement. Sans doute , il n'y eut , il n'y aura jamais de prédicateur ou de docteur comparable à Jésus , mais Jésus est plus qu'un docteur et qu'un prédicateur. La parole n'a pas assez de vigueur pour nous sauver. Ce mot admirable que je citais , il y a un instant : « Dieu est amour, » rapprochezle d'un acte d'amour tel que le sacrifice de Golgotha , et vous comprendrez combien un acte pèse plus qu'une parole , fût-ce la parole la plus sublime. En Christ nous n'avons pas seulement
une doctrine, mais des actes , et pas seulement des actes isolés , mais une personne qui , dans lout ce qu'elle dit, fait, pense, veut, est l'image complète du Dieu révélé par la conscience. Tandis que les saints, les apôtres, les martyrs gémissent de leur imperfection et du péché qui est en eux , Jésus , à qui l'incrédule sincère ne peut refuser au moins une grande supériorité morale, Jésus est le seul qui dise à la face de la terre : «Mon Père et moi nous sommes un. » Il réclame le privilège d'une perfection absolue, se faisant semblableà l'Éternel, cequiserait(comme le disaient les juifs) un blasphème inconciliable avec le moindre degré de vertu , si ce n'était la plus exacte des vérités. Le témoignage que Jésus se rend à lui-même est donc irrécusable. Il n'y a rien en lui qui ne soit conforme à l'image que nous nous faisons de Dieu , et tous les traits de cette image, tous, se reproduisent en lui dans une vivante perfection.
Ou bien la raison nous enseigne-t-elle quelque attribut de Dieu qui ne se manifesterait point en Christ? Oui, en effet. Elle nous dit que Dieu est infini, éternel, tout-puissant, sachant lout ; et je remarque que Jésus , loin de remplir l'univers, occupait surleglobe un espace comme chacun de nous ; je lis qu'il est né dans ie lemps, un certain jour, à Bethléhem; je le vois souf-
16 JÉStS-CUBIST.
fraiît de la faim , de la fatigue ; je l'aperçois / priant el versant des larmes ; je l'entends nous I déclarer qu'il ignore l'heure du jugement dernier. Il ne nous révèle donc pas Dieu sous tous les aspects , il n'est pas l'image de son Père sous le rapport de l'immensité, de l'éterDité, de la toute-puissance, de la toute-science. Mais, au fond , l'homme sait-il hien ce qu'il désigne paices mots? Il désigne l'ineffable, l'inexprimable. Le philosophe le plus profond ne se comprend pas lui-même quand il se sert de ces expressions. En disant que Dieu est infini , nous avouons simplement notre ignorance ; nous reconnaissons qu'il dépasse notre entendement, que nous ne pouvons le concevoir ni sous le rapport du temps ni sous le rapport de l'espace, ni comme puissance ni comme sagesse ; nous confessons que nos idées les plus sublimes sont infmiment au-dessous de ce qu'il doit èti'e. Et cette ignorance n'est pas accidentelle , elle résulte de la constitution même de notre esprit ; tant que nous resterons hommes, nous serons à l'égard de ces attributs de Dieu comme un aveugle-né à l'égard de la lumière et des couleurs. Si donc Dieu avait révélé par la bouche de Christ le mystère de ces attributs , la révélation eût été pour nous aussi mystérieuse, aussi incompréhensible, que les attributs eux-mêmes.
JËsts-caRiST. n
Et si Christ avait été doué de la toute-science, de la toute-puissance , il n'aurait pas été dans le \ monde, il n'aurait pas été homme, il n'aurait) pas été notre frère : nous perdions tout le profit de sa venue , ce profit consistant précisément à voir Dieu sous forme humaine.
Or, Dieu a pu , en effet , se montrer sous celte forme; car, si la divinité et l'humanité s'excluent sous les rapports dont nous parlions tout à l'heure , l'une étant infime et l'autre bornée dans le temps et dans l'espace , il n'en reste pas moins vrai , mes Frères , que nous sommes de l'ace divine. Nous sommes faits à l'image de Dieu, et nous avons une série de quaUtés, d'attributs , en commun avec le Créateur. Seulement il tes possède comme étant sa nature même, tandis que pour nous ils sont un idéal vers lequel nous devons tendre, ils constituent nos devoirs tels que la conscience nous les révèle. Dieu est vrai, et nous devons être vrais. Dieu est juste, et nous devons être justes. Dieu est amour , et nous devons être amour. Dieu est parfait, et nous devons être parfaits. Dieu est saint , et nous devons être saints. Ëh bien I Jésus est la pleine manifestation et du devoir et de Dieu. Il nous montre, par son exemple, ce que nous devrions être , et par là même il nous montre ce qu'est Dieu. Il est vrai, il est juste, il
48 jESDS-cimiST.
est amour, il est parfait, il est saint. Il est donc véritablement le fils de l'homme , c'est-à-dire l'homme, l'horame par excellence, l'homme-type, et il est par conséquent aussi véritablement le fils de Dieu , l'image empreinte de l'Éternel , car la plénitude de la sainteté divine habite en lui.
Ainsi , mes Frères , la voix de la conscience , à laquelle nous obéissons si peu, et ia voix de Christ, qui retentit si hautdepuis dix-huit siècles, c'est une seule et même voix, c'est la voix de Dieu. Dieu nous parle en nous, par le soupir de notre vraie nature , et il nous parle hors de nous, par la bouche de son Fils unique.
Demanderez-vous laquelle des deux voix vous devez écouter de préférence? — Quand nous sommes habitués à écouter l'une, l'autre se fait entendre sur-le-champ. Le chrétien peut-il consulter l'oracle intérieur sans qu'aussitôt l'image de son Maître bien-aimé lui apparaisse et vienne prononcer la réponse qu'il attendait de la conscience? Ou bien pouvez-vous lire les évangiles sans qu'une corde vibre en votre cœur pour confirmer les paroles et les actes de Christ ? Au cas que cette corde ne vibrât point , la parole du Seigneur resterait morte pour vous , vous ne
D,mi,.=db,Gooylc
jégDS-CBRIST. 19
sauriez la saisir ni l'accepter. Que serait, par exemple, le pardon qu'annonce Jésus pai- sa prédication et par sa mort, si votre conscience y refusait sa sanction? Le pardon serait à vos yeux une faiblesse de Dieu , une iniquité même ; vous ne pourriez y croire. Mais, en face du Calvaire, votre conscience parle distinctement et vous dit que le pardon est plus beau que la vengeance, que la miséricorde est supérieure à la justice, que l'amour surpasse toutes choses, et vous en concluez que le pardon est digne de Dieu, et vous acceptez avec une pleine confiance la bonne nouvelle de Christ. Dieu ne se contredit pas : dans le cœur altéré de justice il ne fait naître aucune soif que ne puisse apaiser Jésus, et il ne révèle rien en Jésus qui ne trouve un écho dans les profondeurs de l'esprit.
Mais quelle merveilleuse différence entre l'âme réduite à elle-même et l'âme soutenue par la vue du Seigneur! La puissance spirituelle de l'Évangile brille ici dans tout son éclat !
Vous vous plaigniez que votre conscience vous nourrissait d'ombres , d'abstractions. Christ maintenant est là, devant nous; toujours présent par le Livre sacré , il donne une forme aux vagues aspirations de notre cœur. Il nous offre en sa personne, si j'ose ainsi parler, un portrait authentique de Dieu. Vous avez cerlaine-
30 JÉSGS-CUIIST.
ment tous fait, dans la prière, une expérience pénible. Votre âme voulait s'élever vers l'Éternel, et il ne se laissait point trouver. Puisque vous lui parliez , vous le supposiez sous vos yeux , vous lui donniez involontairement des traits matériels, ceux d'un homme peut-être. Mais quelque chose protestait en vous contre cette image enfantine. « Ce n'est pas cela , o vousdisiez-vous, et votre âme cherchait à se représenter l'esprit pur auquel elle .savait qu'elle s'adressait. Envain ! Toujours l'image de Dieu conservait je ne sais quelle parcelle de matière opaque , de sorte ' que vous hésitiez douloureusement dans l'alternative ou de voir la personnaUté de Dieu s'évanouir en se spiritualisant , ou de vous prosterner devant une fausse image du Créateur. Avec Christ, cette gêne disparaît. Votre adoration est à la fois le culte en esprit et le cuUe en vérité. Quand vous priez < au nom de Jésus , » comme s'exprime l'Écriture sainte, vous adressez indifféremment votre prière au Père ou à Christ, Si c'est auPère, c'est en vous le représentant sous ies traits de son Fils, qui nous a révélé de lui tout ce que l'âme humaine peut contenir de Dieu. Si c'est à Christ , votre adoration ne s'adresse pas à ce qu'il y a de fini , de terrestre , de passager dans sa personne ; elle ne s'adresse pas à Christ « selon la chair ; » mais , à travers la forme
ilÉSTrS-CHniST. 31
humaine, vous voyez briller la splendeur de Dieu, et c'est cette splendeur que vous adorez. Vous adorez Dieu en Christ,
Votre conscience était naguère saisie de découragement. Tout dans le monde aboutissait pour vous à une tentation perpétuelle. Partout où vous portiez la vue , vous rencontriez la faiblesse et le vice. Vous finissiez par vous écrier : < Vertu , tu n'es qu'un nom ! » A présent que Christ est sous vos yeux, vous savez que le bien n'est pas une utopie. L'homme est capable de sainteté , car Jésus a été parfait comme le Père est parfait. Sans doute, si Jésus n'est pas homme, l entièrement homme , sa sainteté ne nous sert de i rien ; si elle est produite par sa nature , comme un fruit agréable croît nécessairement sur un arbre bon, il n'est pas notre frère, notre modèle, notre garant. Mais il a été tenté comme chacun de nous , — non pas seulement le jour où, débutant dans son œuvre de Messie, il eut à choisir entre un règne politique fondé sur le succès , et un règne spirituel qui devait aboutir à une mort ignominieuse; il fut aussi tenté le Jour où, montant sur la croix par obéissance à son Père et afin de prouver aux hommes son amour ineffable, il vit ses apôtres, ceux qu'il avait élus pour être les témoins de son dévouement, s'enfuir éperdus, le renier, annuler peut-
9t rfSTTS-CBRIST.
être son œuvre. Sa raison lui disait alors que toutes ses souffrances étaient inutiles , et la plus effroyable des tentations vint l'assaillir sous la forme d'un doute. Mais c'est à son Père qu'il se plaignit d'être abandonné du Père : e Mon Dieu, mon Dieu , pourquoi m'as-tu abandonné? » En doutant , il priait , il croyait donc , et la défaillance de sa nature fait voir d'autant mieux sa vertu. Si un homme a pu résister à une telle épreuve , il n'en est aucune dont, avec la grâce de Dieu, nous ne puissions sortir triomphants. L'énergie victorieuse de l'esprit est plus qu'une supposition de la foi, plus qu'une idée, c'est un fait historique.
Enfin, la conscience, réduite à elle seule, était un rude et fatigant pédagogue, dont les reproches incessants produisaient en vous une sorte de répugnance pour le bien. Christ, au contraire , en qui la loi morale s'est faite chair, en qui la lumière de la conscience est devenue une personne , Christ se fait aimer, et il fait aimer ainsi la loi morale , la conscience , Dieu surtout , qu'il nous enseigne à nommer notre Père. Quelle figure majestueuse et suave, auguste et tendre, que celle du Seigneur ! Dans son indignation ^ûlante, il chassera les ven- ^ deurs du temple ; mais il prend les petits dans ses bras. Il a châtié les pharisiens dans des dis-