‹ Sermons sur l'impureté, sur la conversion de Madeleine et sur le retardement de la pénitenceChapitre 8 sur 10 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

Maria ergo accepil libram ungiienti preiiosi, et unxit pedes Jesu, et extersit pedes ejus capillis suis.

Marie-Madeleine prit donc une livre d'un parfum qui était d'un grand prix, la répandit sur les pieds de Jésus, et les essuya de ses cheveux (^).

C'est pour la seconde fois que, durant le cours de ce carême, l'Évangile nous représente Marie-Madeleine prosternée en la présence de Jésus- Christ, répandant un parfum de très grand prix sur les pieds de ce divin Maître, les essuyant elle-même de ses cheveux, et renouvelant dans son cœur tous les sentiments de sa pénitence et de son amour. Modèle que je vous ai proposé, Chrétiens, selon les intentions de l'Église, pour vous engager à rentrer, comme cette sainte pénitente, dans le devoir, à sortir comme elle de votre péché, et à vous réconcilier avec Dieu par une sincère et une prompte conversion. Mais peut-être n'y a-t-il eu que trop de pécheurs que cet exemple a

touchés, et qu'il n'a pas néanmoins convertis ; qui se sont contentés de l'admirer sans le suivre, et qui, s'en tenant à de vains désirs, auraient souhaité d'être ce qu'était IMadeleine contrite et humiliée devant le Sauveur du monde, mais dans la pratique, ont toujours été et sont encore tout ce qu'ils étaient. Mille obstacles les arrêtent, mille engagements les tiennent liés ; ils gémissent dans leurs fers, et sans avoir la force de les rompre, ils les traînent avec eux, et demeurent dans le plus dur et le plus honteux esclavage. Or, il n'est plus question de délibérer, mes Frères, il faut agir : il faut, par une salutaire violence, vous tirer, ou plutôt vous arracher de cette triste servitude ; et je viens aujourd'hui vous dire ce que l'ange dit à saint Pierre dans la prison : Surgc vclociter ; Levez- vous et ne tardez pas. Je sais quelle illusion vous séduit, et par quels prétextes la passion vous trompe et vous joue. Pour calmer les remords intérieurs de votre âme, vous ne renoncez pas absolument à la pénitence, mais vous la différez ; vous ne dites pas : Je ne me convertirai jamaiij ; ce désespoir fait horreur ; mais vous dites : Je ne me convertirai pas encore si tôt ; et moi je veux vous faire voir les suites malheureuses de ce retardement, et l'aflreux danger où il vous expose. C'est ici, mon Dieu,. que j'ai besoin de votre grâce toutepuissante, et que je la demande par l'intercession

de Marie, l'asile et l'espérance des pécheurs. AvCj Maria.

Trois choses, disent les théologiens, sont d'une nécessité indispensable, ou, selon le terme de l'Ange de l'école, d'une nécessité de moyen pour se convertir à Dieu : le temps, la grâce et la volonté : le temps, comme une condition sans laquelle, hors Dieu, rien n'est possible ; la grâce, comme le principe d'où dépend essentiellement la conversion du pécheur, et la volonté du pécheur, comme le sujet même de cette conversion. Or, cela présupposé, voici d'abord en trois mots tout mon dessein, et ce que j 'entreprends d'établir. Je veux vous montrer combien la conduite d'un pécheur qui diffère sa conversion est téméraire : pourquoi ? Parce qu'en remettant, il s'assure de trois choses sur lesquelles il doit le moins compter, et dont il a plus lieu de se défier, savoir, du temps de la pénitence, de la grâce de la pénitence, et de la volonté de faire pénitence. Témérité, lorsqu'il se promet d'avoir un jour le temps de se convertir à Dieu, c'est la première partie. Témérité, lorsqu'il présume que la grâce ne lui manquera pas pour se convertir à Dieu, c'est la seconde. Témérité, lorsqu'il se répond de lui-même, en se flattant qu'il aura la volonté de se convertir à Dieu, c'est la troisième. Ces pensées sont communes ; mais pour être communes, elles n'en sont

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pas moins solides ni moins propres à faire impression sur vos cœurs.

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