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RUE DES PAROISSIENS, 3I

Tous droits réserves

Pi .

And in his hand a glass which shows us many more.

Shakspeake.

Et torpenti multa relinquitur miseria.

De hniiatione.

Serre chaude

O serre au milieu des forêts !

Et vos portes à jamais closes !

Et tout ce qu'il y a sous votre coupole !

Et sous mon âme en vos analogies !

Les pensées d'une princesse qui a faim^

L'ennui d'un matelot dans le désert^

Une musique de cuivre aux fenêtres des incurables.

Allez aux angles les plus tièdes!

On dirait une femme évanouie un jour de moisson;

Il y a des postillons dans la cour de l'hospice ;

Au loin^ passe un chasseur d'élans^ devenu infirmier.

Examinez au clair de lune !

(Oh rien n'y est à sa place !)

On dirait une folle devant les juges^

Un navire de guerre à pleines voiles sur un canal^

Des oiseaux de nuit sur des lys^

Un glas vers midi^

(Là-bas sous ces cloches !)

Une étape de malades dans la prairie,

Une odeur d'éther un jour de soleil.

Mon Dieu ! mon Dieu ! quand aurons-nous la pluie^ Et la neige et le vent dans la serre !

Oraison

Ayez pitié de mon absence Au seuil de mes intentions !

Mon âme est pâle d'impuissance Et de blanches inactions.

Mon âme aux œuvres délaissées^ Mon âme pâle de sanglots Regarde en vain ses mains lassées Trembler à fleur de l'inéclos.

Et tandis que mon cœur expire Les bulles des songes lilas, Mon âme^ aux frêles mains de cire^ Arrose un clair de lune las :

Un clair de lune où transparaissent Les lys jaunis des lendemains ; Un clair de lune où seules naissent Les ombres tristes de ses mains.

Serre d'ennui

O cet ennui bleu dans le cœur!

Avec la vision meilleure, Dans le clair de lune qui pleure^ De mes rêves bleus de langueur !

Cet ennui bleu comme la serre^ Où l'on voit closes à travers Les vitrages profonds et verts^ Couvertes de lune et de verre^

Les grandes végétations Dont l'oubli nocturne s'allonge, Immobilement comme un songe, Sur les roses des passions ;

Où de l'eau très lente s'élève^ En mêlant la lune et le ciel En un sanglot glauque éternel, Monotonement comme un rêve.

Tentations

O les glauques tentations Au milieu des ombres mentales^ Avec leurs flammes végétales Et leurs éjaculations

Obscures de tiges obscures.

Dans le clair de lune du mal, Eployant l'ombrage automnal De leurs luxurieux augures !

Elles ont tristement couvert^ Sous leurs muqueuses enlacées Et leurs fièvres réalisées, La lune de leur givre vert.

Et leur croissance sacrilège, Entr'ouvrant ses désirs secrets, Est morne comme les regrets Des malades sur de la neige.

Sous les ténèbres de leur deuil, Je vois s'emmêler les blessures Des glaives bleus de mes luxures Dans les chairs rouges de l'orgueil.

Seigneur, les rêves de la terre Mourront-ils enfin dans mon cœur Laissez votre gloire. Seigneur, Eclairer la mauvaise serre,

Et l'oubli vainement cherché !

Les feuilles mortes de leurs fièvres^ Les étoiles entre leurs lèvres, Et les entrailles du péché!

Cloches de verre

O cloches de verre !

Etranges plantes à jamais à l'abri !

Tandis que le vent agite mes sens au dehors !

Toute une vallée de l'âme à jamais immobile !

Et la tiédeur enclose vers midi !

Et les images entrevues à fleur du verre !

N'en soulevez jamais aucune !

On en a mis plusieurs sur d'anciens clairs de lune.

Examinez à travers leurs feuillages :

Il y a peut-être un vagabond sur le trône^

On a l'idée que des corsaires attendent sur l'étang^

Et que des êtres antédiluviens vont envahir les villes.

On en a placé sur d'anciennes neiges.

On en a placé sur de vieilles pluies.

(Ayez pitié de l'atmosphère enclose !) J'entends célébrer une fête un dimanche de famine, Il y a une ambulance au milieu de la moisson, Et toutes les filles du roi errent, un jour de diète, à travers les prairies !

Examinez surtout celles de l'horizon !

Elles couvrent avec soin de très anciens orages.

Oh ! Il doit y avoir quelque part une énorme flotte

sur un marais !

Et je crois que les cygnes ont couvé des corbeaux ! (On entrevoit à peine à travers les moiteurs)

Une vierge arrose d'eau chaude les fougères,

Une troupe de petites filles observe l'ermite en sa

cellule, Mes sœurs sont endormies au fond d'une grotte vénéneuse !

Attendez la lune et l'hiver,

Sur ces cloches éparses enfin sur la glace !

Offrande obscure

J'apporte mon mauvais ouvrage Analogue aux songes des morts^ Et la lune éclaire l'orage Sur la faune de mes remords :

Les serpents violets des rêves Qui s'enlacent dans mon sommeil; Mes désirs couronnés de glaives^ Des lions noyés au soleil^

Des lys au fond des eaux lointaines Et des mains closes sans retour^ Et les tiges rouges des haines Entre les deuils verts de l'amour.

Seigneur^ ayez pitié du verbe !

Laissez mes mornes oraisons Et la lune éparse dans l'herbe Faucher la nuit aux horizons !

Feuillage du cœur

Sous la cloche de cristal bleu De mes lasses mélancolies^ Mes vagues douleurs abolies S'immobilisent peu à peu :

Végétations de symboles^ Nénufars mornes des plaisirs^ Palmes lentes de mes désirs, Mousses froides, lianes molles.

Seul^ un lys érige d'entre eux^ Pâle et rigidement débile^ Son ascension immobile Sur les feuillages douloureux^

Et dans les lueurs qu'il épanche Comme une lune, peu à peu, Elève vers le cristal bleu Sa mystique prière blanche.

Ame chaude

O mes yeux que l'ombre élucide A travers mes désirs divers, Et mon cœur aux rêves ouverts, Et mes nuits dans mon âme humide

J'ai trempé dans mon esprit bleu Les roses des attentes mortes; Et mes cils ont fermé les portes Sur des vœux qui n'auront plus lieu.

Mes doigts aux pâles indolences Elèvent en vain, chaque soir^ Les cloches vertes de l'espoir Sur l'herbe mauve des absences.

Et mon âme impuissante a peur Des songes aigus de ma bouche^ Au milieu des lys que j'attouche; Eclipse aux moires de mon cœur!,

Ame

Mon âme!

O mon âme vraiment trop à l'abri !

Et ces troupeaux de mes désirs dans une serre!

Attendant une tempête sur les prairies !

Allons vers les plus malades !

Ils ont d'étranges exhalaisons.

Au milieu d'eux^ je traverse un champ de bataille avec ma mère.

On enterre un frère d'armes à midi^

Tandis que les sentinelles prennent leur repas.

Allons aussi vers les plus faibles :

Ils ont d'étranges sueurs ; Voici une fiancée malade, Une trahison le dimanche Et des petits enfants en prison.

(Et plus loin, à travers la vapeur,) Est-ce une mourante à la porte d'une cuisine ? Ou une sœur épluchant des légumes au pied du lit d'un incurable ?

Allons enfin vers les plus tristes :

(En dernier lieu, car ils ont des poisons.)

Oh! mes lèvres acceptent les baisers d'un blessé!

Toutes les châtelaines sont mortes de faim, cet été, dans les tours de mon âme !

Voici le petit jour qui entre dans la fête !

J'entrevois des brebis le long des quais^

Et il y a une voile aux fenêtres de l'hôpital.

Il y a un long chemin de mon cœur à mon àme ! Et toutes les sentinelles sont mortes à leur poste !

Il y eut un jour une pauvre petite fête dans les

faubourgs de mon âme !

On y fauchait la ciguë un dimanche matin ; Et toutes les vierges du couvent regardaient passer les

vaisseaux sur le canal^ un jour déjeune et de soleil. Tandis que les cygnes souffraient sous un pont vénéneux ; On émondait les arbres autour de la prison^ On apportait des remèdes une après-midi de Juin^ Et des repas de malades s'étendaient à tous les horizons !

Mon âme!

Et la tristesse de tout cela^ mon âme ! et la tristesse de tout cela!

Lassitude

Ils ne savent plus où se poser ces baisers^

Ces lèvres sur des yeux aveugles et glacés;

Désormais endormis en leur songe superbe^

Ils regardent rêveurs comme des chiens dans l'herbe^

La foule des brebis grises à l'horizon^

Brouter le clair de lune épars sur le gazon^

Aux caresses du ciel^ vague comme leur vie;

Indifférents et sans une flamme d'enviC;

Pour ces roses de joie écloses sous leurs pas ;

Et ce long calme vert qu'ils ne comprennent pas.

Chasses lasses

Mon âme est malade aujourd'hui^ Mon àme est malade d'absences^ Mon àme a le mal des silences, Et mes yeux l'éclairent d'ennui.

J'entrevois d'immobiles chasses^ Sous les fouets bleus des souvenirs^ Et les chiens secrets des désirs^ Passent le long des pistes lasses.

A travers de tièdes forêts^

Je vois les meutes de mes songes^

Et vers les cerfs blancs des mensonges^

Les jaunes flèches des regrets.

Mon Dieu^ mes désirs hors d'haleine, Les tièdes désirs de mes yeux, Ont voilé de souffles trop bleus I-.a lune dont mon âme est pleine.

Fauves las

O les passions en allées Et les rires et les sanglots !

Malades et les yeux mi-clos Parmi les feuilles effeuillées^

Les chiens jaunes de mes péchés^ Les hyènes louches de mes haines^ Et sur l'ennui pâle des plaines Les lions de l'amour couchés !

En l'impuissance de leur rêve Et languides sous la langueur De leur ciel morne et sans couleur^ Elles regarderont sans trêve

Les brebis des tentations S'éloigner lentes^ une à une^ En l'immobile clair de lune^ Mes immobiles passions.

Oraison

Mon àme a peur comme une femme^ Voyez ce que j'ai fait, Seigneur, De mes mains, les lys de mon àme, De mes yeux, les cieux de mon cœur

A3'ez pitié de mes misères !

J'ai perdu la palme et l'anneau ; Ayez pitié de mes prières.

Faibles fleurs dans un verre d'eau.

Ayez pitié du mal des lèvres^ Ayez pitié de mes regrets^ Semez des lys le long des fièvres Et des roses sur les marais.

Mon Dieu ! d'anciens vols de colombes Jaunissent le ciel de mes yeux^ Ayez pitié du lin des lombes Qui m'entoure de gestes bleus !

Heures ternes

Voici d'anciens désirs qui passent, Encor des songes de lassés, Encor des rêves qui se lassent; Voilà les jours d'espoir passés !

En qui faut-il fuir aujourd'hui!

Il n'y a plus d'étoile aucune :

Mais de la glace sur l'ennui

Et des linges bleus sous la lune.

Encor des sanglots pris au piège !

Voyez les malades sans feu^ Et les agneaux brouter la neige ; Ayez pitié de tout^ mon Dieu !

Moi^ j'attends un peu de réveil^ Moi, j'attends que le sommeil passe^ Moi^ j'attends un peu de soleil Sur mes mains que la lune glace.

Ennui

Les paons nonchalants^ les paons blancs ont fui^ Les paons blancs ont fui l'ennui du réveil ; Je vois les paons blancs^ les paons d'aujourd'hui^ Les paons en allés pendant mon sommeil, Les paons nonchalants, les paons d'aujourd'hui. Atteindre indolents l'étang sans soleil, J'entends les paons blancs, les paons de l'ennui, Attendre indolents les temps sans soleil.

Hôpital

Hôpital ! hôpital au bord du canal !

Hôpital au mois de Juillet!

On y fait du feu dans la salle !

Tandis que les transatlantiques sifflent sur le canal!

(Oh ! n'approchez pas des fenêtres !)

Des émigrants traversent un palais !

Je vois un yacht sous la tempête!

Je vois des troupeaux sur tous les navires!

(Il vaut mieux que les fenêtres restent closes^

On est presque à l'abri du dehors.)

On a l'idée d'une serre sur la nei|^e^

On croit célébrer des relevailles un jour d'orage^

On entrevoit des plantes éparses sur une couverture

de laine^ Il y a un incendie un jour de soleil^ Et je traverse une forêt pleine de blessés.

Oh ! voici enfin le clair de lune !

Un jet d'eau s'élève au milieu de la salle !

Une troupe de petites filles entr'ouvre la porte !

J'entrevois des agneaux dans une île de prairies !

Et de belles plantes sur un glacier !

Et des lys dans un vestibule de marbre !

Il y a un festin dans une forêt vierge !

Et une végétation orientale dans une grotte de glace !

Ecoutez ! on ouvre les écluses !

Et les transatlantiques agitent l'eau du canal !

Oh 1 mais la sœur de charité attisant le feu !

Tous les beaux roseaux verts des berges sont en flamme ! Un bateau de blessés ballotte au clair de lune! Toutes les filles du roi sont dans une barque sous

l'orage I Et les princesses vont mourir en un champ de ciguës !

Oh ! n'entrouvrez pas les fenêtres !

Ecoutez : les transatlantiques sifflent encore à l'horizon !

On empoisonne quelqu'un dans un jardin ! Ils célèbrent une grande fête chez les ennemis ! yr II y a des cerfs dans une ville assiégée ! Et une ménagerie au milieu des lys !

Il y a une végétation tropicale au fond d'une houillère ! Un troupeau de brebis traverse un pont de fer !

Et les agneaux de la prairie entrent tristement dans la salle !

Maintenant la sœur de charité allume les lampes, Elle apporte le repas des malades^ Elle a clos les fenêtres sur le canal^ Et toutes les portes au clair de lune.

Oraison nocturne

En mes oraisons endormies Sous de languides visions, J'entends jaillir les passions Et les luxures ennemies.

Je vois un clair de lune amer Sous l'ennui nocturne des rêves ; Et sur de vénéneuses grèves^ La joie errante de la chair.

J'entends s'élever dans mes moelles Des désirs aux horizons verts^ Et sous des cieux toujours couverts^ Je souffre une soif sans étoiles!

J'entends jaillir dans ma raison Les mauvaises tendresses noires ; Je vois des marais illusoires Sous une éclipse à l'horizon !

Et je meurs sous votre rancune !

Seigneur^ ayez pitié^ Seigneur, Ouvrez au malade en sueur L'herbe entrevue au clair de lune !

Il est tempS; Seigneur^ il est temps De faucher la ciguë inculte !

A travers mon espoir occulte Sa lune est verte de serpents !

SKRRES CHAUDES 51

Et le mal des songes afflue Avec ses péchés en mes yeux^ Et j'écoute des jets d'eau bleus Jaillir vers la lune absolue !

Désirs d'hiver

Je pleure les lèvres fanées Où les baisers ne sont pas nés^ Et les désirs abandonnés Sous les tristesses moissonnées.

Toujours la pluie à l'horizon !

Toujours la neige sur les grèves !

Tandis qu'au seuil clos de mes rêves^ Des loups couchés sur le gazon^

Observent en mon âme lasse^ Les yeux ternis dans le passé^ Tout le sang autrefois versé Des agneaux mourants sur la glace.

Seule la lune éclaire enfin De sa tristesse monotone^ Où gèle l'herbe de l'automne^ Mes désirs malades de faim.

Ronde d'ennui

Je chante les pâles ballades Des baisers perdus sans retour !

Sur l'herbe épaisse de l'amour Je vois des noces de malades.

J'entends des voix dans mon sommeil Si nonchalamment apparues !

Et des lys s'ouvrent en des rues Sans étoiles et sans soleil.

Et ces élans si lents encore Et ces désirs que je voulais^ Sont des pauvres dans un palais^ Et des cierges las dans l'aurore.

J'attends la lune dans mes yeux Ouverts au seuil des nuits sans trêves^ Afin qu'elle étanche mes rêves Avec ses linges lents et bleus.

Amen

11 est l'heure enfin de bénir Le sommeil éteint des esclaves^ Et j'attends ses mains à venir En roses blanches dans les caves.

J'attends enfin son souffle frais^

Sur mon cœur enfin clos aux fraudes;

Agneau-pascal dans les marais^

Et blessure au fond des eaux chaudes.

J'attends des nuits sans lendemains^ Et des faiblesses sans remède ; J'attends son ombre sur mes mains, Et son image dans Teau tiède.

J'attends vos nuits afin de voir Mes désirs se laver la face^ Et mes songes aux bains du soir^ Mourir en un palais de glace.

Cloche à plongeur

O plongeur à jamais sous sa cloche !

Toute une mer de verre éternellement chaude ! Toute une vie immobile aux lents pendules verts ! Et tant d'êtres étranges à travers les parois ! Et tout attouchement à jamais interdit î Lorsqu'il y a tant de vie en l'eau claire au dehors !

Attention ! l'ombre des grands voiliers passe sur les dahlias des forêts sous-marines ;

6o SERRES CHAUDES

Et je suis un moment à l'ombre des baleines qui s'en vont vers le pôle !

En ce moment^ les autres déchargent^ sans doute^ des vaisseaux pleins de neige dans le port !

Il y avait encore un glacier au milieu des prairies de Juillet!

Ils nagent à reculons en l'eau verte de l'anse !

Ils entrent à midi dans des grottes obscures !

Et les brises du large éventent les terrasses !

Attention ! voici les langues en flamme du Gulf-Stream !

Ecartez leurs baisers des parois de l'ennui !

On n'a plus mis de neige sur le front des fiévreux ;

Les malades ont allumé un feu de joie^

Et jettent à pleines mains les lys verts dans les flammes !

Appuyez votre front aux parois les moins chaudes, En attendant la lune au sommet de la cloche,

Et fermez bien vos yeux aux forêts de pendules bleus et d'albumines violettes^ en restant sourd aux suggestions de l'eau tiède.

Essuyez vos désirs affaiblis de sueurs ;

Allez d'abord à ceux qui vont s'évanouir :

Ils ont l'air de célébrer une fête nuptiale dans une cave ;

Ils ont l'air d'entrer à midi^ dans une avenue éclairée

de lampes au fond d'un souterrain ; Ils traversent; en cortège de fête^ un paysage semblable

à une enfance d'orphelin.

Allez ensuite à ceux qui vont mourir.

Ils arrivent comme des vierges qui ont fait une longue

promenade au soleil^ un jour de jeûne ; Ils sont pâles comme des malades qui écoutent pleuvoir

placidement sur les jardins de l'hôpital; Ils ont l'aspect de survivants qui déjeunent sur le champ

de bataille.

Ils sont pareils à des prisonniers qui n'ignorent pas que tous les geôliers se baignent dans le fleuve^

Et qui entendent faucher l'herbe dans le jardin de la prison.

Aquarium

Hélas! mes vœux n'amènent plus Mon âme aux rives des paupières^ Elle est descendue au reflux Des ses prières.

Elle est au fond de mes yeux clos, Et seule son haleine lasse Elève encore à fleur des eaux Ses lys de glace.

Ses lèvres au fond des douleurs^ Semblent closes à mille lieues^ Et je les vois chanter des fleurs A tiges bleues.

Ses doigts blanchissent mes regards^ En suivant la trace incolore De ses lys à jamais épars Et morts d'éclore.

Et je sais qu'elle doit mourir En joignant ses mains impuissantes, Et lasses enfin de cueillir Ces fleurs absentes.

Verre ardent

Je regarde d'anciennes heures^ Sous le verre ardent des regrets ; Et du fond bleu de leurs secrets Emergent des flores meilleures.

O ce verre sur mes désirs !

Mes désirs à travers mon âme !

Et l'herbe morte qu'elle enflamme En approchant des souvenirs !

Je l'élève sur mes pensées^ Et je vois éclore au milieu De la fuite du cristal bleu^ Les feuilles des douleurs passées.

Jusqu'à l'éloignement des soirs ' Morts si longtemps en ma mémoire^ Qu'ils troublent de leur lente moire L'âme verte d'autres espoirs.

Reflets

Sous Feau du songe qui s'élève^ Mon âme a peur^ mon àme a peur!

Et la lune luit dans mon cœur^ Plongé dans les sources du rêve.

Sous l'ennui morne des roseaux^ Seuls les reflets profonds des choses, Des lys, des palmes et des roses, Pleurent encore au fond des eaux.

Les fleurs s'effeuillent une à une Sur le reflet du firmament, Pour descendre éternellement Dans l'eau du songe et dans la lune.

Visions

Je vois passer tous mes baisers,

Toutes mes larmes dépensées;'

Je vois passer dans mes pensées

Tous mes baisers désabusés. (^fQil/U^iO^^^ /

C'est des fleurs sans couleur aucune^ Des jets d'eau bleus à l'horizon, De la lune sur le gazon, - \'^^^ Et des lys fanés dahs^'a lune.

Lasses et lourdes de sommeil, >

Je vois sous mes paupières closes^ Les corbeaux' au milieu des roses^ Et les malades au soleil,

Et lent sur mon âme indolente, ' ^'-^^^ / j

L'ennui de ces vagues amours ^ !

Luire immobile et pour toujours, ;

Comme une lune pâle et lente. i

Oraison

Vous savez^ Seigneur^ ma misère !

Voyez ce que je vous apporte !

Des fleurs mauvaises de la terre^ Et du soleil sur une morte.

Voyez aussi ma lassitude,

La lune éteinte et l'aube noire ;

Et fécondez ma solitude

En l'arrosant de votre gloire.

Ouvrez-moi^ Seigneur^ votre voie^ Eclairez-y mon âme lasse^ Car la tristesse de ma joie Semble de l'herbe sous la glace.

Regards

O ces regards pauvres et las !

Et les vôtres et les miens !

Et ceux qui ne sont plus et ceux qui vont venir !

Et ceux qui n'arriveront jamais et qui existent

cependant !

Il y en a qui semblent vi.-iter des pauvres un dimanche ; Il y en a comme des malades sans maison ; Il y en a comme des agneaux dans une prairie couverte

de linges. Et ces regards insolites !

Il y en a sous la voûte desquels on assiste à Texécution

d'une vierge dans une salle close^ Et ceux qui font songer à des tristesses ignorées ! A des paysans aux fenêtres de l'usine^ A un jardinier devenu tisserand^ A une après-midi d'été dans un musée de cires^ Aux idées d'une reine qui regarde un malade dans de

jardin^ A une odeur de camphre dans la forêt^ A enfermer une princesse dans une tour^ un jour de

fète^ A naviguer toute une semaine sur un canal tiède.

Ayez pitié de ceux qui sortent à petits pas comme des

convalescents dans la moisson !

Ayez pitié de ceux qui ont l'air d'enfants égarés à

l'heure du repas !

Ayez pitié des regards du blessé vers le chirurgien^ Pareils à des tentes sous l'orage !

Ayez pitié des regards de la vierge tentée !

(Oh ! des fleuves de lait vont fuir dans les ténèbres ! Et les cygnes sont morts au milieu des serpents!) Et de ceux de la vierge qui succombe ! Princesses abandonnées en des marécages sans issues ; Et ces yeux où s'éloignent à pleines voiles des navires

illuminés dans la tempête !

Et le pitoyable de tous ces regards qui souffrent de

n'être pas ailleurs !

Et tant de souffrances presque indistinctes et diverses

cependant !

Et ceux que nul ne comprendra jamais ! Et ces pauvres regards presque muets !

Et ces pauvres regards qui chuchotent ! Et ces pauvres regards étouffés !

Au milieu des uns on croit être dans un château qui

sert d'hôpital !

Et tant d'autres ont l'air de tentes^ lys des guerres^ sur

la petite pelouse du couvent !

Et tant d'autres ont l'air de blessés soignés dans une

serre chaude !

Et tant d'autres ont l'air de sœurs de charité sur une

Atlantique sans malades !

Oh ! avoir vu tous ces regards !

Avoir admis tous ces regards !

Et avoir épuisé les miens à leur rencontre !

Et désormais ne pouvoir plus fermer les yeux !

Attente

Mon âme a joint ses mains étranges A l'horizon de mes regards ; Exaucez mes rêves épars Entre les lèvres de vos anges !

En attendant sous mes yeux las^ Et sa bouche ouverte aux prières Eteintes entre mes paupières Et dont les lys n'éclosent pas ;

Elle apaise au fond de mes songes^ Ses seins effeuillés sous mes cils Et ses yeux clignent aux périls Eveillés au fil des mensonges.

Après midi

Mes yeux ont pris mon âme au piège^ -Nîon Dieu, laissez tomber, mon Dieu, Un peu de feuilles sur la neige^ Un peu de neige sur le feu.

J'ai du soleil sur l'oreiller^

Toujours les mêmes heures sonnent;

Et mes regards vont s'effeuiller

Sur des mourantes qui moissonnent...

8o SERRES CHAUDES

Mes mains cueillent de l'herbe sèche^ Et mes yeux ternis de sommeil^ Sont des malades sans eau fraîche^ Et des fleurs de cave au soleil.

J'attends de l'eau sur le gazon Et sur mes songes immobiles^ Et mes regards à l'horizon Suivent des agneaux dans les villes.

Ame de serre

Je vois des songes dans mes yeux ; Et mon âme enclose sous verre, Eclairant sa mobile serrC; Affleure les vitrages bleus.

O les serres de l'âme tiède, Les lys contre les verres clos, Les roseaux éclos sous leurs eaux.

Et tous mes désirs sans remède !

Je voudrais atteindre^ à travers L'oubli de mes pupilles closes, Les ombelles autrefois roses De tous mes sonores entr'ouverts...

J'attends pour voir leurs feuilles mortes Reverdir un peu dans mes yeux ; J'attends que la lune aux doigts bleus Entr'ouvre en silence les portes.

Intentions

Ayez pitié des yeux moroses Où l'âme entr'ouvre ses espoirs^ Ayez pitié des inécloses Et de Tattente au bord des soirs !

Emois des eaux spirituelles !

Et lys mobiles sous leurs flots Au fil de moires éternelles ; Et ces vertus sous mes yeux clos !

Mon Dieu^ mon Dieu^ des fleurs étranges Montent aux cols des nénuphars; Et les vagues mains de vos anges Agitent l'eau de mes regards.

Et leurs fleurs s'éveillent aux signes Epars au milieu des flots bleus ; Et mon âme ouvre au vol des cygnes Les blanches ailes de mes yeux.

Attouchements

Attouchements !

L'obscurité s'étend entre vos doigts !

Musiques de cuivres sous l'orage !

Musiques d'orgues au soleil !

Tous les troupeaux de l'âme au fond d'une nuit

d'éclipsé !

Tout le sel de la mer en herbe des prairies ! Et ces bolides bleus à tous les horizons ! (Ayez pitié de ce pouvoir de l'homme !)

Mais ces attouchements plus mornes et plus las ! O ces attouchements de vos pauvres mains moites ! J'écoute vos doigts purs passer entre mes doigts^ Et des troupeaux d'agneaux s'éloignent au clair de lune le long d'un fleuve tiède.

Je me souviens de toutes les mains qui ont touché mes

mains.

Et je revois ce qu'il y avait à l'abri de ces mains^ Et je vois aujourd'hui ce que j'étais à l'abri de ces

mains tièdes.

Je devenais souvent le pauvre qui mange du pain au

pied du trône.

J'étais parfois le plongeur qui ne peut plus s'évader de

l'eau chaude!

J'étais parfois tout un peuple qui ne pouvait plus sortir

des faubourgs !

Et ces mains semblables à un couvent sans jardin!

Et celles qui m'enfermaient comme une troupe de malades dans une serre un jour de pluie !

Jusqu'à ce que d'autres plus fraîches vinssent entr'ouvrir les portes^

Et répandre un peu d'eau .^ur le seuil !

Oh ! j'ai connu d'étranges attouchements !

Et voici qu'ils m'entourent à jamais !

On y faisait l'aumône un jour de soleil^

On y faisait la moisson au fond d'un souterrain,

Il y avait une musique de saltimbanques autour de la

prison^ Il y avait des figures de cire dans une forêt d'été^ Ailleurs la lune avait fauché toute l'oasis^ Et parfois je trouvais une vierge en sueur au fond d'une

grotte de glace.

Ayez pitié des mains étranges !

Ces mains contiennent les secrets de tous les rois !

Ayez pitié des mains trop pâles !

Elles semblent sortir des caves de la lune^

Elles se sont usées à filer le fuseau des jets d'eau !

Ayez pitié des mains trop blanches et trop moites! Il me semble que les princesses sont allées se coucher vers midi tout Tété !

Eloignez-vous des mains trop dures !

Elles semblent sortir des rochers !

Mais ayez pitié des mains froides !

Je vois un cœur saigner sous des côtes de glace ! Ayez pitié des mains mauvaises !

Elles ont empoisonné les fontaines !

Elles ont mis les jeunes cygnes dans un nid de ciguë ! J'ai vu les mauvais anges ouvrir les portes à midi ! Il n'y a que des fous sur un fleuve vénéneux ! Il n'y a plus que des brebis noires en des pâturages sans étoiles !

Et les agneaux s'en vont brouter l'obscurité !

Mais ces mains fraîches et loyales !

Elles viennent offrir des fruits mûrs aux mourants !

Elles apportent de l'eau claire et froide en leurs

paumes !

Elles arrosent de lait les champs de bataille ! Elles semblent sortir d'admirables forêts éternellement

vierges !

Ame de nuit

iMon âme en est triste à la fin ; Elle est triste enfin d'être lasse, Elle est lasse enfin d'être en vain, Elle est triste et lasse à la fin Et j'attends vos mains sur ma face.

J'attends vos doigts purs sur ma face, Pareils à des anges de glace, J'attends qu'ils m'apportent l'anneau ;

J'attends leur fraîcheur sur ma face^ Comme un trésor au fond de l'eau.

Et j'attends enfin leurs remèdes.

Pour ne pas mourir au soleil^ Mourir sans espoir au soleil !

J'attends qu'ils lavent mes yeux tièdes Où tant de pauvres ont sommeil !

Où tant de cygnes sur la mer^ Des cygnes errants sur la mer^ Tendent en vain leur col morose, Où^ le long des jardins d'hiver^ Des malades cueillent des roses.

J'attends vos doigts purs sur ma face, Pareils à des anges de glace, J'attends qu'ils mouillent mes regards, L'herbe morte de mes regards, Où tant d'agneaux las sont épars !

Quinze chansons

Elle l'enchaîna dans une grotte^ Elle fit un signe sur la porte ; La vierge oublia la lumière Et la clef tomba dans la mer.

Elle attendit les jours d'été :

Elle attendit plus de sept ans^ Tous les ans passait un passant.

Elle attendit les jours d'hiver; Et ses cheveux en attendant Se rappelèrent la lumière.

Ils la cherchèrent^ ils la trouvèrent^ Ils se glissèrent entre les pierres Et éclairèrent les rochers.

Un soir un passant passe encore^ Il ne comprend pas la clarté Et n'ose pas en approcher.

Il croit que c'est un signe étrange, Il croit que c'est une source d'or, Il croit que c'est un jeu des anges, Il se détourne et passe encore...

Et s'il revenait un jour Que faut-il lui dire ?

— Dites-lui qu'on l'attendit Jusqu'à s'en mourir...

Et s'il m'interroge encore Sans me reconnaître ?

— Parlez-lui comme une sœur^ Il souffre peut-être...

Et s'il demande où vous êtes Que faut-il répondre ?

— Donnez-lui mon anneau d'or

Sans rien lui répondre...

Et s'il veut savoir pourquoi La salle est déserte ?

— Montrez-lui la lampe éteinte

Et la porte ouverte...

Et s'il m'interroge alors Sur la dernière heure ?

— Dites-lui que j'ai souri De peur qu'il ne pleure.

Ils ont tué trois petites filles

Pour voir ce qu'il y a dans leur cœur.

Le premier était plein de bonheur Et partout où coula son sang^ Trois serpents sifflèrent trois ans.

Le deuxième était plein de douceur^ Et partout où coula son sang^ Trois agneaux broutèrent trois ans.

Le troisième était plein de malheur^ Et partout où coula son sang, Trois archanges veillèrent trois ans.

Les filles aux yeux bandés,

(Otez les bandeaux d'or) Les filles aux yeux bandés Cherchent leurs destinées...

Ont ouvert à midi^

(Gardez les bandeaux d'or) Ont ouvert à midi, Le palais des prairies...

Ont salué la vie^

(Serrez les bandeaux d'or) Ont salué la vie^ Et ne sont point sorties...

Les trois sœurs aveugles

(Espérons encore) Les trois sœurs aveugles Ont leurs lampes d'or.

Montent à la tour^

(Elles^ vous et nous) Montent à la tour^ Attendent sept jours...

Ah ! dit la première^ (Espérons encore) Ah ! dit la première^ J'entends nos lumières.

Ah ! dit la seconde^

(Elles^ vous et nous) Ah ! dit la seconde^ C'est le roi qui monte..

Non^ dit la plus sainte,

(Espérons encore) Non, dit la plus sainte, Elles se sont éteintes...

On est venu dire^

(Mon enfant^ j'ai peur) On est venu dire

Qu'il allait partir...

Ma lampe allumée^ (Mon enfant; j'ai peur)

Ma lampe allumée^ Me suis approchée...

A la première porte^ (Mon enfant^ j'ai peur)

A la première porte^ La flamme a tremblé...

A la seconde porte^ (Mon enfant^ j'ai peur)

A la seconde porte^ La flamme a parlé...

A la troisième porte, (Mon enfant^ j'ai peur)

A la troisième porte^ La lumière est morte...

Les sept filles d'Orlamonde^ Quand la fée fut morte^

Les sept filles d'Orlamonde, Cherchèrent les portes.

Ont allumé leur sept lampes^ Ont ouvert les tours^

Ont ouvert quatre cents salles^ Sans trouver le jour...

Arrivent aux grottes sonores^ Descendent alors ;

Et sur une porte close^

Trouvent une clef d'or.

Voient l'océan par les fentes^ Ont peur de mourir^

Et frappent à la porte close^ Sans oser l'ouvrir...

Elle avait trois couronnes d'or^ A qui les donna-t-elle ?

Elle en donne une à ses parents :

Ont acheté trois roseaux d'or

Et l'ont gardée jusqu'au printemps.

Elle en donne une à ses amants :

Ont acheté trois rets d'argent Et l'on gardée jusqu'à l'automne.

Elle en donne une à ses enfants :

Ont acheté trois nœuds de fer^ Et l'ont enchaînée tout l'hiver.

Elle est venue vers le palais — Le soleil se levait à peine — Elle est venue vers le palais Les chevaliers se regardaient Toutes les femmes se taisaient.

Elle s'arrêta devant la porte — Le soleil se levait à peine - Elle s'arrêta devant la porte On entendit marcher la reine Et son époux l'interrogeait.

Où allez-vous^ où allez-vous ?

— Prenez garde^ on y voit à peine — Où allez-vous^ où allez-vous ?

Quelqu'un vous attend-il là-bas ?

Mais elle ne répondait pas.

Elle descendit vers l'inconnue — Prenez garde^ on y voit à peine Elle descendit vers l'inconnue L'inconnue embrassa la reine Elles ne se dirent pas un mot Et s'éloignèrent aussitôt.

Son époux pleurait sur le seuil — Prenez garde^ on y voit à peine — Son époux pleurait sur le seuil On entendait marcher la reine On entendait tomber les feuilles.

Quand l'amant sortit (J'entendis la porte) Quand l'amant sortit Elle avait souri...

Mais quand il rentra (J'entendis la lampe) Mais quand il rentra Une autre était là...

Et j'ai vu la mort (J'entendis son âme) Et j'ai vu la mort Qui l'attend encore..

Ma mère, n'entendez-vous rien ?

Ma mère, on vient avertir...

Ma fille, donnez-moi vos mains.

Ma fille, c'est un grand navire...

Ma mère, il faut prendre garde...

Ma fille, ce sont ceux qui partent...

Ma mère, est-ce un grand danger ?

MafiUe, il va s'éloigner...

Il6 QUINZE CHANSONS

Ma mère^ Elle approche encore...

Ma fille^ il est dans le port.

Ma mère^ Elle ouvre la porte...

Ma fille^ ce sont ceux qui sortent.

Ma mère^ c'est quelqu'un qui entre.., Ma fille, il a levé l'ancre.

Ma mère, Elle parle à voix basse...

Ma fille, ce sont ceux qui passent.

Ma mère, Elle prend les étoiles!...

Ma fille, c'est l'ombre des voiles. ^ Ma mère. Elle frappe aux fenêtres...

Ma fille, elles s'ouvrent peut-être...

Ma mère^ on n'y voit plus clair...

Ma fille, il va vers la mer.

Ma mère, je l'entends partout...

Ma fille, de qui parlez-vous ?

Vous avez allumé les lampes^

— Oh ! le soleil dans le jardin !

Vous avez allumé les lampes^ Je vois le soleil par les fentes, Ouvrez les portes du jardin !

— Les clefs des portes sont perdues, Il faut attendre, il faut attendre.

Les clefs sont tombées de la tour,

Il faut attendre, il faut attendre, Il faut attendre d'autres jours...

Il8 QUINZE CHANSONS

D'autres jours ouvriront les portes^ La forêt garde les verrous^ La forêt brûle autour de nous, C'est la clarté des feuilles mortes.

Qui brûlent sur le seuil des portes..

— Les autres jours sont déjà las, Les autres jours ont peur aussi, Les autres jours ne viendront pas, Les autres jours mourront aussi.

Nous aussi nous mourrons ici...

J'ai cherché trente ans, mes sœurs^

Où s'est-il caché !

J'ai marché trente ans, mes sœurs,

Sans m'en rapprocher...

J'ai marché trente ans, mes sœurs, Et mes pieds sont las.

Il était partout, mes sœurs, El n'existe pas...

L'heure est triste enfin^ mes sœurs^

Otez mes sandales^ Le soir meurt aussi^ mes sœurs^

Et mon âme a mal...

Vous avez seize ans^ mes sœurs^

Allez loin d'ici^ Prenez mon bourdon^ mes sœurs^

Et cherchez aussi...

Les trois sœurs ont voulu mourir Elles ont mis leurs couronnes d'or Et sont allées chercher leur mort.

S'en sont allées vers la forêt :

« Forêt, donnez-nous notre mort.

Voici nos trois couronnes d'or. »

La forêt se mit à sourire Et leur donna douze baisers Qui leur montrèrent l'avenir.

Les trois sœurs ont voulu mourir S'en sont allées chercher la mer Trois ans après la rencontrèrent.

« O mer donnez-nous notre mort Voici nos trois couronnes d'or. »

Et la mer se mit à pleurer

Et leur donna trois cents baisers

Qui leur montrèrent le passé.

Les trois sœurs ont voulu mourir S'en sont allées chercher la ville La trouvèrent au milieu d'une île.

« O ville donnez-nous notre mort Voici nos trois couronnes d'or. »

Et la ville s'ouvrant à l'instant Les couvrit de baisers ardents Qui leur montrèrent le présent.

Cantique de la Vierge dans « Sœur Béatrice

A toute âme qui pleure^ A tout péché qui passe^ J'ouvre au sein des étoiles Mes mains pleines de grâces.

Il n'est péché qui vive Quand l'amour a parlé ; Il n'est âme qui meure Quand l'amour a pleuré...

Et si l'amour s'égare Aux sentiers d'ici-bas^ Ses larmes me retrouvent Et ne s'égarent pas...

Table

Serre chaude 9

Oraison il

Serre d'ennui 13

Tentations 15

Cloches de verre 19

Offrande obscure 23

Feuillage du cœur 25

Ame chaude 27

Ame 31

Lassitude 33

Chasses lasses 35

Fauve las 37

Oraison 39

Heures ternes 41

Ennui 43

Hôpital 45

Oraison nocturne 49

Désirs d'hiver 53

Ronde d'ennui 55

Amen 57

Cloche à plongeur 59

Aquarium 63

Verre ardent 65 ,

Reflets 67 1

Visions 69 1

Oraison 71;

Regards 73)

Attente 77'

Après-midi 79 j

Ame de serre 81 1

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