PRIEURE DE MAX3TOKE, DANS LE WARWICKSHIRE
Ces formes circulaires se retrouvent aussi fidèlement exprimées dans les figures des manuscrits, témoin la miniature du manuscrit Cottonien (Néro C.IV.,) reproduite dans la ''Bomestic ArcJtitecture'' Or cette peinture a une grande importance pour nous fixer sur la valeur, comme caractère d'époque, de ces pièces courbes se détachant du collet du gond. En effet, le manuscrit où se trouve cette représentation est regardé comme étant de Tan 1125 ou environ, c'est-à-dire comme du premier au second quart du XIP. siècle.
Nous croyons donc que Ton peut regarder comme très anciennes les pentures dont les branches circulaires se recourbent en dedans, du côté
de la barre centrale de la ferrure, et où le dos de cette espèce de C de fer à cheval se trouve du coté du gond.
ou
CUDDEBDON, OXFOKDSHIRE
Cependant on aurait tort d'attribuer à la période romane toutes les pentures dont les branches affectent cette forme curvihgne. Cette espèce de croissant est restée en faveur longtemps, et s'est soutenue pendant le XIIP. siècle concurremment avec les enroulements plus riches. La porte de Merton Collège à Oxford, qui date de l'approche du XI V^ siècle et que Pon trouvera planche XL présente encore des tiges en forme de C comme les ferrures des XL. et XIL. siècles. Il est vrai que ces sortes de grands fers à cheval se combinent avec des feuillages riches et délicats.
En France, on retrouve des cercles tout à fait analogues sur les pentures attribuées aux XL. et XIL. siècles, ainsi qu'on peut le voir en examinant les portes du Puy, de Levroux et d'Angers, figurées sur nos planches VI, VIII, et XV. A Sainte- Croix de Bordeaux, il y a des pentures qui affectent aussi cette forme : ( )
On conserve au musée de la cathédrale de Bayeux une ferrure fort simple, provenant de la porte d'Arthenay : elle est en forme de fer à cheval : —
Nous mettons ici sous les yeux du lecteur un vantail de porte de l'abbaye de Pontigny, dans le diocèse d'Auxerre, publié par M. de
Musée de Bayeu
siècle^
Il est vrai
que
Caumont comme un monument du XIP M. Lassus les regarde comme du XIIP/
Ces ferrures si gracieuses de l'abbaye de Pontigny nous amènent à placer ici une remarque : c'est qu'une certaine sorte de physionomie commune, une certaine analogie de style remarquée dans les édifices d'une même région, et qui constituent ce que M. de Caumont a appelé gêograjjhie monumentale, se retrouvent dans les ouvrages de serrurerie aussi bien que dans les monuments de pierre. Le goût s'est modifié non-seulement suivant les siècles et les époques, mais encore de contrée à contrée, comme les costumes, comme le langage, pontigny comme la législation. Ainsi les ferrures que l'on remarque dans les vieux édifices du bord du Rhin ont un faciès difî'érent de celles de l'ouest de la France ; l'Auvergne ofire aussi des objets de serrurerie d'un caractère à part, et pour revenir aux ferrures de Pontigny, celles des églises de Montréal et de Chablis, voisines de Pontigny, présentent avec les ferrures de cette abbaye une analogie si forte dans leur style,
IRhURES DE LA PORTE DE MOKTEKAI,.
qu'on peut même émettre l'hypothèse qu'un même architecte en traça le dessin'^.
i» Congrès archéologique de France, XV1I'=. session, tenue à Auxerre en 1850, p. 85. Cette charmante porte bardée a été aussi figurée par M. Victor Petit dans les planches de l'Histoire de l'abbaye de Pontigny, de M. le Baron Chaillou des Barres, in-4".
" Annales archéologiques, t. \". p. 122.
■^ Les ferrures de la porte de l'église de Chablis ont été récemment l'objet d'un beau dessin de M. Emile Amé, dans le tome XV des Annales archéologiques de Didron. Les ferrures de Montréal ont été figurées par M. Lassus dans le tome IV du même recueil.
La porte de l'église de l'abbaye de St.-Jean-des-Choux, près de Saverne (Bas-Rhiii), dessinée par M. Huguelin, architecte, et publiée par M. César Daly^ justifie ce que nous venons de dire des influences locales sur le caractère particulier de l'ornementation. Les magnifiques enroulements en fer qui la décorent et que l'on attribue à la première moitié du XIP. siècle, présentent un dessin d'un goût à part et d'un style tout à fait difi'érent de ce que l'on voit dans les autres contrées de la France.
Dans les Pyrénées, quelques anciennes portes d'églises sont aussi revêtues de ferrures d'une physionomie particulière, témoin la serrurerie de la porte de l'égUse de Cadiac, dans la vallée d'Aure, figurée dans le tome XIII des Annales archéolopques, et que M. Alfred Darcel regarde comme étant du XIP. siècle.
La seconde figure de cette planche représente une ferrure d'un genre assez bizarre et probablement du commencement du XIIP. siècle, au prieuré de Bisham, dans le Berkshire.
^ Revue générale de V Architecture, t. XIL 1854.
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