AVANT-PROPOS
La Sérothérapie est une méthode qui consiste à employer le sérum d'un animal immunisé contre une maladie infectieuse, pour rendre un autre animal réfractaire à cette maladie.
Entrevue par Maurice Raynaud (1877), nettement établie par Richet et Héricourt (1888), la Sérothérapie n’a réellement pris d'importance qu’à la suite des expériences de Behring et Kitasato (1890) sur les propriétés préventives et antitoxiques, du sérum des animaux vaccinés contre le tétanos et la diphtérie.
La découverte de Behring et Kitasato eut pour résultat de susciter de toute part un nombre considérable de tentatives qui, bien souvent, on peut le dire, font plus honneur à la bonne volonté et à l'imagination de leurs auteurs qu’à leur esprit scientifique.
C’est qu’en effet la microbiologie, après avoir été tenue à l'écart par certains esprits prévenus, voit le nombre de ses adeptes grossir de jour en jour, et si la plupart abordent la science nouvelle avec une ardeur de néophytes des plus louables, bien peu apportent dans leurs travaux cette pru-
dence et cette réserve si nécessaires à l’accomplissement - d'œuvres durables.
« Croire que l’on a trouvé un fait scientifique important,
« à dit Pasteur, avoir la fièvre de l’annoncer, et se con-
«traindre des journées, des semaines, parfois des années à
Ld
Il AVANT-PROPOS
« se combattre soi-même, à s’efforcer de ruiner ses propres « expériences et ne proclamer sa découverte que lorsqu'on à « épuisé toutes les hypothèses contraires, oui, c'est une « tâche ardue ! »
Tellement ardue qu’un bien petit nombre de mémoires présentent les garanties réclamées par le maître.
De là, ces communications hâtives, ces expériences annoncées avec fracas et qui ne tardent pas à sombrer dans l'oubli ; de ià l'encombrement de la presse scientifique par une foule de non-valeurs parmi lesqueiles il n’est pas toujours facile de distinguer le bon grain de l'ivraie.
C'est cependant au milieu de cet amoncellement de mémoires si divers qu’il me faudra faire un cnoix et un choix sévère pour tracer l’histoire des Sérums thérapeutiques.
Ma tâche sera donc particulièrement délicate et elle aurait certainement excédé les limites de mes forces si je ne m'étais imposé l'obligation de m’en tenir aux grandes lignes seulement, de ne retenir que les expériences directrices, les faits qui ont semé derrière eux quelques idées nouvelles et qui ont eu quelque influence sur la marche en avant de la question.
En un mot, Je me propose d'exposer le plus simplement et le plus clairement possible l'état actuel de la Sérothérapie dans ses rapports avec l’Immunité, en laissant volontairement dans l'ombre tout ce qui se rattache aux applications cliniques.
Je diviserai mon sujet en trois parties :
Dans la première, consacrée aux généralités, je résumerai les différentes phases par lesquelles ont passé nos idées sur l'immunité et les modifications successives apportées aux procédés d’Immunisation.
Dans la deuxième, j'étudierai plus spécialement les Sérums antitoxiques et les travaux publiés sur la nature et l’action des toxines et des antitoxines.
AVANT-PROPOS TT Dans la troisième, je réunirai les Sérums préventifs mais non antitoxiques.
L'étude de chaque sérum comportera les trois points suivanis :
1° Les caractères du microbe infectieux ;
2° Les procédés employés pour immuniser les animaux contre ce microbe;
3° Les propriétés du sérum de l'animal immunisé.
Enfin chaque sujet traité sera suivi des indications bibliographiques d'usage.