MESURE DU POUVOIR ANTITOXIQUE ET PRÉVENTIF D'UN SERUM
Deux systèmes de notation sont employés pour exprimer l’activité d’un sérum (voir page 57).
En France, Roux prend comme base la quantité qui préserve un cobaye contre l'injection d’une dose mortelle de culture diphtérique, et il exprime cette quantité en fonction du poids de . J’animal. Aïnsi un sérum dont 1/100 de centimètre cube (0°,01) préserve un cobaye de 500€" contre une inoculation de 1/2 de culture diphtérique virulente, capable de le tuer en 36 heures, est un sérum actif au 1/50,000; c'est-à-dire qu'il suffit d’injecter à un cobaye une quantité de sérum égale à 1/50,000 de son poids pour le protéger contre une inoculation mortelle.
! D’après Lanpouzy (Les Sérothérapies, 1898).
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En Allemagne, Behring et Ehrlich emploient la wéthode dite des mélanges. É
Ils prennent 1° de toxine dont 1/100 {0°°,01) tue sûrement en 48 heures. C’est done 100 fois la dose mortelle, et ils ajoutent à cette dose des quantités graduellement croissantes de sérum à essayer. Le mélange estinjecté sous la peau de cobayes de poids sensiblement égal. Ils considèrent comme neutralisé le mélange de sérum et de toxine, qui non seulement protège l’animal contre la mort, mais encore ne produit aucun symptôme local, ni æœdème, niinfiltralion.
On appelle sérum normal ou solution normale d'antitoxine un sérum dont 0,4 neutralise exactement 1‘ de toxine, c’est-àdire la dose 100 fois mortelle pour le cobaye. Une unité antitoxique où unité d'Ehrlich est contenue dans 0,1 de ce sérum.
Si un sérum neutralise 1° de toxine étalon à la dose de 0‘°,001, on dira qu’il renferme 100 unités antitoxiques.
Il est regrettable que les savants qui s'occupent de ces questions n’aieut pas cru devoir adopter un mode de mensuralion unique. |
Le système employé par Roux avait été proposé primitivement par Behring qui se rallia plus tard à la méthode des mélanges d'Ehrlich. Il est facile de voir que ces deux façons d'exprimer l’activité d’un sérum ne sont pas comparables. L’une mesure le pouvoir préventif du sérum, l’autre son pouvoir antitoxique, et je ne vois pas de procédé permettant de passer d’un système à l’autre.
Il arrive parfois qu’il n’y a pas toujours concordance entre le pouvoir antitoxique d’un sérum et la quantité qui est nécessaire pour neutraliser une toxine d’une activité connue. Une toxine ancienne, par exemple, dont la toxicité est tombée au 1/3 de sa valeur primitive, exige pour ètre neutralisée la mème quantité de sérum que lorsqu'elle était récente. |
Ebrlich explique cette anomalie par sa #éorie des toxoides.
Théorie des toxoïdes d'Ehrlich.
Ehrlich a donné le nom de toxoides à des substances contenues dans les bouillons de cultures diphtériques après filtration et qui seraient des produits de transformation de la toxine
proprement dite. Les toxoïdes se formeraient aux dépens des toxines. Ils s’en distingueraient nettement par ce caractère que, tout en conservant la propriété de neutraliser ou fixer l’antitoxine dans les mêmes proportions que le fait la toxine proprement dite, ils n'auraient plus ou presque plus de pouvoir pathogène.
De sorte qu’un bouillon de culture filtré, dont la moitié de la toxine serait transformée en toxoides, exigerait toujours la même quantité d'antitoxine pour être neutralisé, alors que son pouvoir toxique serait, en réalité, réduit de moitié.
Il peut en résulter des erreurs graves dans la détermination du pouvoir antitoxique d’un sérum.
L'unité antitoxique est, d’après la notation d’'Ehrlich, la quantité de sérum antitoxique qui neutralise ëx vitro 100 fois la dose mortelle de toxine. Supposons, pour fixer les idées, qu’une toxine essayée sur les animaux renferme 100 doses mortelles dans 1° et qu’elle soit neutralisée par 1% de sérum antitoxi-que. On dira que 4 centimètre de sérum renferme une unité antitoxique.
Mais, si la toxine qui vient de nous servir se transforme par moitié en toxoïdes, essayée directement sur l’animal, elle se trouvera affaiblie de moitié, c'est-à-dire qu’elle ne représentera plus que 50 doses mortelles. ,
Pour la faire servir à l’essai d’une antitoxine, il faudra en employer 2% au lieu d’un seul. Et, comme nous savons que l’antitoxine se fixe aussi bien sur la toxine que sur les toxoïdes, il faudra, dans ce cas, 2° de sérum antitoxique pour neutraliser les 2° de toxine. LE
Elle apparaîtra donc comme moitié moins active, puisqu'il eh faudra le double pour neutraliser les 100 doses mortelles, et cependant, elle n’aura pas changé de pouvoir neutralisant,
Ehrlich admet de plus que les microbes peuvent sécréter directement des toxoïdes en même temps que les toxines.
11 nomme ces toxoïdes des éorones pour les distinguer de ceux qui résultent de la transformation des toxines. De sorte qu’une culture récente peut contenir de la toxine et des toxones et que la même culture vieillie renfermerait à la fois de la toxine, des toxones et des toxoïdes, chacune de ces dernières substances possédant des affinités différentes pour l’antitoxine.
82 SÉRUMS ANTITOXIQUES
L’affaiblissement apparent de la toxine diphtérique ne serait pas déterminé par une destruction partielle de la toxine, par oxydation, mais, d’après les théories d'Ehrlich, par une transformation graduelle de la toxine en toxoïdes.
INSTRUCTION
Pour l’emploi du sérum antidiphtérique.
Le sérum antidiphtérique est du sérum de sang de cheval immunisé contre la diphtérie. 77 conserve ses propriétés pendant plus d'une année si on le maintient dans un endroit dont la température est peu élevée, sans sortir le flacon de l’étui qui le renferme. Le sérum préparé à l'Institut Pasteur e contient aucun antiseptique, et, par conséquent, peut être injeclé sans inconvénient à très haute dose.
Action préventive. — Employé à la dose de 5 à 10°, le sérum donne une immunité passagère contre la diphtérie; cette immunité dure trois semaines environ ; on peut donc faire des injections préventives aux personnes exposées à la contagion. Le ‘ pouvoir préventif du sérum livré par l’Institut Pasteur est au moins de 400.000, c’est-à-dire qu’il suffit d’injecter à un cobaye une quantité de ce sérum égale à 1/100.000 de son poids pour qu’il puisse supporter, sans être malade, une dose de culture virulente ou de toxine capable de faire périr les cobayes témoins en moins de trente heures. Cette activité correspond environ à celle d’un sérum de 250 unités immunisantes de
M. Ehrlich,
Action thérapeutique. — Injecté en quantité suffisante, le sérum antidiphtérique guérit la maladie déclarée, si toutefois elle n’est pas arrivée à une période trop avancée. La dose à employer varie suivant le moment de l'intervention, l'intensité de la maladie : 5 à 10° suffisent pour les diphtéries bénignes, prises au début; 15 à 20° sont nécessaires si la maladie est sévère ou si elle date de plusieurs jours. Il faut, exceptionnellelement, jusqu’à 30°, et même au delà, dans les cas très graves, notamment dans ceux où la diphtérie est étendue au larynx et
aux bronches. Il est donc impossible de fixer la quantité de sérum qui guérit un cas de diphtérie. Le médecin devra se guider sur la marche de la température et du pouls, ainsi que sur l'état général du malade. Aussi longtemps que la température rectale n’est pas tombée au-dessous de 38°, on ne peut considérer la maladie comme terminée. En général, les fausses membranes se détachent dans les vingt-quatre heures qui suivent l'injection du sérum, si la dose injectée est suffisante.
Lorsqu'un enfant présente du tirage, on pourra souvent éviter la trachéotomie en lui injectant une première fois 15 à 20°° de sérum, et en pratiquant, douze heures après, une nouvelle injection de 10 à 20°°, si l'amélioration n’est pas suffisante.
Il est préférable d’injecter, dès le début, une dose de sérum un peu forte et capable d'arrêter la maladie, plutôt que de faire, à plusieurs reprises, des injections de doses faibles.
Injections. — On doit faire les injections dans le tissu cellulaire sous-cutané, au niveau du flanc, en prenant toutes les précautions antiseptiques nécessaires. On lave d’abord la région avec de l’eau phéniquée à 2 %, ou avec un soluté de sublimé au millième; on doit, au moment même de pratiquer l'injection, stériliser la seringue et la canule, en les plongeant dans l’eau froide que l’on porte ensuite à l’ébullition pendant un quart d'heure. On recouvrira avec du coton antiseptique l'endroit où la piqûre a été faite. L'introduction du sérum sous la peau est très peu douloureuse, et le liquide est résorbé en quelques instants. /
Avant d’injecter le sérum, il est nécessaire de s’assurer qu'il est resté limpide.
Le diagnostic bactériologique de la diphtérie devra toujours être fait, puisque c’est le seul moyen de connaître, d'une manière certaine, si le cas est justiciable du traitement par le sérum, et d'être fixé sur les mesures de désinfection à prescrire; mais, comme le traitement sérothérapique est d'autant plus efficace qu’il est institué plus tôt, il ne faudrait pas, sous prétexte d'attendre le résultat du diagnostic bactériologique, retarder l'injection de sérum, surtout si le cas se présente comme sérieux. On sait, en effet, que le sérum injecté en temps utile prévient l’empoisonnement diphtérique, mais qu'il
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est impuissant contre l’empoisonnement accompli, qui se traduit par la paralysie,. l’irrégularité de la respiration et du pouls. Lorsque ces symptômes se manifesteront, malgré l'injection du sérum, c’est qu’alors on sera intervenu trop tard ou que la dose administrée aura été trop faible.
Inconvénients du sérum. — À la suite des injections de sérum antidiphtérique, on observe assez souvent une éruption d’urticaire qui apparaît le plus souvent dans les huit jours qui suivent le commencement du traitement. Cette éruption peut être accompagnée d’une légère élévation de température; elle disparaît sans causer de malaise notable. Plus rarement, on voit survenir des éruptions mal définies (érythèmes polymorphes), avec mouvement fébrile. Excepiionnellement, surtout dans les cas où les fausses membranes contiennent du streptocoque en même temps que le bacille diphtérique, on observe des gonflements articulaires douloureux qui accompagnent l’éruption, et, dans ce cas, l’état fébrile pourra se prolonger plusieurs jours. Les adultes sont peut-être plus sujets que les enfants à ces manifestations érythémateuses fébriles. Tous ces accidents sont très passagers, et n’ont jamais présenté de gravité sérieuse.
Observation très importante. — La date inscrite sur l'étiquette est celle de la préparation du sérum.
Ce sérum conservant toute son efficacité pendant plus d’une année, il n’y à aucune utilité à DANS le flacon avant. ce laps de temps. Le sérum préparé à l’Institut Pasteur de Paris se conserve indéfiniment limpide. A le cas où, par suite du soulèvement du bouchon, le contenu d’un flacon viendrait à se troubler, ce flacon serait immédiatement échangé.
- (1 j KLegs !, Congrès de Wiesbaden, 1883.
° (2) Lœrrcer ?. Mittheilungen auss dem Kaiserl. Gesundheitsamte. Vol. Il, 188%, p. 421.
© (3) G. von Horrwanx Ÿ, Recherches sur le bacille de Klebs et de Lœfler, et sur son importance pathogénique. Wiener med, Woch., n° 3 et 4, 1888
! D’après Roux et Yersin (4).
: ? Idem.
(4) E. Roux et A. Yersin. Contribution à l’étude de la diphtérie. Annales de l’Institut Pasteur, t. II, p. 629, 1888.
(5) E. Roux et À, Yersin. Contribution à l'étude la diphtérie, 3° mémoire. Annales de l’Inst. Pasteur, t. IV, p. 385, 1890.
(6) L. Corsert. Centralblatt f. Bakt., t. XXIIL, p. 375.
(7) Saxnarorr. Simplification du diagnostic bactériologique de la diphtérie. Annales de l'Institut Pasteur, t. VI, p. 451, 1892.
(8) E. Roux et A. Yersin. Contribution à l’étude de la diphtérie, 2° mémoire. Annales de l'Institut Pasteur, t. III, p. 273, 1889.
(9) Guinocmer. Contribution à l’étude de la toxine du bacille de la diphtérie. Archives de médecine expérimentale, t. IV, 1892; et C.R. de la Société de Biologie, 1892, p. 480.
(10) L. Brigcer et C. FrænkeL. Recherches sur les poisons des bactéries, Berlin. Klin. Wochenschrift, 1890, n° 11.
(114) WassErMan et ProskauEr. Ueber die von Diphteriebacillen erzeugten Toxalbumine, Deutsch. med. Woch., 1894, n° 17.
(12) Bozr et Briecer. Ueber Antitoxine und Toxine. Zeitschrift f. Hygiene, t. XXI, p. 259.
(13) G. FrænkeL. Vaccination contre la diphtérie. Berlin. Klin. Woch., 1890, n° 49.
(14) BenriNG. Ueber die Diphterie-Immunität bei Thieren. Deutsch. med. Woch., n° 50, p. 1145, 1850.
(15) BEHRING et Kirasato. Ueber das Zustandekommen der Diphterie- Immunität und der Tetanus Immunität bei Thieren. Deutsch, med. Woch. p. 1113, 1890.
(16) WassErMAnN. Ueber Concentrirung der Diphterie-Antitoxine aus der Milch immunisirter Thiere. Zeitsch. f. Hygiene, Bd. XVIII.
(47) ARoNsoN. Berliner Klin. Wochenschrift., 1894, n° 19,
(18) Pour la bibliographie concernant les premiers essais de sérothérapie antidiphtérique entrepris par Behring et ses collaborateurs, se reporter à la note 1 de la page 610 des Annales de l’Institut Pasteur, 1894, à l’article de Roux et Martin.
(19) Bexrinc et Enrcicu. Deutsch. med., Woch., n° 20, 1894.
(20) Enricu, Kossez et WASSERMANN. Deutsch. med. Woch., n° 16, 1894.
(21) E. Roux, L. Martin et A. CnarLzou. Trois cents cas de diphtérie traités par le sérum antidiphtérique. Annales de l'Inst. Pasteur, t. VII, p. 640, 1894.
(22) Aronson. Wiener med. Woch., n°5 46-48, 1894.
- (23) BenrinG. Zeütsch. f. Hygiene, 1893, p. 641.
(24) Turosazo Sminr, The Wilder quarter Century Book. Ref, in. Centralblatt für Bakt., t. XIV, 1893 ; et t. XVIII, 1895.
(25) SProncx. Sur les DURE dont dépend la production du poison dans les cultures dipthériques. Moyen simple de préparer une toxine très active. Annales de l’Institut Pasteur, 1895, p. 728.
(26) Par et Mie Wicrrams. The dodraul of experimental medicine, 1 vol.
1e v (27) ROSSEL. Centralblat f. Bakt. Abth,. 1, 1896.
86 SÉRUMS ANTITOXIQUES
= (28) Nicozue. Préparation de la toxine net Annales dé Pins. Pasteur, t. X, p. 333.
(29). L: MARTIN: Production de la toxine diphtérique. Annales de Lns- AC titut Pasteur, t. XIE, p. 27, 1898. NES
(30) SPRONCK. Peparation de la toxine diphtérique, Suppression de l'emploi de la viande. Annales de l'Institut Pasteur, t. XIT, p. 701, 1898. | (31) Brigcer, Kirasaro et Wassermanx. Uber Immunität und ÉMIS GnE | Leitsch. f. Av. Bd: XI, 1892. É
(32) PARODLORSKY et Maxsurorr.Zeitsch. f. Hygiene. vol. XXI, D: 485, 1896.
SÉRUM ANTIVENIMEUX
DES VENINS
La découverte des toxines microbiennes devait fatalement atürer l'attention des physiologistes sur les venins. Comme les toxines et comme les diastases, les venins agissent à des doses infinitésimales ; ils sont influencés par l’action de la chaleur et peuvent être absorbés sans danger par la voie stomacale; enfin, leur nature chimique est encore des plus mal définies.
La plupart des travaux publiés jusqu’à ces temps derniers se rattachent surtout à la physiologie de l’envenimation; parmi ceux qui s’occupent de la question chimique et de la composition des venins, nous citerons : l
Divers mémoires de L. Bonaparte (1) en 1843, décrivant dans le venin de vipère jusqu’à six substances différentes, dont l’une de nature albuminoïde, la vipérine, serait le principe toxique spécial de cette sécrétion.
Entre 1860 et 1868, Weir Mitchell (2) en Amérique confirme les idées de L. Bonaparte et compare la partie albuminoïde active du venin de crotale à la ptyaline et à la pepsine. En 1883, ce même auteur sépare du même venin une albumine inerte, une peptone, et une globuline très active.
En France, A. Gautier (3) en 1881 retire du venin de trigonocéphale et de naja deux alcaloïdes qu’il nomme xajine et élaphine, mais ne possédant que peu d'action sur les animaux. D'ailleurs, pour l’auteur, la partie active serait azotée et se rapprocherait par sa composition de la partie incristallisable extractive des urines normales.
88 SÉRUMS ANTITOXIQUES
‘La nature albuminoïde du principe actif des venins est encore affirmée par Norris Wolfenden (4), qui en 1885 isole et décrit une séro-albumine, une globuline et une acidalbumine, toutes trois toxiques, mais douées d’actions physiologiques différentes.
Par contre, Kanthack (5) attribue la toxicité des venins à une albumose.
En somme, la nature intime du principe actif nous est encore inconnue.
Mais les travaux récents sur les poisons microbiens nous les montrent si voisins des venins par leurs propriétés générales, qu'on peut par analogie jusqu’à nouvel ordre les considérer comme des toxines animales; c’est ce qui explique pourquoi les essais de vaccination contre les toxines tétanique ou diphtérique aient été suivis de près par des tentatives de même ordre contre les morsures de serpents.
Immunisation contre les venins.
Déjà en 1887, Sewal (6) avait annoncé qu’on pouvait faire supporter aux pigeons des quantités relativement grandes de venin de serpent, à la condition de débuter par de très petites doses. En 1890, Kauffmann (7) était arrivé à conférer au chien une résistance assez grande contre le venin des vipères en procédant par des inoculations successives de petites doses de venin.
Mais ce sont surtout les travaux de Calmette, Phisalix et Bertrand en France, et de Fraser en Angleterre, travaux inspirés par la médication antitoxique, qui ont placé la question sur son véritable terrain.
En 1892, Calmette (8), dans une étude sur le venin de #aÿa tripudians, avait essayé sans grand succès d’immuniser les animau contre l’envenimation, soit en pratiquant des inoculations de venin chauffé, puis des doses croissantes de venin actif, soit en leur injectant du venin additionné de permanganate de potasse ou de chlorure d’or, soit en leur faisant ingérer pendant dix Jours consécutifs des doses progressivement croissantes de venin pur. Il avait réussi seulement à rendre des animaux réfractaires à des doses mortelles pour des animaux non préparés. Il s'agissait donc d’une sorte d’accoutumance pit que d’une véritable immunisation.
DES VENINS 89
En 1894, Phisalix et Bertrand (9),"chauffant du venin de vipère vers 80° et l’inoculant à des cobayes, constatent que les animaux résistent et ne sont nullement incommodés. En augmentant la dose de venin chaufté, les animaux succombent en présentant une hypothermie considérable, mais jamais d’æœdème ni de réaction inflammatoire. De plus, le cobaye qui a reçu de faibles doses et qui a résisté peut supporter ensuite l’inoculation de doses plusieurs fois mortelles de venin pur. Ils conclurent de cette expérience que le venin de vipère renferme deux substances toxiques : l’une, phlogogène, qu’ils nomment échidnase et qui est entièrement détruite par le chauflage à 80° et l’autre, à action générale, qui impressionne vivement le système nerveux, trouble le fonctionnement de l'appareil vaso-moteur et suffit pour amener la mort après une hypothermie considérable ;. ils lui donnent le nom d'échidno-toxine. .
« Ces deux substances, ajoutent-ils, sont considérablement « modifiées sinon détruites par une température voisine de « 15°. Le venin ainsi chauffé acquiert des propriétés vaccinantes, « soit parce que la chaleur respecte des substances douées de « ces propriétés, soit parce qu’elle en fail naître aux dépens des « matières toxiques. » :
Ils nomment échidno-vaccin le venin modifié par la chaleur.
Quelques jours après, le 10 février, les mêmes auteurs (10) annonçaient à la Société de Biologie que leur échidno-vaccin provoquait dans le sang des cobayes inoculés l'apparition d’une substance antitoxique. Le sérum de ces animaux mélangé à une dose mortelle de venin le rendait inoffensif; inoculé à des
cobayes neufs, il les protégeait contre l'envenimation.
Le même jour, Calmette (11) communiquait les résultats qu’il avait obtenus avec le venin de cobra en employant d’autres procédés. Il était parvenu à immuniser les animaux en leur inoculant progressivement de petites quantités de venin pur, ou
mieux en mélangeant préalablement le,venin avec du chlorure d’or ou des hypochlorites. Il montrait ensuite que le sérum des animaux ainsi vaccinés était antitoxique, préventif et thérapeutique, non seulement contre le venin qui avait servi à immuniser l’animal, mais encore contre le venin d’autres espèces. Pendant ce temps Fraser (12), d'Edimbourg, publiait ses recherches sur le même sujet. Il avait réussi à immuniser
90 SÉRUMS ANTITOXIQUES
divers animaux, lapin, chat et cheval, en leur inoculant des doses croissantes de venin dilué. 11 se servait de venin de diverses espèces de serpents, particulièrement de venin de cobra et de crotale.
Il reconnut que le sang des animaux ainsi immunisés était antitoxique et même thérapeutique. Dans les dernières expériences, Fraser se servit non pas du sérum lui-même, mais du sérum préalablement desséché et pulvérisé et qu’il nomme antivénène.
Toutefois les affirmations de l’auteur écossais étaient trop timides pour entraîner la conviction, elles ne s’appuyaient que sur des ébauches d’expériences, son antivénène n'étant pas suffisamment active. |
La sérothérapie antivenimeuse était donc possible, et, si lon réfléchit à la mortalité effrayante qui suit la morsure des serpents dans certaines régions de l'Inde, elle était appelée à rendre d'importants services.
C’est surtout Calmette qui entra résolument dans la voie de
la pratique et ce sont ses expériences que nous allons rapporter.