PRÉPARATION DE LA TOXINE DIPHTÉRIQUE
Nicolle (28), au contraire, conseille de se servir de viande très fraîche ; d’après Martin, la viande fraîche ne renferme que du glycogène et non du glucose.
Martin (29), qui a fait une étude approfondie de la question, donne la préférence à un bouillon de viande peptonisé qu’il prépare d’une manière toute spéciale.
SOû*'"' de viande de veau préalablement hachée sont délayés dans un litre d’eau et mis à l’étuve à 35° pendant vingt heures. Au bout de ce temps, le glucose a disparu et le bouillon ne donne plus d’acide quand on l’ensemence avec le bacille diphtérique.
Comme les peptones du commerce ont une composition des plus variables, Martin préfère préparer lui-même sa peptone.
Il prend des estomacs de porc dont il broyé les tuniques muqueuses et musculaires. Il fait digérer 200*"’ de ce hachis dans un litre d’eau à 50°, additionné de lO®'’ d’acide chlorhydrique pur, Après douze heures, en maintenant la température à 50°, l’opération est généralement terminée. On chautîe le liquide à t00° pour détruire la pepsine en excès, puis on le passe sur un tampon de coton hydrophile. On chauffe la liqueur à 80° et on l’alcalinise. De gros ffocons se séparent, on filtre sur papier, on chauffe à 120° et on filtre de nouveau.
C’est cette solution de peptone qu’il ajoute ensuite à un volume égal de macération de viande fermentée à 35® et additionnée de 5'*” de sel marin par litre. Le mélange est porté à 70° pour coaguler les matières albuminoïdes du bouillon; on filtre, on alcalinise et on filtre à la bougie Chamberland.
C’est, ajoute l’auteur, le milieu qui lui a paru le plus satisfaisant.
La stérilisation à la bougie donne un meilleur résultat que la stérilisation à 120°. Si on ne peut y recourir, on se contentera de la stérilisation à 100° plusieurs fois répétée.
Tout récemment, Spronck (30) annonçait qu’il avait obtenu nn rendement en toxine supérieur à celui que lui fournissait la macération de viande faisandée en remplaçant celle-ci par de I eau de levure. Seulement, comme il est obligé d’ajouter de la peptone commerciale à cette eau de levure, son procédé devient passif des mêmes reproches adressés aux bouillons peptonisés.
SÉRUMS ANTITOXIQUES
B. — Choix du bacille.
Une fois en possession d’un milieu particulièrement favorable à la production de la toxine, il faut donner un soin spécial au choix de la semence. ,
On s’adressera de préférence aux échantillons qui sont les plus virulents. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas une relation directe entre la virulence d’un bacille diphtérique et son pouvoir toxigène. Martin a démontré que des bacilles non virulents, c’est-à-dire dont la culture ne tue pas les cobayes, par exemple, sécrètent néanmoins de la toxine quand on les cultive dans le milieu que nous avons décrit plus haut.
Ce milieu a de plus l’avantage de conserver au bacille son pouvoir toxigène, tandis que les bouillons que le bacille peut acidifier, même pendant un temps très court, modifient profondément sa toxicité. De là, bien des fluctuations dans la production de toxine par un môme microbe. Il peut môme arriver qu’un bacille très actif perde tout pouvoir toxigène, si la période d’acidité du milieu où il a vécu s’est prolongée suffisamment.
Est-il possible alors de lui rendre la propriété qu’il a perdue ? Martin est parvenu à exalter le pouvoir toxigène de bacilles très atténués en les ensemençant dans son milieu renfermé dans de petits sacs de collodion et qu’il introduisait dans le péritoine de lapins. Après plusieurs passages, le bacille sécrétait une toxine très active.
En général, on doit choisir pour la production de la toxine un bacille qui, dans le milieu de Martin, donne rapidement un voile à la surface, et rejeter tous ceux qui ne le donnent pas après 36 heures.
S’il y a intérêt à fabriquer des toxines très actives, il faut bien reconnaître que les propriétés préventives et antitoxiques du sérum qui résultent de leur inoculation n’augmentent pas en proportion de leur activité. Des toxines dix fois plus actives n’ont donné que des sérums deux fois seulement plus actifs. Néanmoins tous'les efforts doivent tendre vers la production de toxines exaltées, puisque c'est le seul moyen que nous ayons jusqu’ici d’accroître les propriétés antitoxiques du sérum.
IMMUNISATION DES CHEVAUX
immunisation des chevaux destinés a fournir LE sérum antidiphtérique
Les procédés d’immunisation varient avec les laboratoires.
Behring, comme nous l’avons déjà dit, a commencé par employer des mélanges de toxine et de trichlorure d’iode; puis il préféra injecter de très petites doses de toxine pure à des intervalles suffisants pour que les animaux restent en bonne santé. Brieger, Kitasato et Wassermann (31) font usage de cultures de bacille diphtérique dans du bouillon de thymus. La culture est ensuite chauffée à 6S et 70° pendant un quart d’heure.
En France, à l’Institut Pasteur, Roux et Martin appliquent à l’immunisation des chevaux le procédé que Roux et Yaillard avaient mis en usage dans leurs recherches sur le tétanos : je veux parler de l’emploi de toxine iodée *.
N ous empruntons au mémoire de Roux et Martin l’exemple de l’immunisation d’un cheval.
La toxine employée était très active, elle tuait un cobaye de bOO»'' en 48 heures à la dose de 1/10 de centimètre cube. L'injection était faite sous la peau de l’encolure ou en arrière de l’épaule.
Le 1°’' jour on lui inocule 1/4 de centimètre cube de toxine mélangée d'un dixième de solution de Gram; aucune réaction, ni locale ni générale.
Le 2° jour, on élève la dose du môme mélange à un demi-centimètre cube, et on répète la môme injection tous les deux jours j usqu’au 8' jour.
Le 13° et le 14“ jour on injecte un demi-centimètre cube de la même toxine iodée ; toujours pas de réaction.
On attend ensuite au 17° jour pour injecter 1/4 de centimètre cube de toxine pure. Il se produit alors un léger œdème sans fièvre, œdème qui va se reproduire à chaque nouvelle inoculation de toxinepure et toujours sans fièvre.
Apartirdu 22° jour et tous les deux à trois jours on continue
‘ Voir page S3.
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à injecter des doses croissantes de toxine pure qui atteignent 30'^'^ vers le 50” jour. Trois jours après, la dose est portée à 60”'’ ; on la maintient jusqu’au 67” jour.
Au 72” on lui inocule OO”” et le 80” jour 250”'’.
En général, on laisse le cheval se reposer pendant une vingtaine de jours avant de le saigner. Roux pense qu’on pourrait procéder à la prise de sérum beaucoup plus tôt sans inconvénients.
Le cheval dont nous venons de parler possédait après l’expérience un sérum préventif supérieur à 50.000 : « C’est-à-dire « qu’un cobaye résiste à l’inoculation d’un demi-centimètre « cube de culture diphtérique récente et virulente, si on lui a « injecté, 12 heures avant, une quantité de sérum égale à la « cinquante millième partie de son poids. »
Les chevaux présentent donc une remarquable tolérance visà-vis de la toxine diphtérique ; quelquefois on rencontre des individus particulièrement sensibles qui réagissent fortement à l’inoculation de toxine et accusent une élévation de tenoipérature anormale et des troubles généralisés, mais c’est l’exception. Roux cite le cas curieux d’un cheval que l’on dut renoncer à immuniser à cause des accidents qui surgissaient après chaque injection. C’était un animal qui avait subi un an auparavant des inoculations de pneumocoque de Talamon-Fraenkel très virulent, inoculations qui avaient été accompagnées de symptômes d’une certaine gravité.
Roux attribue à ces inoculations antérieures de pneumocoques la sensibilité spéciale de ce cheval pour le poison diphtérique.
« Chaque fois que l’on injecte de la toxine diphtérique à un « animal qui a déjà subi l’action de quelque poison microbien, « alors même qu’il paraît rétabli depuis longtemps, il se montre « beaucoup plus sensible que les animaux neufs.
« Les cellules de l’organisme qui ont été en contact avec des « produits microbiens en gardent en général longtemps le sou- « venir. »
Signalons, en terminant, un travail de Parodlorsky et Maksutoff (32) dans lequel ils décrivent une méthode qui leur permettrait d’immuniser solidement un cheval en 40 à 50 jours. « Leur procédé consiste à injecter tout d’abord au cheval une certaine quantité de sérum antitoxique, puis à lui inoculer
MESURE DU POUVOIR ANTITOXIQUE
tous les deux ou trois jours, alternativement sous lapeau et dans tes veines, des doses progressivement croissantes et massives tle toxine diphtérique. On arrive h injecter ainsi à l’animal en très peu de temps relativement des doses énormes de toxine (1.200'^'^). Le sérum que ces chevaux fournissent n’est pas inférieur à celui que l’on obtient par la méthode lente *. »