QUE DEVIENT LA TOXINE TÉTANIQUE DANS L’ORGANISME DES ANIMAUX
Si l'on injecte de la toxine tétanique dans les veines d’un lapin, on peut l’y retrouver pendant dix-sept heures environ. Au delà de ce temps, elle disparaît, et cependant l'animal ne prend le tétanos que le troisième jour.
Si l’inoculation s’est faite sous la peau, on pourra encore constater la présence de la toxine dans le sang après vingt-cinq heures. Knorr (18) l’a môme retrouvée jusqu’à la mort de l’animal. C’es,t, dit Marie, que dans ce mode d'inoculation le tissu cellulaire agit à la façon d’une éponge, distribuant au sang des capillaires très lentement et pendant longtemps la toxine qu’on lui a donnée; et, chose curieuse, Marie n’a jamais pu retrouver la toxine dans les divers organes de l’animal, après que celle-ci avait disparu du sang.
Pour Marie, le poison tétanique est susceptible de suivre la voie nerveuse. 11 le démontre en réséquant, chez un lapin, le deuxième nerf cervical, le plus près possible de son émergence. Quand la plaie est complètement cicatrisée, on injecte dans un des muscles de la patte paralysée, la dose minima de toxine qui donne le tétanos à un témoin de môme poids. L’animal opéré ne prend pas la maladie.
Marie injecte aussi la toxine directement dans le tronc du nerf sciatique, mis à nu chez un lapin. L’animal meurt le quatrième jour d’un tétanos généralisé.
L’affinité de la toxine tétanique pour les cellules nerveuses qu’on pouvait déjà pressentir par la nature môme des accidents qu’elle provoque, a été mise hors de doute par l’expérience de Wassermann et Takaki (19), qui constatèrent qu’un mélange de substance cérébrale et de toxine tétanique peut être injecté sans danger à un cobaye. Pour eux, ce résultat était dû à un soi-disant pouvoir antitoxique du cerveau; c’est la substance nerveuse qui détruisait la toxine. Nous reviendrons sur cette très intéressante expérience à propos de l’antitoxine.
Roux et Borel ont montré que dans ce cas la substance
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nerveuse avait tout simplement fixé le poison tétanique en l’enlevant au liquide où il était en dissolution.
En effet, si on soumet a l’action de la turbine le mélange de toxine tétanique et de substance cérébrale préalablement broyée, le liquide se sépare en deux couches. La partie surnageante ne contient plus de toxine ; celle-ci adhère aux débris de substance cérébrale à la façon d’une teinture, et si on abandonne à ellemême sous l’eau cette matière nerveuse imprégnée de toxine, elle finit, ainsi que l’a vu Danysz (34), par laisser diffuser peu à peu dans lè liquide le poison qu’elle retenait.
L’affinité de la toxine pour l’élément nerveux est ainsi démontrée d’une manière très nette et permet d’expliquer très simplement la marche et l’éclosion du tétanos.
Le tétanos est un empoisonnement de certaines cellules
nerveuses. « La toxine tétanique, injectée sous la peau de la patte postérieure d’un cobaye, sera fixée par les cellules de la moelle épinière après un certain nombre d’heures, au bout desquelles apparaissent les contractures. Le poison arrive à axe nerveux par deux voies; une partie, d’api’ès Marie, suit directement le trajet des nerfs et c’est pour cela que, chez les
animaux, la contracture commence toujours par la région où 1 injection a été pratiquée ; une autre partie du poison pénètre dans le sang,d’où elle est extraite parles cellules nerveuses et peut-être encore par d’autres suivant leur affinité. »
On comprend maintenant pourquoi le tétanos peut présenter des allures différentes suivant la voie de pénétration de la toxine et suivant le groupe de cellules nerveuses lésées.
Chez l’homme et chez le cheval le tétanos débute par des
contractures de la mâchoire et des muscles du cou, sans affecter le membre blessé, probablement parce que les cellules du bulbe ont plus d’affinité pour la toxine tétanique que les autres cellules de l’axe nerveux. C’est ce qui rend si grave '^®^.®®ion dû tétanos chez l’homme.
au lieu d’inoculer un cobaye sous la peau ou dans les veines, on lui injecte de la toxine tétanique dans le testicule, la maladie prend une allure nouvelle. Plus de contractures permanentes, mais des crises nerveuses périodiques avec des inter - Vallès de repos; la toxine suit probablement dans ce cas la voie du grand sympathique et elle affecte des cellules nèrveuses
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différentes. C’est également ce qui se passe chez l’homme dans les cas de tétanos d’origine interne, comme celui qui survient quelquefois à la suite d’accouchement. Gn a nommé ce tétanos le tétanos viscéral.
Si, à l’exemple de Roux et de Borel, on injecte directement la toxine dans le cerveau même de l’animal, on obtient ce qu’ils ont appelé un tétanos psychomoteur, dont les symptômes dépendent du territoire intoxiqué.
L’animal n’a point de contractures permanentes, mais des crises convulsives, suivies de période d’accalmie ; puis, comme pris de terreur folle, il bondit et cherche à fuir. Suivant la dose, cet état peut durer quelques jours, pendant,lesquels l’animal maigrit de plus en plus avant de succomber.