EL'LIN
Misérable! 11 ne sait pas! 11 n'est pas iixé ! U ignore! Ça dépendrait de l'inspiration, du mr> ment, n'est-ce pas? Tu te tÀterais. Tu me laisst^ encore une petite lueur d'espoir! Tu es vrai ment bon pour moi et pour ion pays!... Et chacun, ce jour-là, en faisait autant? Si touto l'armée, devant l'ennemi, s'asseyait pour s'interroger, elle serait propre, la défense nalio* nale! Elle serait jolie, le lendemain, la France de ton devoir!... Ah çà! tu es malade? ou fou?
PIERRE
Ni Tun, ni l'autre.
EULIX
Alors, tu es un malfaiteur !
PIERRE
Mon père...
EULIN
Un malfaiteur dangereux ! Indigne d'être of licier, d'endosser l'uniforme... (// s approche de lui.) Ote-moi ça vite ! Allons ! En civil î En civil I Plus d'épauleltel Tu n'as pas le droit de la porter.
// le prend énergiquement à la tunique y à rendrait où elle est boutonnée. Piei^e fait un mouvement y un de ses boutons saute.
PIERRE, blême et se contenant.
Vous m'arrachez mes boutons ! Voulez-vous donc me dégrader?
EULIN
Ce n'est plus la peine !... Tu t'es dégradé toimême.
PIERRE, frémi ssaf f
Pas encore, mon père! Pas m vuti Vimri oubliez que mon grade est à moi... mes galons aussi... que je les ai gagnés.
EULIN
Ce n'est pas vrai I On t'a donné ça c d'avance > et gratis... mais pour que tu le gagnes c après t. L'épaulette, les galons, la croix, ne sont chez nous, dans l'armée, qu'un prêté pour un rendu, et ce n'est ni dans les bouquins, ni les journaux, ni même à la Haye, que ça se mérita.
PIERRE
Où ça?
IULIN
Dans le sang.
PIBRftE
Celui d autrui.
BULIN
Nous le ménageons plus que le nôlral
PIERRE
C'est toiyours du sang.
EULIN
Bien»entendu. Pour payer ce qui n'a pas de prix, défendre le sol et garder l'honneur, pour acquérir ce qui n'est pas à vendre, et racheter ce qu'on a perdu, on n'a pas encore trouvé mieux que ça : le sang! Au lieu d'en détourner ta vue et d'en avoir peur...
Je n'ai pas peur..
Tu m'étonnes 1
EULIN
PIERRE
J'ai fait mes preuves, j'ai pris mon brevet d'aviation, j'ai sauvé deux de mes hommes qui se noyaient... j'ai risqué dix fois ma vie...
EULIN
Dix fois seulement I Pauvre petit ! Du moment que tu les as comptées, ça ne compte pas! ce n'est rien! Mais quoi? Je te vois secoué de révolte?...
PIERRE
El de chagrin !
BULIN
Tu le peux! Tu n'acceptes pas que je le croie vil?... irrémédiablement?... C'est bon! J'aime mieux ça !
PIERRE, ému, faiblement.
Mon père I...
BULIK
Tais-toi I... Je veux bien, malgré ma tristesse... et, moi aussi, ma douleur...
Si vous me laissiez. . .
BULIN
Non... Je veux bien espérer encore que tout n'est pas éteint des sentiments de devoir, de devoir militaire, dont je pensais t'avoir nourri. Tu ne voudras pas trahir les parfaits exemples que moi et ta mère... {Geste et expremon de Fierre qui traduùent : c Ohf elle/ ») Quoi? Que veux-tu dire? Que tu es son irresponsabilité? n'est-ce pas? sa faiblesse ! Je le sais.
PIERRE
Ah ! oui ! Elle m'aime I Et je le lui rends. De tout mon cœur I
EULIN
Tu fais bien. Garde au moins ça. Mais ne t'imagine pourtant pas qu'elle soit capable de partager tes utopies!... Cache-les-lui I Qu'elle les ignore !... Car si elle les connaissait...
(Geste.)
PIERRE
Eh bien?
EULIN
Elle prendrait mon parti et te renierait.
PIERRE
Elle? maman? jamais I
Ne t'y fie pas.
PIERRE
Je n'en crois rien. Elle est trop mère pour celai
EULIN
Elle est fille et sœur de soldat ! femme de soldat ! et mère aussi de trois soldats — je dis trois encore — dont deux sont vivants.
PIERRE
Et un mort !
BULIN
J'en suis fier et je l'envie! Je te souhaite pareille fin I
PIERRE
La seule que je n'aurai pas.
EULIN
Qu'en sais-tu? poseur! Attends donc au moins d'y avoir passé ! Embrassades!... désarmement!... fraternité!... oui, l'on se grise en temps de paix, de ces mots-là, battus comme une sale absinthe!... Mais vienne le jour, où c'est pour de bon!... Quand le cri terrible et beau éclate : la Guerre I
PIBKRB
Affreux !
La guerre ! c'est la guerre !... que toutes les portes s'ouvrent, qu'on chante, que les canons broient le pavé et que tout se rue vers les gares... avec du peuple sur les toits, qui pleure, qui hurle... ol qiio Ton s'embrasse en
se mordant les joues... Ah! Dieu, mais on ne tient pas devant ça! La chair se lève comme un poil! Tu lâcherais tout!... On est fou!... On bave !
PIERRE
Oui, fou ! en effet. Il n'y a qu'à vous voir, écumant de haine.
EULIN
De joie! Si jamais, par divin bonheur on en venait là... dans l'heure, dans la minute, j'accours... je suis près de toi. Et alors, il n'y a pas d'âge d'or, ni de conscience qui tienne. (// lui a remis la main sur ï épaule.) Tu marcheras!... Je t'en réponds !... C'est moi qui te l'apprends, ton père...
PIERRE
Eh bien, non. Je ne suis pas de ceux qu'on mène à la caporal, et que l'on réduit par la force.
EULlN
Alors, tu ne marcheras pas? Tu déserteras?... {Silence de Pierre.) Tu tacheras mon nom? {Silence de Pierre.) Tu commettras ce crime?
i28 SERVIR
PIBRRB
Les crimes sont personnels.
BULIN
Ils rejaillissent I Tu te condamnes...
PIERRE
A mort. Je sais. On me fusillera! SoitI Je ne suis pas lâche.
BULIN
Tu Tes!... Lâche de la bataille et lâche du danger I La bravoure n'est pas de choisir son genre de mort, ça serait trop commode ! c'est d'accepter celui qui coûte et ne fait paf plaisir ! (// va à la vitrine oh est pendu le dnqtêou de Reionville, le prend et le montre à son fils^ poing tendu, près de son visage.) Tu vois ça ? Ce chiiïon 7
PIBRRB, sécartant %m peu en kaunanf les épautet.
Ahl je TOUS en prie, mon père! Pas de grandes manœuvres !
EULIN
Insolent ! Ce chiffon sur lequel tu craches ! Touche-le ! Sens-le I (// le lui met sous le nez.) Vois comment c'est fait. Ça s'appelle un drapeau!
PIERRE
Tricolore... Je sais.
Sur ce drapeau, je te fais un serment, qui sera tenu ! Si, le grand jour, tu manques à l'appel, tu ne seras pas fusillé.
PIERRE
Vraiment 1 Pourquoi donc pas ?
EULIN
Parce que tu te tueras.
PIERRE
Si vous voulez !...
EULIN
Ou bien alors...
PIERRE
Ou bien ?
BULIN
C'est moi qui te tuerai !...
PIERRE
Vous? Mon père?
KULIN
Oui, mon enfant! D'ici là, va-t'en! Tu n'as plus de père I
PIBRRB
Et vous, plus de Gis.
Si! Encore un! ton frère! il me tufût! Va-t'en I... Ote-toi... Disparais... {Le rappelant) Tiens... Ton sabre que tu oablies.
// U lui envoie à la volée, en pleine poitrine,
PIBRRB, le recevant.
Oh I Oh ! Oh !
// sort.
RIDBAU