IH6 SERTIR
PIBRRB
Mon père...
EOLIN
Ah ! c'est très mal ! vous abusez d'un instant de faiblesse, de I&cheté.
MADAME EULIN
Non, nous n'abusons pas... Nous nous rejoignons, je le sens... toi aussi...
EULI?r
Eh bien... puisque vous m'y forcez, je vais manquer au serment que j'ai fait tout à î'*^-^*»'*'». ici même.
A qui donc?
EULIK
A quelqu'un. Mais vous ne savez pas... (À nuMdame Eulin,) tu ne sais pas à quoi d'affreux tu m'obliges, ma pauvre femme! {A Pierre.) \a toi, mon enfant?
MADAME ECLIN
A quoi donc?
PIERRE
Que voulez- VOUS dire ?
EULIN
Pour que je parle il faut... Ah! que j'ai de peine !
MADAME EULIN
Que faut-il? Va? Tu m'effraies I
EULIN
Il faut... que je vous fasse mal.
MADAME EULIN
Encore?
EULIN
Oui, toujours! jusqu'à la fin! Pierre, embrasse ta mère... Embrasse-la. (// V embrasse, inquiet, sans grande force et du bout des lèvres.) Mieux que ça ! allons ! Prends-la dans tes bras... fort...
// la prend, plus anxieux,
MADAME EULIN, cherchant à comprendre et craignant la pensée qui naît en elle.
Oh!
488 8BBV1R
BULiN, à son fils.
• .. et soutiens-la, garde-la bien ainsi.
MADAME EULiN, dans hs bras de son fils. Oh ! j'ai peur... je devine...
piBRRB, à son père.
Qu'y a-t-il donc?
EULIN
J ai à vous dire...
MADAME EULIN
J ai deviné I Jacques est mort I
PIBRBI
Mon frère! Oh!
MADAME EULIN, écUUomi.
Mon enfant! Le second!... Ça fait deux! Deux! Déjà!... PItH qn'iin... ot puis, après... Oh! oh!
Elle sanglote entre son mari et son fiU,
Ma bonne, ma tendre et vieille amiel... pleure avec moi, je t'aime. Je te plains de tout mon cœur... (// aperçoit Pierre qui s essuie les yeux,) Tu pleures aussi, toi?
PIERRE
Oui... {A mi-voix y dans la douleur et la rage, en regardant son père.) Ah ! la guerre ! la guerre !
D'un geste et faisant « Chut ! », sans prononcer le mot, Eulin lui met sa main contre la bouche, Pierre la prend , la garde un instant daus la sienne, hésite à poser ses lèvres dessus, et la porte à son front contre lequel il V applique, les yeux fermés, tandis que cette main de son père est en même temps sur l'épaule de sa mère. Ils restent ainsi tous les trois, une seconde, écrasés dans leur chagrin,
MADAME EULIN, s' arrachant tout à coup,
l Mais où? Quand? Comment est-il mort? Je reux tout savoir... les détails...
BIJLIN
Plus lard... on le (Jir.i...
MADAME BULIN
Non, tout de suite.
PIERRE, à sa mère.
A quoi bon? {A son père,) A Fennemi, n'esU
ce pas?
EULIN
Al'ennemi. En héros.
MADAME EULIN
Admirable enfant! Ah! le venger! Si j'élait homme!...
LUI f'i SON fils, lui montrant sa mère. Écoii
Est-ce bien toi?...
MADAME EULIN, iraniporiée.
Oui, c'est moi... qui ne sois plus U même,
qui suis une autre mère ! La mort de mes enfants fait de moi, comme autrefois à leur naissance, une femme nouvelle. J'ai d'autres pensées, d'autres entrailles. Toutes mes idées ont changé, et mes sentiments me dépassent!
Aussi, je le répète, si je n'étais pas femme et qu'il y eût guerre, à présent, je partirais... je partirais...
EULIxN
Ah ! La voix du sol et du sang !
PIERRE, à sa mère.
Pourquoi?
MADAME EULIN
Je ne sais pas. C'est une force... Malgré moi... Il faudrait que je fasse comme eux et et que je les rejoigne, là où ils sont tombés. Je partirais ! . . .
PIERRE
Oui... Mais la guerre est encore loin...
Un coup de canon peu éloigné éclate. Ils s arrêtent tous et se regardent.
EULIN
La voilai
MADAMB BULIIf
Quoi?
PIERRE
Ce coup de canon...
EULIN
Elle esl déclarée.
MADAME BULIIf
Ah I tant mieux ! voilà trop longtemps !
BULIN
A présent» je peux parler! La mort d Jacques assassiné...
PIBRRB
Assassiné 1
MADAMB BOLIK
BULIK
Oui... si elle n'est plus aujourd'hui, I c cause » a été, du moins je le sais, rorigint* Tétincelle mystérieuse... {A Pierre.) Tu ne peux plus te dérober!
PIERRE
Qui VOUS dit que je le puisse? et que je le veuille? Ainsi, voilà! moi!...
MADAME EULIN, à SOn fils.
Tu ne dois même pas réfléchir... Moi, je suis blessée à mort, je saigne de vous tous?... Je ne pense à rien! je me jette au f^ * ' * mari.) Et je te crie : « Tu as h* que tu as fait! je t'en trouve plus grand, j en suis fière et t*aime deux fois plus! » (A son fils.) Et toi, pars!... sans te retourner (// veut s'élancer vers elle.) sans m'embrasser, je te l'ordonne!... tes deux frères sont devant!
PIERRE
J'y vais. Adieu, mon père ! Etes-vous tranquille?
EULIN, lui ouvrant ses bras.
Je le suis.
PIERRE
Vous n'êtes plus mon ennemi?
Jamais de toi! De tes idées.
i94 8BRTIII
PIERRE
Je ne les ai plus I et je pars.
MADAME EULIN
Va vite !
// se jette dans les bras maternels.
PIERRE, à son père, lut montrant sa mère.
Restez près d'elle. {A sa mère.) U ne s'en ira plus.
BULIIf
Moi? Mais je pars aussi !
MADAME EULIN, ûvec un cH déchirant.
Oh I toi aussi 7
BULIN
Sans doute.
MADAME BULIll
Quand?
BULIX
Tout de suite.
MADAME BULtîc, tournée foers s(m ffh.
Avec lui?
Non, tout seul.
PIERRE, à son père.
Où donc vas-tu, papa ?
EULIN, grave.
Je vais... de mon côté.