‹ Servir; pièce en deux actes. La chienne du roi, pièce en un acteChapitre 37 sur 39 · L*H0MME · texte numérisé non relu

L*H0MME

Ne craignez rien...

LA DU BARRY

Qui êtes-vous?

l'homme Je suis l'abbé O'Gorman.

LA DU BARRY

Vous?

l'hommb Oui, madame.

LA DU BABRY

Un prêtre?...

o'gorman Irlandais, oui, madame.

LA DU BARRT

Assermenté?

o'gorman

Non. (// r entraine dcuu un coin, loin de l porte.) Ne cherchez pas à sayoir par quel moyens j'ai pu, sous cet habit, pénétrer jusqu'.i vous. J'ai beaucoup à vous dire, et nous n'avon que peu de temps.

LA DU BARRT

Combien?

O'OORMAV

Une heure.

LA DU BARBT

Oh! en une heure...

la chienne du roi 2^5

Elle passera vite, plus que les autres. Elle est déjà écornée. Avez-vous entendu parler du ministère des âmes?...

LA DU BARRY

Non. Qu'est-ce que c'est?

o'gorman

Un département spirituel, madame, qui fonctionne depuis dix mois et qui a été créé par M. l'abbé Emery, notre supérieur, un génie et un saint!... 11 a imaginé... il a entrepris, dans une pensée de charité sublime,... vous allez être bien heureuse, en l'apprenant...

LA DU BARRY

Qu'a-t-il entrepris?

- o'gorman

... d'assurer aux prisonniers, de toute classe

et de tout rang, des secours...

LA DU BARRY

Quels secours?...

t26 LA iMlb.NM-. DU ROI

o'gorman Tous les secours, tous. Secours d'argent

LA nu BARRT

Je n'en ai nul besoin.

o'gorman De soins, de remèdes...

LA DU BARRY

Je ne suis pas malade.

o'GORMA?f

Secours moraux, conseils, encouragemeoU.

LA DU BARRY

Je ne suis |>as abattue. 1

0*G0RMAN

Secours de la religion, enfin...

I A l»U BARRY

J ai reçu le bapléoie, je suis catholique...

la chienne du roi 227

Ro'gorman Oui, je sais... Mais vous parlez là, des preiers, des tout premiers secours... tandis que moi, j'entends...

LA DU BARRY

Lesquels?

o'gorman Les derniers.

LA DU BARRY, émue, iTioins assurée.

C'est-à-dire... ceux que l'on donne aux prisonniers... pendant leur captivité...

Oui... oh !... et... et tout à fait à la fin... au bout...

la du BARRY, saisie.

Ah! tout à fait!...

o'gorman

Quand il n'y a plus moyen d'attendre... et d'ergoter... C'est une organisation puissante et merveilleuse que la nôtre, madame... Nous sommes une phalange d'employés, de fonction-

228 LA CHIElfKB DU ROI

naires du ministère des âmes qui, sur l'ordre de M. Emery, quand le moment est venu, partons, et selon la besogne qui nous est à tour de rôle distribuée, pénétrons dans les prisons, nous infiltrons dans le cachot. Aucun n'est fermé pour nous. Tout ce qui se passe à la Force, aux Madelonnettes, au Luxembourg, aux Carmes, à la Conciergerie, ici, ailleurs, M. Emery le sait, et il fait le nécessaire. Chacun sa tache... 11 y a ceux qui portent largent, des lettres, des souvenirs, l'habit de rechange, une fleur, un couteau ou une hostie, une lime et ce qu'il faut pour s'évader et respirer Fair... quand s'offre une chance de fiiile...

LA DU BARRY

Mais cela n'arrive jamais !...

c'cCRMAIf

Quelquefois...

LA DU BARKY

Ou si rarement... A quoi bon m*en parler?

O GORMA>

Parce que c'est justement, madame, la raison qui m'amèoe...

LA DU BARRY

Quoi?

o'gorman

Oui... par des personnes haut placées, et qui s'intéressent à vous...

LA DU BARRY

Quelles personnes?...

o'gorman

Je ne puis le dire... M. Emery possède le moyen de vous faire évader.

LA DU BARRY

Moi?

o'gorman

Vous. Et il m'envoie ici pour que je vous l'explique.

LA DU BARRY

Allez...

Et d'abord, remerciez la Providence de la

:• faveur insigne dont vous êtes l'objet, car on

n'a actuellement en tout et pour tout, sur la

planche, et pour notre innombrable clientèle,

on n'a que l'unique moyen que je vais vous dire.

LA DU UAHBY

Eh bien, dites-le vite.

o'gorman

Et ce moyen ne peut servir qu'une fois, comprenez-vous?... C'est bien peu! S'il ne réussit pas pour vous, il est à jamais gâché, perdu pour tout le monde. On ne peut pas recommencer. Adieu. Et enfin, il ne permet de sauver qu'une personne, une tout juste!

LA DU BARRY

Rien qu'une?

o'gorman Ah ! dame oui !

LA DU RARRY

Mais n'importe laquell(>?...

o'gorman Sans doute...

LA DU BA«««*v

Eh bien, alors, ce n'ei>l |m.7. .iioi qu il faut sauver.

la chienne du roi 231

o'gorman Et qui donc?

LA DU BARRY

C'est la Reine.

o'gorman Ah! la Reine!...

LA DU BARRY

Sans doute... la Reine!... Gomment l'idée ne vous est-elle pas venue de sauver la Reine?... La Reine d'abord, voyons! Monsieur! Avant tout! C'est la Reine ! Pourquoi moi? Non... la Reine... Partez, sortez et courez chez la Reine, à la Conciergerie.

o'gorman Inutile !

LA DU BARRY

Pourquoi?

o'gorman

C'est que j'en viens, madame.

De la Conciergerie ?

232 la chienne du roi

o'gorman Ehl oui!

LA DU BARRY

Mais pas de chez la Reine 7

o'gorman A Tinstant.

LA DU BARRT

El vous l'avez vue ?

o'gorman

Ahl

LA DU BARRY

Vous lui avez parlé?

o'gorman Seul.

LA DU BARRY

Et VOUS ne lui avez pas proposé?

o'gorman Mais si.

LA DU BARRY

Oh I Et alors?

Elle a rehsé.

Comment?

o'gorman

C'est une sublime entêtée. Elle ne veut pas qu'on la sauve.

LA DU BARRY

Pourquoi?

o'gorman

Parce qu'elle repousse avec horreur le salut pour elle seule. Elle ne l'accepte qu'avec ses enfants.

LA DU BARRY

On ne peut donc pas sauver en même temps le Dauphin et madame Royale?

o'gorman

Une seule personne, madame, rappelez-vous donc? Une seule ! C'est déjà énorme !

LA DU BARRY

Oui.

o'gorman

Et puis, la Reine est prête, en parfait état pour le ciel. Son royaume n'est plus de ce

monde et ses Trianons sont là-haut. Bile abdique la vie. Elle s'est déjà décapitée, et se fait même une espèce de sacre et de fête de monter, comme le Roi, sur Téchafaud.

L'échafaud I Elle I la Reine 1 Pensex-vous donc qu'ils osent?... et qu'elle en soit là?

o'gorman

Oh I je crois qu'elle peut s'y attendre, madame ! et d'ici peu! Elle l'a devant elle... Oui, la grande habitude que j'ai des derniers moments, ma constante préoccupation de les prévoir et de les aplanir, me persuadent que Sa Majesté touche aux siens. Aussi, avant de partir, a-t-^lle voulu mériter davantage, et c'est elle qui, en refusant le moyen d'évasion que je lui apportais, m'a dit : c Donncz-Ie tout de suite à madame du Barry, je lui passe mon jeu !... »

la UV BAIRY

A moi?

o'oOiMAN

A V0I18. f Bi ditas-lui que je la pria» et

qu'au besoin je lui ordonne de ne pas le repousser. »

LA DU BARRY

Oh I qu'elle est grande et généreuse I

o'gorman Admirable ! Acceptez-vous ?

LA DU BARRY, avec élan.

Si j'accepte?

Eh bien, voici ce qu'il faut faire?

LA DU BARRY

Non. Taisez-vous. N'achevez pas.

o'gorman Quoi?

LA DU BARRY

Non I non ! Je n'ai rien dit 1 C'est impossible I La Reine a beau ne pas vouloir profiter de cette unique chance de salut... il me semble à moi que je la lui volerais. . . Mais oui ! . . . que je prendrais sa place, que je deviendrais l'exé-

cration des hommes et de l'histoire, si Ton savait jamais que j'ai consenti à un pareil dévouement, à un tel sacriGce !

o'gorman

Elle ne se sacrifie pas, elle ne se dévoue pas. Elle ne le fait pas pour vous.

LA DU BARRY

Pour qui donc?

o'gorman

Pour elle. Par soumission chrétienne. Vous êtes le fleuron de sa pénitence. Elle vous a méprisée autrefois, détestée, sans crainte de vous le faire sentir, sans vous ménager les affronts.

LA DU BAimv

Je les liàenidis. Elle a . i <. . i.i de me harr !

o'gorman Elle a cessé.

LA DU barry

Vraiment? Et depuis quand?

la chienne du roi 237

o'gorman

Depuis qu'on la hait. Elle n'a plus pour vous qu'indulgence et pitié. Elle vous a déjà remerciée d'ailleurs, après le 10 août, d'avoir recueilli à Louveciennes plusieurs de ses gardes du corps. {Geste de La du Barry qui signifie : « K était-ce pas tout à fait naturel, ») Elle a été frappée aussi que vous ayez osé porterie deuil du Roi.

LA DU BARRY

Je le devais ! Le Roi ! . . .

o'gorman

Et, aujourd'hui qu'il n'y a plus en elle que douceur, abaissement, rachat, comme elle a failli surtout par l'orgueil, elle entend expier par l'humilité. Voilà pourquoi elle s'occupe de vous. (( Je veux sauver la comtesse du Barry, m'a-t-elle dit, et qu'elle tienne de moi ce bien de la vie auquel, moi, je ne tiens plus. »

LA DU barry

Oui, la Reine est tout à fait magnifique de détachement et de bonté. J'en suis saisie et reconnaissante... mais, décidément, non, moi aussi, je n'accepte pas.

238 La i.rUi..SNt DU HOI

o'gorman

Pourquoi?

LA DU BARRY

Je vous l'ai dit.

o'gorman

Ce n'est pas la vraie raison ; la vérité, c'est que vous cédez, à cette minute, aux flammes de l'orgueil et que vous conservez un superbe penchant pour vos fautes passées.

LA DU BARRY

Dieu non ! Je les réprouve.

o'gorman

Mal. En levant la tête au lieu de la baisser. Ce n'est pas ainsi qu'on se repent, dans l'arrogance et la pavane.

LA DU BARRY

C'est ma mauvaise habitude, je sais, les façons que j'ai prises, malgré moi, dans la place où j'étais. Mais }** '^-^ r^i^-'n". t*» vav^ jure.

0*GORMA!V

Non.

Et de toute ma force. Et je vous en donne la preuve...

o'gorman

Comment cela ?

LA DU BARRY

En refusant la liberté que vous m'apportez. Croirez-vous, après cela, que ma contrition est sincère ?

o'gorman

Pas encore.

LA DU BARRY

Alors, qu'est-ce qu'il vous faut?

o'gorman

Moins de fracas. PIus.de douceur. Vous êtes sous le coup d'une émotion violente, factice et fugitive, où la hauteur de l'amour-propre humain n'a pas cessé d'avoir sa part. Vous ne voulez pas demeurer en reste avec la Reine. Gela vous gêne. Vous tâchez de monter à son niveau. C'est de l'émulation in extremis, et de la rivalité sous les coups du malheur.

LA DU BARRT

Nullement, vous vous méprenez.

o'gorman Cette exaltation passera.

Elle durera. Je refuse... je refuse... Je renonce à la liberté... c'est mon sacriGce à moi, et j'y tiens. N'est-il pas grand?

o'gorman

Très grand I Mais Dieu ne vous le demande pas.

LA DU BARRT

Justement. Il serait moins grand si Dieu me le demandait. Tandis que si c'est moi qui vais au-devant, qui cours le chercher sans qu'on me l'impose, j'en ai double mérite.

o'gorman Assurément.

LA DU BARRT

Alors?

la chienne du rqi 241

o'gorman

Mais à une condition, en ce cas, c'est que vous ne serez pas prise à Timproviste et que vous saurez bien ce que vous faites et où vous allez.

LA DU BARRY

Je le sais, je le sais...

o'gorman

Non... L'impatience avec laquelle vous m'interrompez témoigne que vous ne vous en doutez pas et me commande de vous éclairer. Pour que votre sacrifice soit magnifique, sans défaut, il est indispensable que vous l'ayez mesuré, parcouru en esprit d'un bout à l'autre et froidement pesé. Dieu ne s'arrange pas d'une conversion par surprise et à l'étourdie. Regardez-moi donc la chose en face avant de répondre. Si vous refusez la chance de salut que je vous apporte, la seule possible et la dernière. Que croyez- vous que c'est?

LA DU BARRY

Eh bien, mais... c'est la prison, longtemps, la perte de la liberté...

24â U CHIENNE nu ROI

o'gormàn Avec, lout de mèmei ses espérances 7

LA DU BARRY

Bien petites.

o'gorman

Immenses!... Folles!... les espérances . . vous nourrissez... pour reprendre» plus la: , la vie... une vie coupable et délicieuse...

LA DU BARRY

Non...

o'gobman

Voilà le fond de vos pensées?... Eh bien, il en faut revenir... et vous persuader qu'en maintenant votre refus vous votez la mort.

LA DU BARRY

La mort?

Û'OORMAN

La mort !

LA DU BARRY

Peut-être, en eiïel.

Pas peut-être. S in

LA DU BARRY

Je ne dis pas. Il y a des probabilités... Mais, cependant, qui sait, je puis être relâchée ?

o'gorman Non.

LA DU BARRY

Ou même, si je passe en jugement, acquittée !

o'gormax\ Non.

LA DU BARRY

Il n'y a rien contre moi, rien. J'ai adressé des réclamations, fourni des preuves de mon innocence.

o'gorman

Ma fille, ma fille, ne vous abusez pas. Vos réclamations ne sont pas parvenues à leur adresse.

LA DU BARRY

Oh!

o'gorman

Je le sais. Et, si elles y sont arrivées, elles n'ont pas été lues. Vos preuves ne comptent pas.

LA DU BARRY

Allons donc ! Les scellés sont à Loiiveciennes sur mes biens qui se trouvent ainsi sous la protection des lois.

o'gorman

Les lois! Les scellés de Louveciennes ont

été levés.

LA DU BAHhY, cri de j'oie.

Les scellés ont été levés ?

o'gorman Dimanche passé.

LA DU BARRY

Vous voyez bien que c'est le commencement de ma liberté?

o'oOiMAN

Non, ma fille, car les scellés n'ont été levés que pour une perquisition.

LA DU BAMRY

Que dites-vous? Alors, on eti entré à Loaveciennes? En mon absence? Bi sans m'en

aviser? Mais je suis tranquille. On n'a rien pu trouver. Rien.

Si. Et on a tout pris.

LA DU BARRY

Quoi?

o'gorman

Vos lettres et vos papiers d'abord, classés en douze cotes.

LA DU BARRY

J'ai brûlé les dangereux.

o'gorman

Il en restait assez pour vous perdre. Et on a trouvé aussi vos trésors... Là où vous les aviez cachés.

LA DU BARRY

Ce n'est pas possible.

o'gorman, lui tendant un papier.

En voici la liste.

la du BARRY, sauta7it SUT h papier qu elle parcourt avidement avec rage,

K Oui... Oh I ils ont trouvé le grand service

246 LA CHIEimE DU ROI

d'or I Le paquet des cent trente rubis I Mes boîtes de jeux I les sacs d'argent... les émeraudes... les diamants blancs... les chaînes d'oreilles. Tout ! Mais ils ont tout trouvé î Ils n'ont rien laissé... Que faisaient donc mes femmes ? les valets ? Morin ?

Transférés depuis à la Force.

LA DD BAREY

Ah ! mon Dieu ! Alors, c'est fini, je suis perdue, je suis toute seule, je n'ai plus personne, je ne dis pas qui me défende, mais qui me soutienne et qui m'aide.

o'GORMAlf

Si I Vous avez la Reine, et moi. Répoodei ! Vous acceptez maintenant que 1 on vous sauve? Oui, n'est-ce pas?

LADU BARRY

Eh bien, noni Non, non, non! J'aurai, moi aussi, ma fierté, mon opinion, mon courage! Je mourrai, l'abbé, je mourrai, entends-iu? Je

veux mourir, exprès, pour racheter, et puis pour leur apprendre, pour montrer que j'en suis capable, comme tant d'autres, comme hier le Roi, demain la Reine, comme le ferait feu le Bien-Aimé, s'il était là ! Voilà-t-il pas une affaire ! Je mourrai. Empochez ça. C'est promis. Et puis, il faut. C'est la mode. Tout le monde meurt, cet hiver.

o'gorman Et vous êtes sûre de ne pas regretter?

LA DU BARRY

La vie? Qu'en ferais-je? Elle n'a plus rien pour moi ! Elle m'a comblée, gâtée, versé à flots tout ce que femme sur terre...

Oui. Oubliez...

Mais aussi comme elle s est vengée 1 Et comme elle se rattrape ! Sans doute j'ai été heureuse ! Mais que, maintes fois, j'ai donc souffert ! Et à présent, que n'ai-je pas à endurer de l'ignominie des hommes ! Que d'abjec-

Îi8 LA CHIENNE DU ROI

lions, d'ordures n'ont-ils pas répandues sur moi?

G GORMAN

Par châtiment des vôtres.

LA DU BARRT

Et les menaces ! Les chantages I Que d'argent j'ai lâché, je lâche tous les jours ! Et pourquoi? Pour rien! Ah! la méchanceté... diabolique !... Tous ceux que j'ai obligés, écrasés de bienfaits, jusqu'à ce Zamor, ce nègre, ce singe, devenu citoyen ! mon égal ! Bouffonnerie ! Et tous les cadeaux, les costumes de housard, en velours, en basin de Silésie, rien n'était trop beau ! Et des fracs et des polonaises...

Un coup à r horloge.

o'gorma.> Plus qu'un quart d'heure!

LA DU BARRY

Qa'est-ce que je disais ?

o'gorman Que vous mourriez !

LA DU BARRY

Ah ! ouirEh bien, c est entendu. Etes-vous content ?

o'gorman

Certes. Et vous voilà enfin comme je vous voulais.

LA DU BARRY

Ainsi, ma tête... tombera ? Cette tête-là, grosse comme un poing, qu'on a tant aimée, qui tient, qui remue, qui tourne, parle, et pense, pense à tant de choses...

o'gorman Sauf à une seule.

LA DU BARRY

Oh ! qu'elle pense, mon père I

o'gorman Trop et pas assez !

LA DU BARRY

Cette tète-là sera, elle aussi... {Elle porte les deux mains à son cou et a une minute de fai-

blesse et de terreur,) Non. . . Oh î quel maU^ Si vous saviez !... Quel malheur!

O GORMAN

Quoi donc?

11 faut que je vous l'avoue...

o'gorman Allez, dites-moi tout.

LA DU BARRY

Mon père, je ne suis pas brave.

o'gorman

Pas brave!... Mais, vous l'êtes, ma fill*^ Plus qu'un soldat.

TA DU BARRY

Non, vous dites ça pour me faire plaisir, pour me le persuader?...

o'gorman

Pas du tout. Je le pense, vous êtes brav très brave... Plus que moi je ne le serais.

LA DU BARRY

En ce moment. Mais demain?

o'gorman Demain aussi. Vous le serez.

LA DU BARRY

Non. Taisez-vous. Demain, quand il faudra... je ne le serai plus. Aujourd'hui... ah! aujourd'hui, parbleu, je suis belle, et je promets... Je veux mourir, et sans manières, à la du Barry. Ma devise : « Boutez en avant ! » Je bouterai... Et puis, à la minute même que je le dis, je sens que je ne le ferai pas.

Allons donc! Pourquoi?

LA DU BARRY

Parce que je ne suis pas seule. Oui... j'ai un corps... un corps... {Elle se frappe la gorge, le ventre, la poitrine^ Ce corps adoré qui s'écoute, et me désobéit toujours. Oh ! sans lui!...

o'gorman Oui, mais, nous l'avons.

252 l.A i.MicNNE DO ROI

LA DU BARRY

Voilà pourquoi, à cause de lui qui n'est bon qu'à vivre, je ne saurai pas mourir. Aussi, j« me vois comme si j'y étais, je crierai, l'ahbé !

o'gorman Non.

f. \ rXT BARRY

Je vous dis que si. Je le sais bien I Je me débattrai, je grifferai et mordrai le bourn : '

J'appellerai au secours, cl personne ne \ dra.

o'gorman Si, quelqu'un, mais pas à ce secoara-là.

LA DD BARKY

Et pendant que je serai hurlante, dans les gros bras nus des valets de guillotine...

o'GORMAIf

Eq expiation d'autres bras.

LA DU BAKIY

La foule, ma bonne foule qui jamais ni

pitié, grondera sur la place, en faisant la moue, et crachera : « Oh ! la gueuse, qu'elle est lâche!... » Et, en effet, je le serai, ignoblement.

Pauvre petite!... A quoi bon me dire tout cela?

LA DU BARRY

Ce n'est pas pour me plaindre... C'est pour qu'il y ait au moins une personne sur terre — vous — qui connaisse la qualité de mon sacrifice. Volontairement, sciemment, je refuse le salut que vous m'apportiez, et je me condamne à mort, certaine, cependant, que je n'aurai pas la force de mourir. Voilà ma coquetterie. Me défiant de moi-même, j'en triomphe à l'avance. Je prends mes précautions. Je me joue un bon tour, comprenez-vous ? Quand on m'entraînera, et que je supplierai : « La vie, messieurs ! La vie ! Je retire tout ce que j'ai dit. Donnez-moi la vie ! » Trop tard ! il ne sera plus temps ! Quand je crierai : Je ne veux pas ! Ça ne servira à rien. ^B.\^f aurai voulu! A ce momentlà, je manquerai de courage, mais j'en aurai eu avant. Les hommes l'ignoreront.

254 LA riMFWF DU ROI

O GORMAN

Dieu le saura. Il le sait déjà. Oui, ma fill et il vous rafûrme par ma bouche... Et si votre chair est faible et petite, et qu'elle vou- ' ' e et crie... eh bien, mais laissez-la crici... .i-i^ oui, d'abord, c'est la chair... moins que riei la pauvre chair, mauvaise et fragile... l.i vôtre a été souvent, très souvent, à vilaine l» sogne et à la boue... Voyons! franchement là, tous les deux, mérite-t-elle bien d'être au jourd'huiàla parade et à l'honneur? Eh ! dam* non ! Et puis, quoi? le courage... au fond... no pas trembler... mourir... hautl... Qu'est-r.* que c'est?... Souvent, ce sont ceux qui vuui, claquant des dents, dont le cœur est hardi et ne frissonne pas, et puis ceux dont le dehors est splendide, qui traînent une âme a8sommé<' Nous ne savons rien. En lin, crier est permis, dès qu'on meurt. Jésus a crié sur la croix. Les saints ont crié. Pas tous, quelques-ons. C'est le cantique de la souffrance. Vos cris ne seront pas aux oreilles divines des cris du corps, mais de Tâme, ils seront la rançon des cris de désordre et de triste joie que vous avei poussés., ils ne seront pas des clameurs de détresse mais des chants de vicloire... Cries, mon petit

enfant, criez bien fort, et de tout votre cœur, criez, allez-y, comme on sanglote, comme on prie... Et maintenant, je vais vous donner quelque chose qui va vous apprendre à mourir... puisqu'on ne vous l'a jamais enseigné.

LA DU BARRY

Oui! Quoi donc? Je devine.

o'gorman C'est bien cela. Nous nous entendons.

LA DU BARRY

Alors, vraiment? Vous le pouvez? A moi? A moi?

Sans doute. C'est si facile. Dépêchons. Mettez-vous à genoux. {Elle s y met.) Et récitez l'acte de contrition.

LA DU BARRY

Je ne le sais plus.

o'gorman Eh bien, dites simplement : « C'est ma

faute. > Et ne pensez qu'à ceci : Je demande pardon.

LA DU 6ARRY

C'est ma faute.

o'gorman

Faites le signe. Je vais vous donner l'absolution... la grande... celle qui ôte tous les péchés. {La du Barry se met à genoux. Il se recueille t prononce une courte prière et commence, en levant la main,) In nomine Patris,.,

Bruit de pas de soldats, de propos bruyants, à la cantonade, et qui se rapprochent,

LA DU BARRY

C'est ma faute.

o'goriian ... et Filii.

LA MT BAIRT

Je demande pardon.

Le groupe du corridor se rapproche, rires, bousculades. Coups de poing dans la porte et voix.

VOIX

Ça va, la chienne ?

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