‹ Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographiesChapitre 50 sur 51 · CHEF IROQUOIS · texte numérisé non relu

CHEF IROQUOIS

A LIIONS avec rçconnaissatice cette noble

figure de l'un des plus grands capitaines iro-

quois, converti par la prédication des Jésuites,

et mort comme un saint, après avoir vécu .

dans l'accomplissement de toutes les vertus

chrétiennes.

Garaconthié appartenait à la tribu des Onnontagués.

En 1655, les Pères Chaumonot et Dablon partaient de

Québec pour aller évangéliser ces nations iroquoises où

la foi n'avait pas encore pénétré. Ils arrivèrent à Onnon-

tagué le 5 novembre, après un voyage pénible. L'accueil

fait aux vaillants missionnaires fut assez bienveillant.

Les chefs même se montrèrent bien disposés à leur

égard; ils promirent d'ériger une chapelle et une cabane

pour y loger les Pères. Plusieurs femmes manifestèrent

l'intention de se faire instruire des vérités de la foi ; des

enfants reçurent le baptême. Bref, l'on pouvait prévoir

par les débuts, que la mission des Onnontagués serait

fertile en bons résultats.

Les iîe7atioi2s des Jésuites ne mentionnent pas encore à cette date le nom de Garaconthié, mais il est assez probable qu'il se trouva plus ou moins mêlé à ces premiers événements de l'éclosion du catholicisme à Onnontagué, et que sa vocation se décida dès les premiers jours. H nous faut arriver à l'année 1661 pour constater sa

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présence et sa coopération à Tœuvre évangélique. Le Père Simon Lemoyne en parle comme suit :

*'A deux lieues du bourg (Otiatanhegué), nous faisons rencontre d'un capitaine nommé Garaconthié, <iui est celui chez qui nos Pères et moi avons pris logis toutes les fois que nous sommes venus en ce pays-ci, C'est un esprit bien fait, d'un bon naturel, qui aime les Français, et qui en a ramassé jusqu'à vingt dans son bourg : les tirant, les uns des feux des Agnierronons, les autres de lacaptivité: de sorte qu'ils le regardent comme leur Père, leur Protecteur, et l'asile uilique qu'ils ont dans cette barbarie. C'est lui donc qui a entrepris la délivrance de tous ces pauvres captifs français, et qui ménage la paix entre sa nation et la nôtre."

Garaconthié reçoit les Pères dans sa cabane ; il convertit celle-ci en chapelle, il amène les députés des cinq nations iroquoises dans son bourg, afin de pouvoir con- •clure la paix avec les autorités françaises ; il voit à ce que les captifs français soient bien traités, il les invite à «es festins particuliers. Bref, il en fait tant et tant, qu'on ne le désigne plus que sous le nom de Père des Français, Aussi voyons-nous que dans un premier voyage à Montréal, il y fut reçu avec des honneurs extraordinaires. La population lui fit fête ; il y eut salve d'artillerie à son départ.

En 1662, Garaconthié fit un acte de courage bien propre à démontrer sa vertu et sa foi. Les Iroquois Agniers avaient enlevé à Argentenay, en l'île d'Orléans, .un crucifix de deux pieds et demi de haut, et l'avaient transporté dans leur pays, comme une dépouille précieuse. Ayant appris cela, Garaconthié se rend chez les Agniers, et il leur demande de restituer cet objet du truite sacré, mais en des termes d'une telle éloquence, que les barbares ne purent résister. Ils lui remirent le crucifix.

après avoir accepté un présent en compensation. Garaconthié plaça le crucifix sur l'autel de la modeste chapelle où, tous les jours, Français, Hurons et Iroquoi» allaient prier Dieu.

Ce sauvage, éminent entre tous, fit construire à ses. frais une résidence pour y loger les missionnaires, qu'il ne cessa jamais de couvrir de sa haute protection.

Garaconthié, vu sa position et le prestige dont il jouissait au sein des tribus iroquoises, rendit donc d*éminents services, non seulement aux captifs français retenus chez les barbares de sa nation et aux missionnaires: qui se sont succédés depuis 1655 jusqu'à 1678, mais; aussi à la France qu'il aimait comme sa propre patrie. On l'entendit faire des discours dans ce sens, au grand ébahissement de ses congénères.

En 1665, cinq différentes nations se rendirent à. Québec pour y traiter de la paix. Les Onnontagués, conduits par Garaconthié, étaient de ce nombre. M. de Tracy, lieutenant du roi, le reçut avec beaucoup d'égards, car il savait que c'était un ami des Français. Le chef indien, grand discoureur, prononça à cette occasion une harangue pleine de bon sens, toute de sympathie à. l'égard des Français, remplie de bons souhaits à l'adresse des Jésuites. Faisant allusion à la mort du Père Lemoyne, encore de date récente, le chef s'écria en l'apostrophant: **Ondessonk, m'entends-tu du pays des mortsoù tu as passé si vite? C'est toi qui as porté tant de fois la tête sur les échafauds des Agnierronons ; c'est toi qui as été courageusement jusque dans leurs feux en arracher tant de Français ; c'est toi qui as mené la paix et la tranquillité partout où tu passais, et qui as fait de» fidèles partout où tu demeurais. Nous t'avons vu sur nos nattes de conseil décider de la paix et de la guerre ;: nos cabanes se sont trouvées trop petites quaxid tu y es.

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entré, et nos villages même étaient trop étroits quand tu t*y trouvais, tant la foule du peuple que tu y attirais était grande. Mais je trouble ton repos par ces discours importuns ; tu nous as si souvent enseigné que cette vie de misère était suivie d*une vie éternellement bienheureuse ; puis donc que tu la possèdes à présent, quel sujet avons-nous de te regretter? Mais nous te pleurons, parce, qu^en te perdant, nous avons perdu notre père et notre protecteur. Nous nous consolerons néanmoins parce que tu continues de Pêtre dans le ciel, et que tu as trouvé, dans ce séjour de repos, la joie infinie dont tu nous as tant parlé.*'

En 1668, Garaconthié retourna à Québec pour traiter encore de la paix. Le gouverneur Courcelle et rintendant Bouteroue lui firent une jolie réception. Ils acceptèrent ses présents et lui garantirent la paix, pourvu que les Iroquois cessassent d'être si remuants.

Ce ne fut qu'en 1670 que Garaconthié reçut le baptême. Il fallait plusieurs années d'épreuves à ces barbares dont le rang plus élevé pouvait être un écueil à la constance de leur foi. Seize ans s'étaient écoulés depuis le jour où les missionnaires étaient venus en contact avec lui. Jamais il ne s'était démenti dans tous les actes extérieurs de sa vie. On le savait chaste ; il avait hautement renoncé à là polygamie ; il rejetait comme une erreur monstrueuse la croyance aux songes. En plu» d'une circonstance publique, il avait annoncé son désir d'être fait chrétien et d'être régénéré par le baptême. Mgr de Laval consentit donc à lui administrer le sacrement qui fut l'entrée solennelle dans l'église de ce païen déjà ferme dans la foi. La cathédrale de Québec ouvrit, ce jour-là, ses portes à tous ceux qui voulurent être les spectateurs de cette scène attendrissante. On y voyait à côté des Français, des Hurons, des Algonquins,

des Outaouais, des Mahingans ott Loups, des Iroquois de toutes tribus. Le gouverneur Courcelle agit comme parrain, et mademoiselle de Bouteroûe, fille de Tintendant, fut la marraine.

Après la cérémonie, Garaconthié fut conduit au château Saint-Louis. Là, il remercia de vive voix le gouverneur de lui avoir donné son nom — Daniel.^Puis, il quitta le château en traversant une double haie de soldats, qui lui présentèrent les armes. Une décharge générale de mousqueterie mit le complément à cette fête solennelle, qui dut compter dans la vie de Daniel Garaconthié.

A partir de ce jour, Garaconthié se dévoua complètement à Toeuvre des missionnaires dont il fut le bras droit. Le Père Millet écrivait de lui en 1670 : /* Garaconthié doit être plus estimé et plus considéré que tous les autres. Il faut avouer que c*est un homme incomparable : il est Tâme de tout le bien qui se fait ici : il y soutient la foi par son crédit ; il y maintient la paix par son autorité ; il ménage les esprits de ces barbares avec une adresse et une prudence qui égalent celle des plus sages de TEurope ; il se déclare si hautement pour la gloire et pour Tintérêt de la France, qu^on peut justement rappeler le protecteur de cette couronne en ce pays ; il a un zèle pour la foi comparable à celui des premiers chrétiens ; enfin il sait se conduire de sorte qu41 se soutient toujours dans Téclat et dans Tautorité que lui donne sa charge de capitaine général de cette nation, et qu41 ne s^en sert que pour faire du bien à tout le monde.*'

C'est ainsi que, retourné dans son pays, Garaconthié fut un sujet d'édification pour tous. Sa femme se convertit bientôt et devint un modèle dans sa sphère

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d'action. Au premier festin qui eut lieu après son baptême, et auquel assistaient tous les principaux chefs iroquois, Garaconthié fit une profession publique de sa foi. Son discours, qui mériterait d'être cité, est une répudiation complète de ses erreurs passées, et un appel à tous de se ranger sous Tétendard du Christ fait homme. Ce langage nouveau eut pour effet de produire quelques conversions, comme aussi de ramener au bercail plusieurs brebis égarées.

Etant allé en traite jusqu'à New- York, il fut reçu chez Je gouverneur qui avait entendu vanter ce barbare comme un homme d'esprit et rompu aux affaires. Le gouverneur eût désiré mettre la paix entre les Loups et les Iroquois, mais il ne savait comment arriver à ce résultat. Consulté à ce propos, Garaconthié lui parla bien ouvertement: **I1 vous est inutile d'y songer, dit-il, vous n'entendez rien à ces sortes de négociations : cette gloire n'appartient qu'^à Onnontio— le gouverneur de Québec— Lui, quand il nous parle d'affaires, il nous recommande d'honorer Dieu et de garder ses commandements. Vous faites tout le contraire: vous vous moquez du crucifix et du chapelet que je porte à mon cou. Quelle bénédiction pouvez-vous attendre de Dieu dans vos traités de paix, puisque vous blasphémez contre ses plus adorables mystères et l'offensez constamment."

Ce fut lors de ce voyage à New-York qu'il alla un jour dans une église protestante prier son Dieu. C'était au beau milieu d'un sermon. S'étant mis à genoux, comme il eût fait dans une église catholique, il fut interpelé à haute voix par le prédicateur, qui lui enjoignit de s'en aller. Garaconthié lui répondit tout haut : * * Attendez, je n'ai pas encore achevé ma prière. Vous faites bien voir que vous n'êtes pas chrétien, car vous n'aimez pas la prière."

Dans tin festin qu'il donnait le jour de Noël, il fit apporter un tableau de Notre-Seigneur, et s'étant placé de façon à être vu de tous, il prit le tableau, le salua à quatre ou cinq reprises et ajouta : ** Voici Tunique maître de nos vies. C'est le seul, et non pas Agreskoué, qui doit être invoqué. Il gouverne nos vies. Ce ne sont pasi nos songes qui nous font vivre longtemps. Jésus, fils d'une vierge, vous êtes sans égal en beauté. Faitesnous asseoir auprès de vous au ciel. Nous qui sommes chrétiens, souvenons-nous de ce que nous lui avons promis quand on nous a baptisés."

Le Père Lamberville qui l'assista dans sa dernière maladie, raconte ce qui suit : ** Sitôt qu'il fut attaqué, il me vint trouver, et après avoir prié Dieu, il me dit: "Je suis mort, " et demanda à se confesser, ce qu'il fit avec toutes les marques d'un véritable chrétien. Je lui rendis pendant sa maladie de grandes assiduités et il ne cessait de me dire : ** Prions Dieu ensemble. " Il le faisait souvent seul, et voulut que je dise de bonne heure les prières de l'Église pour les agonisants. Je ne pus lui donner le saint viatique, parce qu'il avait des vomissements continuels. Il excita sa femme à vivre en bonne chrétienne, et ses parents à se convertir. Il résista constamment à l'importunité de ceux qui voulaient appeler les jongleurs pour le guérir par leurs superstitions ordinaires ; il leur répondait que sa vie était entre les mains de Dieu, et que, puisqu'il jugeait à propos de le retirer de ce monde, il en était content.

"Il voulut en outre faire un festin solennel, pour y déclarer en public ses dernières volontés. C'est ce qu'ils appellent le festin d'Adieux. Il y fit parler deux hommes des plus considérables, qui dirent de sa part tant aux anciens qu'aux jeunes gens, qu'il les exhortait à respecter notre gouverneur comme leur père ; — qu'ils tournassent leurs armes contre les Outagamis ; — qu'ils se

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souvinssent après sa mort que le meilleur adieu qu'il leur laissait, était de vivre toujours en bonne intelligence avec nous ; — enfin qu'il les conjurait de se faire tous bons chrétiens et de quitter leurs superstitions comme il avait fait, — Puis se tournant vers moi : " Vous ** écrirez, dit-il, à M. le gouverneur, qu'il perd le meilleur *' serviteur qu'il avait parmi les Iroquois ; et je supplie ** Monseigneur l'évêque, qui m'a baptisé, et tous les mis- ** sionnaires de prier Dieu que je ne reste pas longtemps * * en purgatoire. ' '

** Les conviés s'étant retirés, il m'appela près de lui : ** Il faut donc enfin, me dit-il, nous séparer ; je le veux ** bien, puisque j'espère d'aller au ciel." Il me pria ensuite de réciter le chapelet avec lui, ce que je fis avec quelques chrétiens, et ensuite, après la recommandation de l'âme, il m'appela et médit : ^^Anne ga a gebiaiaj voilà " que je me meurs." Et puis il rendit fort paisiblement l'esprit. Je me mis aussitôt à genoux auprès du Corps, avec toute la parenté, pour prier Dieu pour le repos de son âme ; mais les pleurs nous ôtèrent la voix. Pendant qu'il expirait, son frère aîné lui prit la tête, disant : " Courage, vous allez au ciel, où vous serez heureux. ** Oh ! vous êtes bien chrétien ; Jésus vous aime, il aura ** pitié devons."

Telle fut la fin édifiante de ce grand barbare, qui devint un grand chrétien sous l'influence de la grâce.

CATHERINE TEKAKOUITHA

VIERGE mOQUOISE

;ÎATHERINE TEKAKOUITHA naquit, en 1656, au pays des Agniers, dans un petit

L vi

^ village appelé Kendaouagué. Son père était païen, et sa mère chrétienne. Celle-ci ^ était algonquine : les Iroquois Tavait faite prisonnière dans leurs incursions autour des Trois-Rivières, et l'avaient amenée dans . leur pays. C*est ici qu'elle dut passer sa vie, qui du reste, ne fut pas bien longue. En mourant, elle laissa deux enfants sans baptême sous les soins d'un oncle qui était un chef dans son village ; Tune de ces enfants était Catherine, qui fait le sujet de cette esquisse.

Cette enfant était bien douée sous tous les rapports, mai^ surtout au moral. Elle était soumise, laborieuse, complaisante et charitable. Son oncle l'estimait beaucoup à raison des nombreux services qu'elle lui rendait, car la jeune fille savait être utile à ses parents, en pilant le blé, en portant l'eau et le bois.

Un jour, trois missionnaires jésuites arrivèrent au pays des Agniers et vinrent loger chez l'oncle de Catherine : c'était les Pères Frémin, Bruyas et Pierron. Catherine les vit prier Dieu, remarqua leur bonté, leur douceur, leur affabilité, et elle resta sous le charme. Dès ce moment elle comprit qu'elle serait bientôt chrétienne,

CATHERINE T^EKAI^OUITH A 311

dût-il lui en coûter les plus douloureux sacrifices. Mais elle ne parla à personne de son dessein, se réservant à elle-même d'en conférer plus tard avec la Robe Noire. L'occasion ne pouvait* lui mianquer, car les Jésuites avaient entrépris d'évangéliçer les tribus iroquoises, au grand mépris de leur vie.

Quelque temps après,- lè Pète de Lâmberville vint se fixer au milieu des Agniers. Avec cette finesse de péné- , tration qui le caractérisait, il eut vite compris, après ravoir questionnée; que la petite Tekakouitha désirait ardemment le baptême. Aussi s'appliqua-t-il sans retard à lui expliquer le catéchisme. Tout l'hiver de 1675 fut consacré à ce travail. Et le jour de Pâques de la même année, Tekakouitha reçut le saint baptême avec le nom de Catherine.

A partir de ce moment, la jeune néophyte se voua à la pratique de la vie t^figie^se avec un zèle extraordinaire. Sous l'œil du missionnaire, elle sut observer un règlement de vie, qui devait la conduire jusqu'à la perfection. Peu de mois s'écoulèrent avant de devenir un modèle de toutes les vertus chrétiennes. Cependant Catherine n'était qu'à âèmi^ satisfaite de son sort. Il lui semblait toujours que sa vie, passée au contact de gens sans foi ni loi, serait toujours incomplète. Les persécutions auxquelles elle était sans cesse en butte, lui firent comprendre qu'il lui serait difficile, sinon impossible, de pratiquer sa religion avec autant de régularité que si elle vivait dans lin milieu plus talme. Elle résolut donc de quitter son^pays'lfiatal poùr^aller résider ailleurs.

Une petite colonie iroquoise venait d'être fondée à la Prairie de la Madeleine, grâce aux soins des missionnaires, qui avaient su attirer quelques chefs de familles au milieu des Français en leur démontrant l'importance de sauver leur âme. Catherine avait une sœur qui s'était

retirée avec son mari A la mifimonde la Prairie. Elle prit la détermination de la rejoindre, et mi jour elle quitta furtivement la maison de son oncle pour aller vivre avec cette sœur qu'elle aimait tendrement. Dès ce moment, Catherine se donna tout entière à Dieu. Tous

les matins elle entendait deux messes. Durant le jour, elle quittait les travaux du ménage pour aller prier aux pieds du Saint Sacrement.

Le soir, elle retournait à la chapelle et n'en sortait que bien avant dans la nuit. Bref, elle parvint à un état si sublime d'orai son, qu'elle pouvait passer des heures entières en communication intime avec son Dieu. Les mis-

Cathkkinb Tbkakouitha

sionnaires ne tarife lis de la vallée des Mohawkt ( 1 )

dèrent pas à Im faire faire sa première communion ; elle mit à la préparation de cet acte important tout le soin possible. Sa ferveur était si grande lorsqu'elle participait à la sainte Eucharistie, que les j-cunes filles recherchaient son

( 1 ) D'après une peinture attribuée au P. O. Chanchetièrc, 8. J. 1681.

CATHERINE TEKAKOUITHA 313

voisinage afin de se mieux préparer elles-mêmes à recevoir Jésus-Christ.

Catherine eut la consolation de faire un petit voyage à Montréal. Là, elle vit des religieuses, dont le genre de vie lui donna ample matière à réflexion. Elle s'informa de tout et elle apprit que ces vierges s'étaient données à Dieu par le vœu de chasteté perpétuelle. Elle voulut en faire autant et les missionnaires lui en accordèrent bientôt la permission. Catherine choisit le jour de T Annonciation poui^ prononcer son vœu de virginité.

Depuis ce moment Catherine sembla dégagée de tout lien terrestre. Ses soupirs montaient sans cesse vers le ciel ; ses austérités ne connurent plus de bornes, au point que les missionnaires durent lui enjoindre la modération. Malgré les adoucissements'qu'elle dut mettre à cette vie de pénitence, Cathei:ine se voyait dépérir à vue d'œil, et bientôt son corps ne fut plus qu'un squelette. Mais son âme s'embellissait de jour en jour ; toutes les vertus brillaient en elle du plus vif éclat.

Une vie si sainte devait être couronnée par une précieuse mort. Ses derniers moments furent des plus édifiants, tant sa patience et son union avec Dieu semblaient parfaites. Le mardi de la semaine sainte 1680, Catherine devint tellement faible, que le ministre du Seigneur jugea prudent de lui donner le saint Viatique et de lui administrer l'Extrême-Onctipn. Le lendemain, sur les trois heures de l'après-midi, après avoir prononcé les saints noms de Jésus et de Marie, Catherine Tekak- . ouitha entra dans une douce agonie, et une demi-heure plus tard, elle expirait paisiblement, comme si elle fut entrée dans un sommeil tranquille et bienfaisant.

Ainsi mourut Catherine Tekakouitha, dans la vingtquatrième année de son âge, après avoir embaumé la mission du Sault du parfum de ses vertus. Plusieurs

guérisons extraordinaires eurent lieu sur son tombeau, et personne ne douta, dans le temps* qu'elles se produisirent par rintercession de cette sainte fille. Elles furent attestées par des témoins dont la parole ne saurait être mise en doute. Qu41 nous suffise de rapporter le témoignage de deux personnes, qui ont elles-mêmes bénéficié du crédit de Catherine auprès de Dieu, et qui ont jugé à propos de léguer à la postérité le récit de leurs guérisons.

Le premier témoignage est de M. de la Colombière, chanoine de .la cathédrale de Québec, et grand-vicaire du diocèse.

** Ayant été malade à Québec, Pannée passée, depuis le mois de janvier jusqu'au mois de juin, d'une fièvre lente, contre laquelle tous les remèdes avaient été inutiles, et d'un flux que l'ipécacuanha même n'avait pu guérir, on jugea à propos, dit-il, que je fisse le vœu, au cas qu'il plût à Dieu de faire cesser ces deux maladies, de monter à la mission de saint François-Xavier pour prier sur le tombeau de Catherine Tekakouitha. Dès le jour même, la fièvre cessa, et le flux étant beaucoup diminué, je m'embarquai quelques jours après pour m'acquitter de mon vœu. A peine eus-je fait le tiers du chemin, que je me trouvai complètement guéri. Comme ma santé est quelque chose si peu utile que je n'aurais osé la demander, si la deffërence que je dois avoir pour des serviteurs de Dieu ne m'y avait obligé, on ne peut raisonnablement s'empêcher de croire que Dieu, en m'accordant cette grâce, n'a point eu d'autre vue que celle de faire connaître le crédit que cette bonne fille a auprès de lui. Pour moi, je craindrais de retenir la vérité dans l'injustice, et de refuser aux missions du Canada la gloire qui leur est due, si je ne témoignais, comme je fais, que je suis redevable de ma guérison à cette vierge iroquoise. C'est

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pourquoi je donne la présente attestation avec tous les sentiments de reconnaissance dont je suis capable, pour augmenter, si je puis, la confiance que Ton a en ma bienfaitrice, mais encore plus pour exciter le désir d'imiter ses vertus.

''Fait à Villemarie, 14 septembre 1696.

J. de la Colombière.

P. J. Chanoine de la Cathédrale de Québec.*'

Le second témoignage est de M. du Luth, capitaine d'un détachement de la marine et commandant au fort Frontenac. Il s'exprime ainsi :

'•Je, soussigné, certifie à qui il appartiendra, qu'étant tourmenté de la goutte depuis vingt-trois ans, avec de si grandes douleurs qu'elle ne me laissa pas de repos l'espace de trois mois, je m'adressai à Catherine Tekakouitha, vierge iroquoise, décédée au Sault Saint-Louis, en opinion de sainteté, et je lui promis de visiter son tombeau, si Dieu me rendait la santé par son intercession. J'ai été si parfaitement guéri à la fin d'une neuvaine que je fis en son honneur, que depuis quinze mois je n'ai senti aucune atteinte de goutte. .

" Fait au fort Frontenac, ce 15 août 1696.

J. du Luth."

Un bon nombre d'autres guérisons extraordinaires se produisirent encore non seulement en Canada, mais aussi en France. Toutes n'ont pas subi une enquête juridique, mais il parait dûment établi, d'après les témoignages verbaux et écrits connus, que Catherine Tekakouitha, que l'on a surnommée la Thaumaturge du Nouveau-Monde, la Geneviève du Canada, a réellement obtenu par son crédit auprès de Dieu des guérisons corporelles et des grâces spirituelles à ceux qui placent leur confiance dans son intercession.

Pendant longtemps le peuple afflua auprès de son tombeau, mais un jour ces pèlerinages cessèrent, sans que toutefois disparût le souvenir de la vierge de Caughnawaga. Il n'y a pas plus de dix ans, trois évêques et soixante prêtres, tant canadiens qu'américains, assistaient à la bénédiction d'un monument érigé à sa mémoire, grâce à la munificence de M. l'abbé Walworte, curé de l'église Sainte-Marie, dans la ville d'Albany. L'endroit choisi était le village de Funda, situé au nord delà rivière des Mohawks, près d'Albany. C'est là qu'on prétend que Catherine naquit et reçut le baptême. Plus de 2,000 personnes étaient présentes à cette grandiose cérémonie. Le Père Drummond, jésuite canadien, fit un sermon en français et un autre en anglais, sur les vertus de l'héroïné'indienne. Puis le PèreBurtin, 0. M. I., parla en langue iroquoise aux sauvages. Dans son discours, l'éloquent Oblat fit allusion à la demande adressée par les Jésuites au Saint-Siège pour l'introduction de la cause de béatification du Père Jogues, du Frère Goupil et de Catherine Tekakouitha, demande à laquelle les Pères du troisième Concile plénier de Baltimore, tenu en 1884, ont souscrit en y ajoutant une pétition formelle. Attendons les décrets de la Providence, et ayons confiance. L'Église saura parler en son temps.

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