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LE PORTRAIT

Dans les satins royaux de ta robe vermeille, Hiératiquement, tu m'apparus, debout; Tes cheveux dénoues pendaient sur ton oreille Et tes yeux froids dormaient dans un oubli de tout.

— Alors, je m'arrêtai devant ta sainte image, Comme le mage auprès du berceau vénéré; Et là, j'ai contemplé mon dieu, comme le mage, Si fixement et si longtemps, que j'ai pleuré.

Tes yeux hypnotisés suivaient mes yeux en larmes Avec l'étonnement d'avoir compris si bien, El pour l'unique fois ma tristesse eut des charmes, Car ton regard devint plus triste que le mien.

Doux et navré, si plein d'une pitié si tendre, Il savait donc enfin les angoisses que j'ai ! Le bon regard chagrin s'efforçait de m'entendre Et s'allongeait vers moi d'un air découragé.

- - « Je ne peux rien pour vous, disait-il, et qu'y faire? » Mais sous l'ombre de paix qui tombait de tes cils Mon cœur s'est dilaté comme dans l'atmosphère De la maison qu'on ouvre après de longs exils.

Et mon silence a dit ce que ma voix sait taire. Et j'avais tout conté sans que nul m'entendît, Et d'avoir tant parlé j'étais moins solitaire, Et j'ai moins peur de toi depuis que j'ai tout dit.

Je te vois plus humaine et plus proche, il me semble Que tu pourrais comprendre aussi, que tu permets, Et qu'un jour... — Jamais plus nous ne vivrons ensemble Nous ne parlerons plus d'amour, oh, plus jamais...

l'adoratiox. 173

Tu fais bien de ne pas me plaindre.

Tu fais mieux de ne pas m'aimer :

Sache fuir avant de me craindre, Sache être loin pour t'alarmer.

Je suis trop vieux pour ton aurore.

Je suis trop sage pour l'amour; Prends garde au danger qui t'implore.

Car lu pleurerais à ton tour.

Fuis ! Quand ma tendresse chagrine Saigne sous ta sérénité, J'entends rugir dans ma poitrine Des cris de fauve révolté!

m SEUL.

Ya-l'en vite, et ferme Toreille Aux tendresses que je te dis :

Mon doute est un ange qui veille Au seuil fermé du paradis.

Les jours d'espoir, les jours de guerre Sont déjà les jours révolus; Je voudrais vivre et n'attends guère, Je voudrais croire et ne sais plus.

Ya-t'en ! Je me demande encore, A l'heure où je me sens mourir, S'il est bien vrai que je t'adore Et si je suis sur d'en souffrir.

l'adoration. 1.75

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