‹ SeulChapitre 113 sur 145 · L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

L'AVEUGLE

Puis, la cloche d'Arras frémit dans la tour ronde. Toute seule, et sonna pour annoncer au monde

Que le saint évêque était mort.

Miserere f Le glas roulait de proche en proche. Et pleurait, réveillant la cloche après la cloche

Dans les mille clochers du nord.

Les humbles accouraient pour voir dans son étolt- Les restes de Celui qui portait la parole

Entre leur misère et leur Dieu : Pâle et grave, il dormait, couché parmi les cierge.^ Et le chœur désolé des prêtres et des vierges

Chantait autour de son dais bleu.

Or, l'aveugle Audomer, à l'ombre des pilastres. Priait ainsi : — « Seigneur, Seigneur ! Père des astres

(( Dont l'aube réjouit les cieux î c( Avant qu'on ne l'enferme à jamais sous la pierre, « Laisse-moi voir un saint et lève ma paupière ! »

— Son amour lui rouvrit les yeux.

Oh, comme la lumière est bonne, et chaude, et belle! Tant que le corps béni resta dans la chapelle.

L'homme s'enivra de clarté ; Mais sitôt qu'il eut vu clore et clouer les planches, L'horrible nuit rentra dans ses prunelles blanches

Et dans son cœur épouvanté.

Pauvre Audomer ! Encore, il erra par les rues, Seul, plus aveugle, au long des ténèbres accrues

Et des murs désaccoutumés; Et je te plains, ô toi qui vécus mon histoire : Hélas, moi-même aussi, j'ai contemplé la gloire

Et mes veux se sont refermés.

ROMANCE

Mon amour était mort, ma peine était finie, Et j'errais sous les cieux pour le leur raconter La nuit rêvait avec tant d'harmonie Que je me suis mis à chanter.

Chanter en t'oubliant ! Je chantais Tallégresse D'avoir conquis la paix qui doit toujours durer Mais je chantais avec tant de tendresse Que je me suis mis à pleurer.

Page 1