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L'AURORE

Quand le soleil d'Afrique escalade les dunes Au bord du grand ciel rose et bleu,

Les pâtres du désert courbent leurs nuques brune? Et se prosternent vers le dieu.

L'astre d'or, éployant sa gloire coutumière, Monte dans le temple du jour,

Et, penché sur ses fils, les bénit de lumière En versant des ravons d'amour.

-Ainsi, déesse, ô sœur du Yerbe, ô fleur du Nombre,

Quand surgit ta divinité, 'out mon cœur s'extasie à voir blanchir dans l'ombre

L'aurore de ta nudité.

Comme un prêtre ébloui du dieu qui se présente.

Tremblant du prodige attendu.

J'adore à deux genoux ta chair resplendissante,

0 Beauté, sœur de la Vertu !

HélaSj ton âme est bonne, hélas, ta chair est belle, Mais j'ai pitié de nous quand ton baiser m'appelle, De moi qui te voulus et de toi qui m'élus; >'otre bonheur est triste et rien ne lui pardonne : Hélas, ta chair est belle, hélas, ton âme est bonne, Tu t'es donnée à moi quand je ne t'aimais plus.

Essayons! Tentons la fortune Des faux baisers, des faux serments, Et marchons sous le clair de lune Gomme les amants des romans.

Promenons-nous vers le mirage De l'impossible paradis, Et tâchons d'étreindre l'image Des édens qui sont interdits.

Pose ton front sur mon épaule, Fais-toi douce autant que tu peux, Et jouons-nous le double rôle Du poème qu'on rêve à deux.

'li^ SEUL.

Peut-être, à force d'espérance, Trouveras-tu sur mes genoux L'illusion de la souffrance, Quand l'amour ne veut plus de nous.

Et si le mensonge des songes Ne consent plus à nous leurrer, Consolons-nous dans nos mensonges En pleurant de ne pas pleurer.

LA POSSESSION. 2i3

ROMANCE

Ma prunelle a gardé la splendeur de tes hanches Qui danslessatins bleus mettaientdesfrissonsblancs, Et la souple harmonie où tes seins et tes flancs Mariaient le reflux luisant des courbes blanches.

Mon oreille a gardé le rythme des sanglots Que l'amour exhalait de tes lèvres décloses. Comme un soupir du vent qui meurt parmi les roses, Comme un adieu du soir qui râle sur les flots.

Ma narine a gardé les senteurs de la couche

Où j'ai humé la fleur de tes désirs pâmés,

Et je savoure encor, quand mes yeux sont fermés,

Un long parfum d'œillets qui s'ouvrent sur ma bouche.

Viens là. Ne tremble plus. Le monde entiem'estrieii. Mets ta voix dans ma voix, ton rire sur le mien, Et que ta bouche soit oreille, et tout est bien. Nous paierons s'il le faut l'instant qu'on nous envie, Mais puisqu'il passe, et puisqu'il nous daigne bénir, Oublions pour lui seul les dangers à venir! Toute heure qui commence est si près de finir... Sachons risquer la mort pour amuser la vie !

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