SAGESSE DE LA MER
Mer féconde en sagesse, ô divine éloquence Qui prêches par la voix des flux et des remous, Et sur chaque rocher répètes dans chaque anse Le cri perpétuel que Dieu pousse vers nous!
Gloire du mouvement, si calme en ta démence, Tu sais et tu nous dis que tout effort est vain, Et toujours ta sereine âpreté recommence Le monstrueux labeur qui n'aura pas de fin !
LA PO s SESSION. 281
Sans terme, et bien longtemps avant l'aube des vies, Tu labourais déjtà Tinulile devoir.
Mouvant pour les mouvoir tes forces asservies A Tordre impérieux de toujours se mouvoir.
Sous l'éblouissement du ciel ou sous la brume, Sans but, depuis les temps et jusqu'au fond des temps, Tu soulèves le bloc des eaux blanches d'écume Contre la lune errante et les astres latents.
Et toujours, sur l'écueil, la falaise ou la grève, Ayant la fonction de vivre infiniment.
Tu vas, Léviathan servile, et vas sans trêve, Ame inerte en un corps de rage et de tourment.
Colère sans colère, inconsciente orgie
De la toute-puissance impuissante à jamais,
Tu projettes l'effort de ta masse élargie
Sans mouiller un seul brin d'njonc sur les sommets.
Eiicor! Giflant la bise, écorchant les ténèbres, Tu vas, plus haut, plus loin, et partout à la fois, Répercuter l'écho de tes clameurs funèbres Vers le ciel fatigué qui s'endort sur ta voix.
Jusqu'où? Pour quoi? Par quoi? Force ineffable et sourde,;! Tu ne comprends pas plus que nous pourquoi l'on vit, ;
Mais tu vis, et s'il faut qu'une tempête sourde, Ta vie est là. terrible et rauque, qui sévit.
— 0 colosse stupide ! 0 ma sœur ! 0 ma mère î Je ne permets qu'à toi d'affirmer mon néant, Mais tu peux le crier à mon âme éphémère, Car le nain que je suis comprend ton cri géant.
Parle à l'atome, ô toi qui grondes sous l'espace ! Eternel désespoir, parle au frêle martyr ! Toi qui nous précédais, parle à celui qui passe ! Toi qui demeureras, parle, je vais partir!
Porte-voix de la mort, hurle ma destinée ! Dis-moi l'inanité du triomphe et du deuil ; Mes vœux, disperse au vent leur poussière vannée Je t'aime et te bénis d'insulter mon ors^ueil !
Devant ta majesté, j'ai compris ma misère; J'ai méprisé mon mal devant ton vaste ennui ; Et près de ton néant sublime et nécessaire J'ai pu toucher le mien sans m'éplorer sur lui!