LE MOULIN
Seul, au milieu du cercle immobile des landes Qu'enferme un brouillard bleu tendu par larges ba^de^ Sous le terne désert du ciel qui s'alanguil, Droit, parmi le sommeil universel des formes, Le vieux moulin, girant ses quatre bras énormes, Ahane et grince dans la nuit.
Oh , la vaste torpeur des champs couleur de cendre ! Le grillon qui sifflait s'interrompt pour entendre L'invisible meunier qui siffle dans sa tour; Puis, le meunier se tait, le grillon recommence, Et leurs chants alternés font la paix plus immense Dans le silence d'alentour.
LA POSs:-:ssiox. 28"
Tic tac! Le grain se moud dans la tourelle grise, Et sans fin, sans repos, vite, au gré de la brise, Avec les airs d'un fou qui s'agite en rêvant, Les gestes du moulin lancent dans l'ombre pâle Ses quatre membres secs et brunis par le hàle Qui craquent au souffle du vent.
Aujourd'hui comme hier, et chaque jour encore, Xu. vent doré du soir, au vent blond de l'aurore. Va, bon moulin, toi qui travailles quand tout dort, Et sans savoir pourquoi tu tournes, tourne encore. Tourne toute la nuit, pour reprendre à l'aurore Sous le vent de l'est ou du nord !
Tourne ta grande roue, et vole, et bats des ailes ! Mouds ce qu'il faudra moudre, orges, blés, ou touselles, 0 moulin, bon moulin, qu'importe ce qu'on peut? Et sans savoir quel grain l'on jette sous tes meules, Fougueux inconscient, fort de tes forces seules, Tourne et geins quand le meunier veut!
Tourne, ô mon âme, et mouds ton œuvre, tourne et broue! Sans savoir ce que vaut ton blé, tourne ta roue! La grange est pleine, il faut tourner, mon cœur est plein! Dans le vent du hasard, avec ou sans envie, Et tant que l'heure souffle, il faut tourner sa vie Comme les ailes du moulin !