ENVOI. XXXV
Aimons, et soyons de l'espoir, quand s'épanouira en nous le fleurissant besoin d'aimer. Peut-être arrivera-t-il que l'élu s'assouplisse jusqu'à prendre la ressemblance réelle de l'idéal dont il est revêtu, et si tous les deux y parviennent, ce sera la bonne paix.
Mais s'il arrive, au contraire, qu'on secoue la fatigue des oripeaux menteurs, et qu'on jette le cri qui dissipe les charmes ; s'il arrive que la nature, ignorant nos distinctions sociales et ne sachant pas comme nous que les hommes se divisent en classes, nous incite à chérir des sœurs inaccessibles ; s'il arrive que l'amour, au lieu de rapprocher deux êtres pensants et qui pourraient se rendre heureux, ne leur fait sentir que davantage l'isolement moral auquel les existences humaines se trouvent condamnées : alors, plaignons-nous dans le malheur commun ; pleurons sans colère ; ne nous gardons pas rancune pour les erreurs et les mensonges, car en vérité l'amant n'est pas la dupe de l'amante, ni l'amante de l'amant, mais tous deux sont dupes de la Loi.
Nous rêvons trop, nous souhaitons trop : l'excès du rêve nous a valu l'exil, et c'est l'étsr-
XXXYl ENVOI.
nelle misère cle l'Homme, né pour être une brute et qui veut être un dieu.
— Rassure-toi, l'amour viendra; désole-toi, il n'est pas l'idéal de bonheur que tu penses.