‹ SeulChapitre 32 sur 145 · LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE

Nef de l'ombre, coupole et piliers de ténèbres, La nuit sainte arrondit sa voûte aux arceaux lourds, Et le mystère noir qui pend en plis funèbres Drape sur l'horizon ses rideaux de velours.

La mer plate, la mer couleur de ciel, s'étale Sous le dôme béant du ciel couleur de mer, Et l'on croit voir le marbre immense d'une dalle Où. reluirait le froid éclair des clous de fer.

b SEUL.

Au loin, pâle et sacré comme un encens qui fume, Le brouillard bleu s'enroule autour d'un reposoir, Et le disque argenté qui tremble sous la brume Monte dans l'air pieux ainsi qu'un ostensoir :

Un ostensoir aux pieds des invisibles vierges, Et l'ange de la paix, invisible et sans bruit, Au lustre sidéral vient allumer les cierges Qui brûlent dans le temple énorme de la nuit.

Les vagues, deux à deux, roulent leurs vocalises Comme des voix d'enfants dans le chœur des églises;

Lentement, doucement, leur calmant bercement Mêle à l'àme des vents un cantique endormant.

L ATTENTE

Leurs baisers sur le sable ont la monotonie D'une religieuse et longue litanie.

Voix d'enfants! Voix du cœur! Les souvenirs tremblants Bougent au fond du rêve et tendent leurs bras blancs.

La mer leur parle et les appelle au fond du rêve. Et les voilà qui vont descendre sur la grève :

Les vains efforts, les vains désirs, les vains orgueils, Toute la vanité des espoirs ou des deuils...

Ils racontent : la mer les console ou les blâme, Et l'homme, étant près d'elle, est plus près de son âme.

Il lit son cœur, il va comprendre, il s'avertit, Et devenu plus grand il se sent plus petit.

0 Maître î Loi suprême écrite dans l'espace ! Source des vérités que nous cherchons en vain. Je t'implore, ô splendeur du Vrai. Verbe divin. Toi qui demeures quand tout passe!

Maître ! Si j'ai forfait en quelque jour d'oubli. Si j'ai souillé mon âme et failli dans ma route. Toi qui vois quand je cherche et qui sais quand je doute. Daigne laver mon cœur sali.

Voix de lumière, ô phare éternel de justice^ Projette ta clarté sur l'ombre du chemin, Et s'il est vrai qu'un être a souffert par ma main. Montre-le pour que j'en pâtisse.

l'attente. - 9

Fais que nul ici-bas ne me quitte en pleurant. Que mon âme soit forte afin qu'elle soit bonne, Et daigne me verser la douceur qui pardonne Et la sagesse qui comprend.

iO SEUL.

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