MORTELLE
Celle en qui tu mettais ton culte et ton plaisir, 0 Poète, et qui fut le soleil de ton âme, L'exclusive, vers qui se tendait ton désir, Est morte comme une autre femme !
Elle est morte, et parmi les ossements brisés Que le fossoyeur pousse et roule sous la pelle, Nul ne reconnaîtrait le front ceint de baisers, La bouche qui te fut si belle ;
l'adoi'.ation, 87
Nul ne reconnaîtrait l'épouse de tes vœux,
La mystique dompteuse au sourire d'étoiles
Qui troublait tout ton cœur du vent de ses cheveux
Ou du frôlement de ses voiles;
Celle qui vit fleurir ton rêve entre ses bras Et qui fut le berceau de ton plus cher poème, L'idole trois fois sainte en qui tu vénéras La vie, et l'amour, et toi-même...
Morte, elle a pu mourir ! Et des ais vermoulus Ont muré le trésor de sa chair parfumée; Et la nature a fait le reste, et rien n'est plus... — Je songe à vous, ma bien-aimée...