SCÈNE VI
Les Mêmes, moins SANDRINO.
ercole.
Severo Torelli, quand je partis pour Rome, Où, comme vous savez, je suis resté six ans, J'avais le désespoir au cœur; car les Pisans, Pour le jour désiré d'émeute et de colère, N'avaient pas dans leur ville un homme populaire Qu'ils pussent acclamer pour chef et pour tribun. Mais je viens de vous voir à l'œuvre. Ils en ont un.
SEVERO
Qu'ils me choisissent donc, et que ce jour arrive !
Qu'ils se lassent enfin, qu'on tue et qu'on proscrive
Les plus grands, les meilleurs, les plus nobles d'entre eux !
Qu'ils tentent un suprême effort, les malheureux !
Oui, qu'ils me disent : Va! qu'ils me fassent un signe;
Je serai là pour les commander, quoique indigne.
Que dis-je ? Je fais plus que de le souhaiter,
Ce jour du grand réveil, je voudrais le hâter.
Ce rêve, mes amis, chaque nuit me visite :
La vieille liberté de Pise ressuscite,
En brisant de son front le marbre du tombeau,
Et c'est moi qui l'évoque en frappant Barnabo.
Mais je songe au réveil : Florence est la plus forte;
Les Guelfes reviendront venger la bête morte
Et ressouder nos fers, vieux de prés de cent ans.
Attendons un moment favorable. — Et j'attends.
Car la révolte, hélas ! fut trop souvent folie
Dans notre malheureuse et tragique Italie;
Sur Médicis le fer des Pazzi s'émoussa;
Trois martyrs, vainement, ont égorgé Sforza ;
Toujours au tyran mort survit la tyrannie...
Mais qu'elle sonne, enfin, l'heure cent fois bénie,
Où le Guelfe, occupé de quelque autre ennemi,
Ne laissera peser sa griffre qu'à demi,
Sa griffe de lion sur sa vivante proie,
Alors, — ô quelle ivresse ! ô joie ! ô pleurs de joie,
Qu'au grand soleil revu verse le prisonnier ! —
Je donne le signal, je frappe le premier,
Et, pareil aux tribuns des vieilles républiques,