‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 48 sur 75 · ACTE III, SCÈNE VI. Jl · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI. Jl

De me jeter ici ma naissance à la face ?

Je tiendrai mon serment, je tuerai Spinola!...

Oui, mais revoir ma mère après ce crime-là !

Tendre, pour l'embrasser mes deux mains toutes pleines

Du sang, du même sang qui coule dans mes veines!

C'est impossible, non... je ne pourrai jamais!...

Que je suis malheureux! Et hier encor, j'aimais

Mon pays, mes parents, mes amis, la nature,

La beauté; j'espérais tout de l'heure future;

Je voulais Pise libre et je croyais en Dieu ;

J'avais vingt ans, mon cœur était comme un ciel bleu;

Et, sans que la patrie en pût être jalouse,

Bien souvent je rêvais de quelque blanche épouse,

Et devant une fleur je soupirais d'amour 1...

Mais maintenant je traîne à mon flanc ce vautour !

Je ne crois plus à rien, qu'au crime, à l'adultère !

J'ai cent ans, je suis vieux, je suis mort... Qu'on m'enterre !

Oui, je meurs de fatigue... Allons, creusez mon trou!

Et, pour moi ce sera vraiment un bonheur fou,

Quand la terre, tombant sur ma face farouche,

M'aveuglera les yeux et m'emplira la bouche !

Il tombe épuisé sur un banc, devant le lion. En ce moment, un concert d'instruments, peu éloigné, se fait entendre et joue le prélude d'une sérénade; puis une voix de jeune homme s'élève et chante.

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