‹ Severo Torelli: drame en cinq actes, en versChapitre 56 sur 75 · ACTE IV, SCÈNE II. 8l · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. 8l

Et ce front où descend le baiser de ton fils,

Je l'aime et le respecte ainsi qu'un crucifix

Où la bouche se pose à chaque plaie ouverte!

Ta longue passion, mère, tu Tas soufferte

Par moi, ton seul enfant, pour moi, ton Severo.

Donc, ô pauvre martyre, embrasse ton bourreau.

Je te dois la douceur encor consolatrice

De pleurer dans tes bras, ma mère et ma nourrice!

DONNA PIA

O Dieu, que j'ai prié tant de nuits et de jours, Vous avez pardonné... Mon fils m'aime toujours !*.. Vrai, je te suis donc bonne encore à quelque chose. Ce front, lourd de douleur sur mon sein se repose! Ces yeux, dont les regards sont purs comme des fleurs. Sous mes ardents baisers j'en puis sécher les pleurs!... Que tes cheveux sont doux! Viens, que je les caresse! Quand tu manquas mourir, j'en ai pris une tresse... Voilà dix ans, tu sais... Je la garde toujours... Ah! que je suis heureuse! . . . O temps, suspends ton cours Laisse-moi cet instant de calme en la tempête! Laisse-moi dans mes bras bercer sa chère tête, Comme je le faisais autrefois si souvent, Quand il n'était encor que mon petit enfuit!

SEVERO

Mère!

DONNA PIA

Je me disais : Dieu ne peut pas permettre Que mon fils me méprise. . . Il peut tout, c'est le maître. . .

Il ne souffrira pas non plus que Severo Devienne parricide et se fasse bourreau...

Je savais bien... C'était une chose insensée, N'est-ce pas ? Tu n'as plus cette affreuse pensée... Ton serment? Mais à Dieu, mon fils, qu'as-tu promis? Du sang! Il n'en veut pas... Oui, je sais, tes amis? Qu'importe!... Severo, va consulter un prêtre, Confesse-toi, dis-lui... mais tu l'as fait peut-être... Comme moi, j'en suis sûre, il t'aura répondu Que, lorsque tu jurais, Dieu n'a pas entendu... Non, tu n'as pas trouvé de moine fanatique Qui t'ait dit...

SEVERO

J'ai juré sur le saint Viatique!

Ma mère, je vous aime et vous ai pardonné; Mais, parricide ou traître, hélas ! je suis damné, Et de ces deux forfaits, dites, quel est le pire?

donna PIA.

Tu veux toujours tuer cet homme. . . Oh ! Dieu, j'expire I

Non, non, ta chère main ne fera pas cela !

Mon, tu ne tueras pas, mon fils, ce Spinola!

Tu ne commettras pas cette atroce folie !

Ta mère le défend, ta mère t'en supplie,

Par ce corps douloureux, enfant, qui t'a produit...

Et... tiens...

Elle arrache sa mantille et laisse voir sa chevelure devenue tout grtse.

Par ces cheveux blanchis en une nuit !

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