‹ ShakespeareChapitre 113 sur 137 · Cymbeline, act. ii, se · texte numérisé non relu

Cymbeline, act. ii, se

courir, ne pourrai-je, moi, y voler en un jour? » Et • comme son fidèle serviteur l'engage à réfléchir : « Pisanio, lui répond-elle, je ne regarde ni à droite ni à gauche. Je vais uniquement devant moi. Tout le reste pour moi est couvert d'un épais brouillard/ .» C'est ici la passion qui parle, comme lorsque Juliette attend, avec une impatience fébrile, le retour de son mari, mais la passion permise, légitime, celle qui, après s'être imposé le sacrifice d'une séparation, croit avoir le droit d'en être payée. Imogène a été si malheureuse, si persécutée loin de Posthumus, qu'elle court chercher un refuge dans les bras de son défenseur naturel.

Néanmoins son épreuve n'est point encore achevée. Le bonheur dans l'amour ne s'obtient pas si facilement. Elle tpuche même, sans s'en douter, à la crise la plus cruelle de sa destinée. Le poète exagère à dessein ses espérances et ses désirs pour rendre sa déception plus douloureuse. Elle se berce de rêves charmants, lorsque tout à coup la réalité lui apparaît sous une forme terrible. C'est là un de ces contrastes éminemment dramatiques qui ébranlent une âme, et qui, par l'efi^t qu'ils produisent sur elle, doivent à coup sûr émouvoir les spectateurs. Au lieu de trouver son mari à Milford, Imogène y trouve une lettre par laquelle Posthumus oç^donne à Pisanio de la tuer, parce qu'elle a violé la foi conjugale. La secousse est si forte qu'elle reste d'abord anéantie. Puis elle revient à elle peu à peu, et elle songe avec horreur qu'on l'accuse d'infidélité. « Moi, adultère 1 Qu'est-ce qu'être adultère? Est-ce se coucher pour veiller et penser à lui? Pleurer des heures entières? Et si

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