IMOGÈNE
Ëh quoi ! il faut que je meure; et si ce n*est pas de ta main, tu n'obéis pas à ton maître. Contre le suicide il y a une défense divine qui paralyse ma faible main. Viens, voici mon cœur... Je t'en prie, bâte-toi. L'agneau supplie le boucher l... Tu es bien lent à exécuter l'ordre de ton maître quand il est d'accord avec mon désir * I
Cette scène si pathétique révèle à la fois tout Tamour et toute la vertu dlmogène. Elle aime, nous savons avec quelle tendresse, puisqu'elle ne veut pas survivre à la perte de son amour, et cependant elle ne se tue pas, comme le fait Roméo, parce qu'elle a le sentiment du devoir. Être vertueuse, être soupçonnée par l'homme à qui on a tout sacrifié, être loin de lui, et, par conséquent, ne pas pouvoir se justifier, souhaiter la mort, ne pas l'obtenir et pourtant ne pas se la donner : tel est l'état de l'âme que Shakspeare décrit lorsqu'il analyse les douloureuses émotions de son héroïne. Nulle part il n'a poussé aussi loin l'étude d'un caractère de femme, ni réuni dans un même rôle tant de sensibilité, de courage et d'instincts généreux. Aussi la figure d'Imogène répand-elle sur toute la pièce un éclat poétique.
Cette poésie, purement dramatique jusqu'ici, parce qu'elle vient des combats de la passion et du devoir, prend tout à coup une forme lyrique dans un épisode imprévu que Shakspeare jette au milieu de son drame. Imogène survit à sa douleur, elle suit les conseils de Pisanio, et elle se décide à se déguiser en page, pour se rapprocher de Posthumus et connaître la cause