Ki7i(j Richard the third, act. v, se
s*étourdit en haranguant ses soldats et en leur montrant rennemi. « La conscience, leur dit-il, est un mot à Tusage des l^cbes, inventé pour en imposer aux forts. Qu'un bras vigoureux soit notre conscience I que nos épées soient notre loi !» Il se bat, en eflfet, intrépidement, mais il est vaincu et tué. Le poëte, comme rhistorien, lui accorde, malgré ses crimes, la mort du soldat sur le champ de bataille, au lieu du supplice ignominieux qu'il aurait mérité. Cette mort, d'ailleurs, est cruelle, parce qu'il la voit venir, et qu'il sait qu'il n'y a aucun moyen de l'éviter. C'est un moment d'angoisse inexprimable, qui peut servir d'expiation, que celui où Richard, dont le cheval a été tué, voit fondre sur lui des cavaliers contre lesquels il ne peut plus se défendre, et, cherchant des yeux une autre monture, pousse ce cri fameux : « Mon royaume pour un cheval! »
C'est aussi un tyran que cet Henri VIII qui a fait » mourir deux de ses femmes et mettre à mort 60,000 de ses sujets; mais c'est un prince habile et un grand politique. Shaksf)eare, du reste, en le choisissant pour le héros d'un de ses drames historiques, ne pouvait parler de lui librement, puisqu'il faisait jouer sa pièce devant la reine Elisabeth. Aussi ne Ta-t-il pas compté parmi les mauvais roié, et garde-t-il le silence sur ses crimes. La réserve qui lui était imposée par les circonstances Ta empêché d'étudier à fond ce caractère dont il connaissait probablement les ^ôtés faibles; il se contente de l'esquisser, sans entrer dans une de ces études de mœurs qu'il pousse si loin lorsqu'il s'agit d'une époque et de personnages moins rapprochés de lui.
Sa flatterie ne consiste pas, comme celle des poètes de cour, à louer ce qui n'est pas digne d'éloges ; il n*at-
tribue à Henri VIII aucune qualité qui ne soit réelle. On ne recohnaît qu'il écrit, devant la fille et rhérîtière du roi, qu*à la prudence discrète avec laquelle il évite de parler des violences qui ont été commises sous son règne. Il y a même chez lui plus de hardiesse qu'on ne devait en attendre d'un sujet d'Elisabeth et que n'en aurait eu à coup sûr un sujet de Louis XIV, s'il avait eu à parler de Louis XIII. Quoique Shakspeare entoure de respect la personne royale, et, pour mieux la ménager, la relègue au second plan, il n'en touche pas mbin^s à deux qi^estions très-délicates, au gouvernement du cardinal Wolsey et au divorce du monarque. Il ne laisse pas ignorer le mal
' qui s'est commis, au nom du souverain, sous l'administration d'un premier ministre qui dilapidait les finances et accroissait sa fortuné personnelle aux dépens des particuliers. En réalité, les fautes du cardinal, que le
^ poëte relève énergiquement, remontent jusqu'au prince' absolu qui les couvre de sa faveur. '
Dans la question du divorce, plus grave encore, Shakspeare ne craint pas de donner le beau rôle à la reine, de la présenter comme une victime, de peindre sa vertu et sa douleur qui accusent le roi et de la récompenser par des rêves qui lui promettent" le ciel en échange des souffrances injustes qu'elle a endurées ici-bas. Sans doute Henri VIII est disculpé de toute intention mauvaise par les scrupules que lui inspire son mariage avec la veuve de son frère. C'est sur Wolsey que retombe l'odieux du divorce. Mais il n'en a pas moins éloigné de son lit et fait mourir une sainte.
Shakspeare fait passer ces vérités à la faveur des louanges dont il comble Anne de Boleyn, et surtout des prédictions brillantes dont il entoure le berceau d'Elisabeth,
Celle-ci ne pouvait rien trouver de répréhensible dans une pièce qui se termine par ce dithyrambe en son honneur.
« Cette royale enfant, dit Cranmer, en présentant au roi la fille d'Anne de Boleyn , quoique encore- au berceau, promet cependant dèç maintenant à ce pays mille et mille liénédictions que le temps mûrira. Elle sera (mais peu de ceux qui vivent aujourd'hui pourront contempler cette vertu), elle sera un modèle pour tous les princes de son temps et pour tous ceux qui lui succède^ ront. La reine de Saba n*a jamais été plus avide de sagesse et de belles vertus que ne le sera cette âme pure. Toutes les grâces souveraines dont se compose le. caractère des personnes puissantes comme celle-ci, et toutes les vertus qui suivent la bonté seront encore doublées en elle. La vérité la nourriraples pensées saintes et célestes l'inspireront. Elle sera aimée et elle sera crainte. Les dieux la béniront. Ses ennemis trembleront, comme un champ d*épj§.battus, et pencheront leur tête avec tristesse. Le bien grandira avec elle. Pendant les jours de son règne, chacun mangera en sûreté, dans sa propre vigne, ce qu'il aura planté et chantera à tous ses voisins les chants joyeux de la paix. Dieu sera véritablement connu, et ceux qui vivront autour d'elle apprendront à suivre les voies parfaites de l'honneur^. »
Sans entrer dans aucune discussion de textes ni de dates, je suis de ceux qui pensent, d'après ce passage et à cause de l'art avec lequel le caractère de Henri VIII est présenté, que cette pièce a été écrite du vivant d'Elisabeth, et non point sous le règne de Jaciques I•^ Tout ce qui concerne ce prince me paraît avoir été ajouté, peut-