CHAPITRE QUATRIEME
Des caractères historiques que Shakspeare a le mieux étudiés. — Henri IV. — Moyens que ce prince emploie pour arriver au trône. — Sa conduite quand il est devenu roi. — Henri V, le type le plus important dès drames de Shakspeare. — Sa simplicité et sa grandeur d^âme.— Sa gaieté et son héroïsme. — Sa ressemblance avec le poëte. -— Mélange du comique et du tragique dans le drame anglais. — Henri Y et Falstaff.
Nous arrivons maintenant aux deux caractères historiques que le poëte a tracés avec le plus de complaisance, et qui ont inspiré le plus de réflexions aux critiques. Ce sont Henri IV et Henri V, les meilleurs rois qu'il ait mis en scène, sans parler de Henri VII qu'il ne fait que nous montrer, à la fin de Richard II ^ et dont il n'étudie pas le règne.
L'histoire de Henri IV commence dès les premières scènes de AzcAar^f// et le poète la continue jusqu'à sa mort. Ce roi futur n'est encore, lorsque Shakspeare s'occupe de lui pour la première fois, qu'un prince du sang, que lord Bolingbroke, duc de Hereford, cousin du souverain, n s'élèvera au trône par son adresse, par son habileté à tirer parti des événements, mais aussi, il faut le dire, par les fautes de ses adversaires et par son propre mérite. Shakspeare, sans justifier son usurpation, la lui pardonne en faveur de ses grandes qualités, et en explique
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les causes impartialement. Dès que ce petit-fils d'Rdouard HI entre en scène, il gagne à lui tous les cceiirs et il éclipse le faible Richard n. Assisté de son père Jean de Gand, le plus brave et le plus célèbre des frères du prince Noir, il se présente avec le costume et l'attitude d'un chevalier, il accuse de trahison Thomas Mowbray, duc de Norfolk, et, suivant l'usage de la chevalerie, il est prêt à soutenir son accusation les armes à la main. Quand il va combattre, il y a dans son langage un rare mélange de dignité, de sensibilité et d'énergie, c Prenons soloinellement congé de nos amis, dit-il à son adversaire, et faisons-leur affectueusement nos adieux. » Puis il ajoute : « Je ne suis pas malade, bien que j'aie affaire à la mort. Tout au contraire, je suis jeune, plein de vigueur et j'ai du plaisir à vivre. » Mais le roi ne peut se résoudre à laisser commencer le combat qu'il avait d'abord autorisé, il le défend et il condamne à l'exil les deux combattants. Bolingbroke s'éloigne, avec douleur, de son vieux père qu'il ne reverra plus et d'une patrie qui lui est aussi chère que la \ie. « Adieu donc, Angleterre, s'écrie-t-il en partant, adieu, terre chMe, toi ma mère, ma nourrice, toi qui me portes encore sur ton sein maternel. En quelque lieu que jjp dirige mes pas, il est une chose dont je pourrai me vanter, c'est d'être toujours, quoique banni, un véritable Anglais '. » Il tient parole, et sur la terre étrangère, il ne cesse de penser à son pays.
Hais d'autres malheurs viennent l'atteindre : son père meurt et ses biens sont confisqués par Richard IL Alors commence le rôle politique qui doit le faire monter sur le trône. On a commis à son égard une injustice ; il avait besoin d'un motif pour revenir en Angleterre, on le lui